Nationalisons Vercingétorix !

Posted on 25 juin 2011

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C’est peut-être l’effet des giboulées de mars qui nous arrivent parfois en plein mois de juin, mais il y a des jours où, il faut bien le dire, ça ne sent pas la rose. J’ai failli dire que cela sent plutôt le cloaque, mais on va me taxer d’un mauvais jeu de mots.

Dans Libération il y a peu, on pouvait télécharger un rapport de 195 pages signé Claude Goasguen sur la binationalité. Un peu plus tard, toujours dans Libé, on pouvait lire que monsieur Gloasguen avait taxé le journal d’une « malhonnêteté incroyable » pour avoir diffusé ce rapport qui n’était qu’un « document de travail ». Alors qu’il avait lui-même envoyé ce document à l’AFP en le présentant comme son « rapport de mission ». (Sur son blog, on peut d’ailleurs lire, « Claude Goasguen remttra (sic) mercredi prochain son rapport devant la mission d’information sur le droit de la nationalité…. »)

Polémique de bas étage, me direz-vous. Et certes ! D’ailleurs Claude Goasguen a fait quelques petits pas de marche arrière depuis ce texte.

Mais lorsqu’un UMPiste de la droite extrême (issu, comme d’autres que je ne citerai pas, du mouvement Occident) se fend de 195 pages pour nous causer de binationalité, cela m’interpelle et je télécharge.

Je télécharge… et je commence à lire, ayant pris soin de me taper trois Calca-Selzer pour faire passer mon petit déjeuner.

Et je tombe sur…

Une soupe historico-cocorico-philosophico-cocorico où, pour paraître faire bonne mesure, l’on cite Tzevan Todorov (historien et essayiste (sic)),  le philosophe Jürgen Habermas, Pierre Henry (directeur de France Terre d’Asile), Max Gallo, l’historien Pierre Nora, Malika Sorel (il a oublié Eric Zemmour), aux côtés du bon abbé Sieyès, de Tocqueville (évidemment, référence obligée de toute droite qui se respecte) ou d’Ernest Renan… et j’en passe…

Tout ça pour nous faire comprendre qu’il nous faut réécrire le « roman national » de Maurice Barrès, mêlé au « culte des ancêtres » d’Ernest Renan, en n’oubliant, surtout, pas de s’ancrer dans une « mémoire collective ».

Bref, retournons à l’école pour réapprendre l’histoire de NOTRE France et nous pourrons réécrire NOTRE roman national après avoir cultifié Vercingétorix. Noirs, blancs, jaunes, verts, mais pas trop rouges si possible, nous redeviendrons ainsi de joyeux français (et pourquoi pas des comiques troupiers).

Mais pour ce faire, il convient bien évidemment de réécrire NOS livres d’histoire dans un contexte plus franco-français.

Ah que ! La lecture de la biographie intime de Napoléon va me faire devenir bon français (et je ne parle pas de celle de Pétain). Celle des aménorrhées de Marie-Antoinette devant l’échafaud, va me rendre adepte des bijoux de Louis XIV. Et je vais élever un buste à Charles Martel pour avoir bouté les arabes hors de France.

Et tiens, vous connaissez Plectrude ? Non ?

Et bien c’était la femme de Pépin de Herstal, père de Charles Martel justement. Mais pas la mère dudit petit Charles, parce que, comme il était de coutume chez les Austrasiens d’alors, Pépin de chose était polygame. Mais il faut dire à sa décharge qu’en tant qu’Austrasien, il n’était pas vraiment français, mais mitigé de belge, de luxembourgeois, de teuton, et même d’alsacien.

C’est son fils, le petit Charles Martel donc, qui, en engendrant un autre Pépin, le Bref celui-ci, donnera naissance à la lignée des carolingiens, ancêtres de ce que l’on nommera nos bons rois des Francs.

Rois des francs qui, si je ne m’abuse, sont donc, non seulement descendants de pépins, mais encore mitigés de belge, de luxembourgeois, de teuton… Et comme les arabes essaimèrent jusqu’à Poitier avant que Charlot Martel ne les vire, ont peut aussi penser que…

Bref, comme disait Pépin, contrairement à ce qu’on croit, ce n’est donc pas Charles-le-Magne (incidemment surnommé le barbu ignare), qui a inventé l’école, les carolingiens, et la France profonde, mais son grand-père, Charles le Marteau.

Et pour une fois, tout est vrai (ou presque) dans mon histoire !

Pour tout vous dire, en dépit de tous mes efforts et de ma bonne volonté, je n’ai pas pu dépasser la page 48 de la remarquable étude de psychologie comportementale signée Claude Goasguen.

O Occident ! Quand tu nous tiens… Tu n’es pas prêt de nous lâcher !

Tiens, le nouveau jeu de tévé réalité aujourd’hui consiste à se demander si la marine nationale est moins à l’extrême droite que son papa ! Désolé, je ne me pose même pas la question. Quand tu as été cinq minutes à l’extrême droite, tu auras beau te nettoyer au nouveau Momo (celui qui lave même les noeuds) tu sentiras toujours un peu (beaucoup) l’extrême.

Mais je digresse encore (et j’ai volontairement oublié le « a »).

En fait, dans le rapport historico-cocorico de monsieur Gloasguen, la seule chose que j’aurais apprise, c’est que l’armée est le deuxième employeur de France ! Et cocorico, en effet !

Bon, me direz-vous mais pourquoi me fatiguer le cervelas (et le votre aussi, excusez-m’en) à lire de tels trucs ?

C’est tout simplement parce qu’il se passe un étrange phénomène chez notre droite « décomplexée ». Pour écrire son « roman national », elle n’hésite plus à puiser ouvertement aux sources d’une droite encore plus décomplexée, celle de Maurras, de Barrès et… pourquoi pas bientôt celle de Brasillac ou de Drieu-La-Rochelle (et je n’en nomme pas plus pour ne pas m’approcher du point G.).

Il y a peu, en effet, Patrick Buisson n’hésitait pas à comparer notre Vénéré à Maurrice Barrès. Quant à Claude Guéant, s’il n’a peut-être pas lu les oeuvres complètes de Charles Maurras, il semble en connaître parfaitement le lexique.

Bref, ce qui se dessine derrière la « décompléxion » de la droite, c’est  aussi l’extrêmisation de son discours, qui s’affiche aujourd’hui ouvertement, références à la clé !

Je ne sais pas si cela fait plaisir à notre Vénérable d’être qualifié (j’ai failli dire qualifé) de barrésien. Et d’ailleurs, je m’en fiche.

Il est vrai que depuis Maurrice Barrès, l’idée de « roman national » a vaguement fait peau neuve. On aurait même pu la croire totalement obsolète depuis que certains historiens nous ont enseigné que chacun pouvait écrire, à sa guise (et avec ou sans duc), son propre roman national.

Mais avec le changement de siècle, certains autres historiens que l’on pensait être de gauche, se sont avérés être fondamentalement de droite. Et toc, l’on y revient : au travers du « roman national », l’on va découvrir « l’âme de la France » (Max Gallo dixit).

Et cette « âme de la France » revue et corrigée par monsieur Gloasguen (et probablement par tous les tenants de cette nouvelle droite maurrasso-barrésienne), voilà en quoi elle se résume.

Une société totalement figée où, je cite, « la conception politique de la nation (…) en France, repose sur la démocratie indirecte, la représentation et la souveraineté nationales. » Pas question donc de penser « démocratie directe ».

Et surtout…

Une France où « les droits d’entrée et de séjour sur le territoire national (…) sont absolus pour les seuls nationaux… » C’est moi qui souligne, mais je vous laisse le soin de commenter – surtout si vous n’êtes pas absolument nationaux (comme les Pépins) !

Une société où « la nationalité (est) fondée sur un réel sentiment  d’appartenance » qui, bien évidemment, doit être « authentique » et, je note encore « mimétique ».

C’est à dire, et je n’ai même pas le mérite de traduire, une société où « l’essor des identités particulières présente un caractère problématique (…) symptôme de l’affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale. »

Ah que ! Si c’est cela la France de demain que nous dessine Claude (Guéant, pardon) Gloasguen. Moi, je revendique le retour au moyen-âge et la nationalité austrasienne !

Et pour bien marquer mon identité particulière et symptomatique, dès demain, je me mets à la sculpture, et je vous dresse un buste de Plectrude !

Mais au fait, pour ceux qui ne le savaient pas, l’inventeur de l’absinthe était suisse et s’appelait le docteur Ordinaire…

Dis l’absinthe, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Raz-le-bol