Nos ancêtres les gaulois… sont nés en Afrique !

Posted on 1 juin 2011

3


J’ai failli intituler, ce petit billet d’humeur, « Monsieur le ministre, lèche-moi donc les pieds, s’il te plaît, et je te dirai qui tu es. » Mais bof ! Les histoires de fesses font un peu trop la Une en ce moment, et elles nous occultent (c’est le cas de le dire) tout le reste. Qui plus est, à force de s’interroger sans cesse sur la taille du chose du petit Jésus, nos vénérables faiseurs de lois à la va comme je te pousse, vont finir par nous en coller une pour définir une norme de taille.

Bref ! Une fois n’est pas coutume, je vais faire dans le sérieux aujourd’hui, rien que dans le sérieux.

« Nos ancêtres les gaulois, » donc… C’est par cette phrase que s’ouvraient les livres où l’on apprenait l’histoire, du joli temps de la colonisation, aux chérubins africains, dont, si l’on ne souhaitait surtout pas en faire des français à part entière, l’on était pourtant très heureux d’en faire de parfaits éboueurs.

Mais les temps changent, et les ex-gaulois africains ne sont plus les bienvenus. Sauf que certaines idées restent.

Dans Le Monde, on peut lire un petit morceau d’anthologie historico-philosophico-politique signé Claude Guéant qui se trouve être un grand connaisseur, étant notamment ministre de l’outre-mer où, c’est bien connu, nos ancêtres ne sont pas des outres, mais toujours des gaulois.

Après donc nous avoir expliqué que, précisément, les temps changeaient et que « si nous savons à quoi ressemblait la France d’hier, nous ignorons encore ce qu’elle sera demain », notre brave ministre, en nous regardant tout droit dans les yeux, en arrive immédiatement à cette question fondamentalement existentielle, la vraie question est : à quoi voulons-nous que cette France de demain ressemble ?

Bon, n’étant pas dans les petits papiers de dieu, ni un adepte de « questions pour un champion », je ne vous détaillerai pas les visions existentialistes de Monsieur Guéant. Et d’ailleurs, après une lecture minutieuse du texte de cet éminent visionnaire, je n’en sais pas beaucoup plus sur cette France de demain.

Par contre, outre le fait que je découvre que Monsieur Guéant, comme tout nénarique qui se respecte, est un fin lettré capable de nous citer Michelet (le fils caché de Micheline), j’en apprends un peu plus encore sur sa vision de la France actuelle et de l’immigration.

La France version monsieur Guéant est donc « une civilisation unique en son genre, fière de son long passé d’efforts, de sacrifice et de dévouement, mais jamais repliée sur elle-même ni fermée à l’avenir. »

Belle tirade pour nous dire finalement que l’immigration de papi, c’était bien. Mais qu’aujourd’hui, c’est le boxon, « les Français, comme la plupart des peuples, sont en proie au doute. Ils s’interrogent sur leur avenir, leur place dans le monde. Ils se demandent si les grands principes de leur vie sociale, auxquels ils sont profondément attachés, seront préservés ou voleront en éclats, pour faire place à d’autres systèmes de valeurs, à d’autres références culturelles. »

Il a dû descendre dans la rue, monsieur Guéant, et entendre les bruits de révolte qui grouillent un peu partout ! D’ailleurs, il était sans doute à l’écoute de la rue dès mai 68. Et chaque premier mai, il va probablement acheter son muguet au stand du parti communiste.

Bref, je résume ses propos, c’est le boxon, et le seul désir des français est de préserver le modèle d’une France sereine, unifiée, où chacun partage un même désir de vivre ensemble.

C’est étrange, et j’ai dû hériter cela de mon Grand-Père rital qui, après 40 ans de nationalité française baragouinait un français si approximatif que certains de ses petits enfants qui, comme moi, ne l’ont pas connu, se sont mis à apprendre l’italien, mais je ne partage vraiment pas les mêmes rillettes, pardon, les valeurs du « vivre ensemble » de monsieur Guéant. Et à décharge de mon Grand-Père, on ne lui avait surtout pas demandé d’être savant, mais simplement d’aligner des briques pour construire des murs.

Le 6 juillet 1912, un certain Charles Maurras écrivait dans l’Action française un joli article intitulé « l’hospitalité » dans lequel l’on pouvait lire, « Il s’agit de savoir si nous sommes chez nous en France ou si nous n’y sommes plus(…) Il faut que l’ouvrier français, le savant, l’écrivain français soient privilégiés en France(…) Ce que nous admettons, ce que nous excluons, se justifie au nom du même principe, la France. » (et je n’en cite qu’un digeste, comme diraient nos amis ricains).

Article qui inspirera un certain maréchal lorsqu’il écrira le 17 juin 1940,  « C’est vers l’avenir que désormais nous devons tourner nos efforts. Un ordre nouveau commence. »

Oui, je sais, on va d’emblée me taxer de G.Godwinisme, si je dis que c’est à de tels propos que me font penser les mots de monsieur Guéant. Mais non, je n’ai pas mentionné Hitler. Quoi que… Lorsque je vois les gesticulations de notre Vénéré, il m’arrive d’être pris d’un tic qui, si je ne le freine pas, provoque en moi une certaine érection… du bras gauche, accompagnée d’une envie de hurler quelques propos teutons…

Mais revenons à notre muguet. Loin de moi l’idée de penser que notre brave ministre puisse se réclamer de cette tradition maurrassienne, royaliste, antiparlementariste, raciste, xénophobe (et avant tout antisémite) selon qui la décapitation de Louis XVI fut l’une des causes de la débâcle de 1940.

Mais à lire monsieur Guéant, je ne peux m’empêcher de penser, qu’inconsciemment peut-être, cette tradition ultra-nationaliste est toujours bien présente. On puise toujours dans le même vocabulaire. De la droite dite démocratique jusqu’à l’extrême droite.

Bref ! Je passe sur le fait que la France de monsieur Guéant « n’a pas (pour) vocation à accueillir des étrangers pour en faire des chômeurs » pour la plupart analphabètes.

Et je retiendrai quand même un point positif dans le discours de notre brave ministre. Pour intégrer et assimiler les immigrés, il leur faudra désormais apprendre l’histoire de France.

Or, nous le savons aujourd’hui, tous les anthropologues vous le diront, nos ancêtres ne sont pas gaulois, mais… africains.

Merci monsieur Guéant, si grâce à mon grand-père, j’ai eu la chance d’apprendre l’italien, demain et grâce à vous, pour mieux m’intégrer, je me mets à l’étude du bambara.

Dans Slate, on peut lire que Jean-François Copé, adepte de la « méritocratie » et grand pourfendeur du « descendeur social » voudrait créer un « service civique obligatoire » de quatre mois pour les jeunes.

C’est plutôt à nos politiques totalement coupés des réalités sociales qu’on devrait imposer ce service civique. Cela leur permettrait peut-être d’apprendre la pratique concrète du karsher sans se mouiller les pieds.

Et pour la révolution ? Attendons le retour des mammouths !

Publicités
Posted in: Raz-le-bol