Drôles d’anniversaires…

Posted on 5 juin 2011

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On n’en parle pas, mais le 4 juin, c’est l’anniversaire de la fondation de la Ligue des Droits de l’Homme. Difficile en effet de souhaiter un tel anniversaire vu ce qui se passe dans le monde aujourd’hui ! Bref…

Suite au J’accuse d’Emile Zola pour soutenir le capitaine Dreyfus, la Ligue des Droits de l’Homme fut officiellement créée le 4 juin 1898 par le sénateur Ludovic Trarieux.

Et pour rappel à certains de nos droitistes actuels qui courtisent à tours de bras, de manches et de tout ce qu’ils peuvent l’extrême droite, le sénateur Trarieux n’était pas ce que l’on pourrait appeler un gauchiste. Il fut même, en 1894, rapporteur devant le sénat de trois des quatre « lois scélérates », visant à la répression des anarchistes et de toute propagande ou presse faite autour d’eux. Le Père Peinard, d’Emile Pouget, sera ainsi interdit.

Et pour rappel aussi à certains de nos goachistes à la rose qui ne savent plus comment s’asseoir sur ses épines, il aurait pu être l’un de leurs ancêtres. Membre de la Gauche Républicaine, puis président du centre Gauche, c’était en fait un bon droitier (comme l’on en trouve encore beaucoup aujourd’hui, de droite à gauche), hostile notamment à la création des écoles publiques, à la légalisation des syndicats, et très peu favorable à la liberté de la presse.

Mais à l’époque de notre brave Ludovic, certains politiques (rares, certes, mais il faut le souligner néanmoins) avaient encore quelques principes.

Juste après le procès Dreyfus, le bon Trarieux fut ainsi un éphémère ministre de la justice en 1895 et put avoir accès à certains éléments cachés du dossier qui le convainquirent de l’innocence du capitaine. Il n’en démordra jamais. Et, en janvier 1898, quelques jours avant le J’accuse de Zola, il publiera dans la presse une lettre ouverte au ministre de la guerre pour dénoncer un « simulacre de justice. »

Jusqu’à sa mort en 1904, il luttera pour la réhabilitation de Dreyfus. Celle-ci ne sera prononcée qu’en juillet 1906, douze ans après le premier procès Dreyfus.

Drôle d’anniversaire donc, que celui de la Ligue des Droits de l’Homme. Surtout aujourd’hui où l’on fait la Une des procès du sordide. Où presque personne ne s’interroge sur le bien fondé des guerres que l’on mène au nom de la démocratie. Et où le sang de la révolte ne tient guère que du fait divers.

Mais… En attendant la découverte du prochain trou noir, c’est ainsi que le monde va, comme le disait la chansonnette…

Et l’on m’a fait très justement remarquer que cette année 2011 célébrait aussi le cinquantenaire d’Amnesty International.

C’est en effet le 28 mai 1961 que l’avocat britannique Peter Benenson faisait publier dans The Observer un article intitulé Les prisonniers oubliés. Appel à l’amnistie pour six personnes issues du monde entier, emprisonnées pour simples faits de dissidence.

Cet article débutait ainsi : « Ouvrez votre journal n’importe quel jour de la semaine et vous trouverez venant de quelque part dans le monde une dépêche indiquant que quelqu’un a été emprisonné, torturé ou exécuté parce que ses opinions ou ses croyances religieuses ont été jugées inacceptables par son gouvernement. Ils sont plusieurs millions en prison pour cela et leur nombre ne cesse de croître. Devant son journal, le lecteur ressent un sentiment d’écœurement et d’impuissance. Or, si ces sentiments de dégoûts répandus dans le monde entier pouvaient être réunis en vue d’une action commune, quelque chose d’efficace pourrait être réalisé. »

On pourrait le reprendre mots pour mots aujourd’hui, en dépit pourtant de toutes les choses « efficaces » réalisées depuis.

Drôle d’anniversaire aussi, puisque sauf à tomber dans un trou noir, on le fêtera sans doute encore dans quelques siècles…

A l’occasion de ce cinquantenaire, Amnesty lance une initiative originale pour récolter des fonds. Un jeu téléchargeable pour iPhone (vendu 0,79 euros) qui consiste à arrêter les balles tirées par des bourreaux.

N’ayant pas d’imachin, je ne l’ai pas testé. Juste la vidéo de démonstration.

………………………

Après tout, si le jeu en vaut la chandelle !

Dis chandelle, c’est pour quand… !

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