L’indignation du loriquet

Posted on 28 mai 2011

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Il y a peu, j’ai lu qu’il existait en Australie une espèce de perroquets poivrots. Les loriquets qu’on les appelle ces perruches alcooliques et, si vous habitez du côté de Darwin, vous pourrez en effet constater qu’ils volent comme des sereins avant de tomber du ciel, raides bourrés.

Mais personne ne sait comment ils parviennent à se péter ainsi la tronche, peut-être à cause d’une plante contenant de l’alcool, ou peut-être à cause d’un complot (ce n’est pas moi qui l’invente, j’ai lu ça dans 20minutes), les darwiniens ne les appréciant que modérément parce qu’ils sont très bruyant. Ils les ont d’ailleurs dénommés « evil birds », les zoziaux du diable.

Le loriquet, lorsqu’il vole, à la fâcheuse habitude de pousser en effet des cris aigus, roulés et puissants qu’il répète à intervalle régulier. Lorsqu’il bouffe, il produit de fréquents bavardages. Au repos, il gazouille doucement. Mais lorsqu’il est bourré, on ne sait pas. Notons que cet étrange phénomène d’ébriété zoizière se produit depuis trois ans et, va savoir pourquoi, toujours et uniquement en mai.

Bref, le joli moi de mai, c’est le printemps. Et le printemps, parlons-en un peu.

Tiens « le printemps arabe » par exemple ! Ca me fait gentiment marrer d’entendre tous nos chers capitalistes s’extasier sur les « révolutions » arabes, alors qu’il y a quelques mois ils bouffaient encore sans aucun scrupule dans la gamelle des dictateurs déchus ou en passe de l’être.

Vous avez dit révolution ?

Certes, exit des clans Ben Ali, Moubarak et de quelques autres dictateurs, à suivre j’espère et en direct sur CNN. Mais tout ça pourquoi ? Un simple transfert du pognon monopolisé par les clans de ces ex-dictateurs vers les poches d’autres clans, nettement plus civilisés, eux, puisque baptisés sociétés anonymes. Quant au bon peuple « révolutionnaire », au final, ce sera pour lui coucouche panier, il ne ne touchera pas la moindre miette de sa révolution.

Ah si ! Au Caire, il aura l’immense plaisir de ne plus prendre le métro à la station Hosni Moubarak, mais à la station des Martyrs. Génial non ?

« …quand on a un dictateur privilégié et qu’il rencontre des problèmes, on le soutient le plus longtemps possible, soutien inconditionnel jusqu’au bout. Quand on arrive au point où il n’est plus du tout possible de le soutenir – par exemple, disons, si l’armée ou les milieux d’affaires se retournent contre lui – alors, il faut le faire partir, faire des déclarations fracassantes sur l’amour qu’on porte à la démocratie, puis, chercher à remettre en place l’ancien régime, avec de nouveaux noms, s’il le faut. Et c’est ce qui se fait indéfiniment. «  Nous dit Noam Chomsky à propos du rapport du capitalisme et des dictatures, et en effet, c’est bel et bien ce qui se passe. Le simple remplacement d’un pantin par un autre pantin.

Indignez vous, nous dit-on ! Merci Stéphane Hessel pour avoir popularisé cette jolie expression. Mais le temps de la simple indignation est depuis bien longtemps passé, et l’on devrait en être à celui de la révolution.

Et pas de cette « révolution qui s’invite au G8 » comme l’on peut le lire dans la presse. Non ! D’une révolution qui casse ce G8 et le système qu’il représente.

Mais le jour où le monde comprendra qu’il est capable de s’autogérer n’est semble-t-il pas pour demain !

Tiens, pendant une dizaine de jours, on a presque failli nous réveiller avec l’indignation espagnole. Résultat ? Remplacement d’une gauche de droite par une droite de droite. Et l’on apprend aujourd’hui que l’on a délogé les indignés de Barcelone à coups de savates pour cause de… match de foot !

Alors oui, indignons-nous ! Mais n’oublions pas de regarder le match de foot et de jouer au loto sportif ! La révolution pourra bien s’inviter au G8.

Quant à moi, je ne suis pas loin de penser que ce cache-misère que l’on nomme démocratie n’est plus guère qu’un spectacle que l’on donne en pâture au monde pour mieux l’abêtir, et mieux le dominer.

Et j’en viens à me poser une petite question hautement philosophique. Pourquoi les humanoïdes s’obstinent-ils systématiquement à confondre les manchots avec des pingouins ? Contrairement aux pingouins, les manchots ne savent pas voler.

En fait de révolution, la seule que j’ai vu ces derniers temps, fut l’embastillage de l’ex-patron du FMI. Et encore, peut-on parler d’une révolution !

Bref, pour en revenir à nos perruches australiennes. M’est avis que si elles se bourrent la gueule, ce n’est pas pour fêter le printemps. C’est plutôt parce qu’elles ont beaucoup trop fréquenté les hommes.

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Posted in: Les essentiels