Besistre, z’avez dit besistre !

Posted on 30 mai 2011

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Les humanoïdes s’expriment aujourd’hui avec environ 7000 langues différentes dans le monde, mais au final 80% de la population de la planète ne parle qu’au moyen de 83 langues, et l’on estime qu’un idiome s’éteint tous les quinze jours. C’est à dire que chaque année, 24,3333333 langues disparaissaient, et le compte est plus facile pour les années bissextiles où 24,4 langues se taisent.

Je sais, cela vous fait une belle jambe. Mais en fait, je viens de lire le projet du PS pour 2012 dans sa version longue (une cinquantaine de pages), et l’on ne doit pas parler le même socialisme, parce qu’en dehors de trois réformettes à deux balles, il n’y a rien dedans. Je n’ose même pas imaginer la teneur de la version courte ! Le patronat, les banques où le CAC 40 doivent être rassurés, ils peuvent même s’inscrire au PS. Bref…

Tiens, 2012 sera une année bissextile. 24,4 langues disparaitront donc.

Et je me suis toujours demandé d’où provenait le mot bissextile. Ouais, que venait faire cette histoire de fesse dans le décompte des années ? Eh bien ce n’est pas du tout ça en fait.

Il paraît que c’est une invention de César, Jules pour les intimes, qui n’était pas spécialement porté sur la batifole (même Cléopatre a fini par le virer). Mais qui, en épluchant son calendrier, s’est aperçu qu’une année comptait en fait 365 jours et six heures. Ce qui créait un véritable bordel tous les nouvel ans qui, comme chacun le sait, avait lieu chez les romains aux Ides de Mars. Chaque année, il fallait en effet décaler les Ides de six heures, ce qui les mettait en colère. Du coup, au lieu de rajouter six heures d’année en année, il décida d’ajouter quatre fois six heures, soit une journée pleine, tous les quatre ans.

Mais, va savoir pourquoi, il colla ce jour supplémentaire le 24 février qui, chez les romains, qui se plaisaient à faire les originaux en comptant à l’envers, s’appelait non pas 24, mais sixième (sextus) jour avant mars, il y eut donc deux sixièmes jours en février, d’où le bis sextus qui, lorsque l’on bouta les romains hors de Gaule, se transforma en bissestre, parfois même en besistre, puis en bissexte.

Les Ides de Mars n’ayant plus à jouer à saute mouton chaque année, elles auraient dû en être heureuses. Mais il faut croire que non, deux ans après sa reforme calendaire, César fur assassiné le jour des Ides précisément.

Et en effet, César s’était trompé ! Une année ne dure pas 365 jours et 6 heures, soit 365,25 jours, mais 365,242198 jours (je vous laisse compter les heures supplémentaires), d’où peut-être la colère des Ides.

Mais contrairement aux Ides, il nous faudra plus de quinze siècles pour nous apercevoir de cette grossière erreur, jusqu’à ce que le bon pape Grégoire XIII rectifie le tir en 1592 en imposant le calendrier de la poste et le 29 février un an sur quatre.

Grégoire XIII était un pape éminemment sympathique. Quelque mois après sa papalisation eut lieu la grande fête de la Saint Barthélemy pour laquelle il fit chanter un Te Deum de remerciement. Il faut dire à sa décharge que l’époque était aux guerre de religions. Et pour prouver son amour des Juifs, il réaffirma notamment l’interdiction du Talmud ou du droit à un médecin juif de soigner les chrétiens, sous peine d’inquisition. Bref, heureusement qu’il nous a refait le calendrier.

Sauf que son calendrier compte 365,2425 jours dans l’année, et non pas 365,242198. Il faudra donc le refaire un de ces jours, mais d’ici là, on aura peut-être encore refait le décompte des jours de l’année.

Chez les british le saute mouton s’appelle saute grenouille (leapfrog), qui peut aussi se traduire par saute français. Et le jour bissextile s’appelle saute jour (leap day).

Chez nous, va savoir pourquoi, bissexte se disait aussi besistre qui signifie aussi désastre, malheur, tempête, bourrasque… Mouais ! 2012 risque bien de nous être une année en bésistre !

Dis besistre, c’est pour quand la révolution !

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