Lorsque l’on assassine un poète, c’est le monde qui crève !

Posted on 11 juillet 2011

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Oui, je sais, c’est vachement facile de dire ça, quand on est bien au chaud chez soi à entendre les patates rissoler dans la poêle avant  qu’elles n’accompagnent un magret de canard au fond de votre gosier, et alors qu’au seuil de ta porte, des milliers de gens crèvent de faim, de froid, de solitude, de barbarie, de massacres, de guerres… pour cause uniquement de la stupidité humaine…

Et puis après tout que vaut la vie d’un poète ? Et que vaut-elle de plus que celle de n’importe quel homme, femme, ou enfant qui crève ?

Mais s’il existe des poètes cul-bénits ou cul-cul la praloche, il en est d’autres dont la voix est là pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et qui crèvent en silence.

Et lorsqu’on assassine l’un de ceux là, ce sont des milliers de ces silencieux qui meurent avec lui, même s’ils ne l’ont pas lu, ne l’auraient jamais lu, et peut-être même pas compris.

Facundo Cabral était de ceux-là, et même si je ne partageais pas son optimisme cul-curotain, l’on ne pouvait qu’admirer son amour de la vie, de la liberté, sans conditions, et son amour de l’humain.

Et voilà, il est mort ! Non pas pour cause d’abus de cigarettes, d’alcool, d’un cancer, ou tout simplement d’un arrêt du coeur. Non ! Il est mort sous les balles d’une stupide mitraillette, dont un imbécile humain a pressé la détente… Et tout ça pour quoi ? Je n’en sais rien, sans doute pas plus que le crétin à deux pattes qui l’a tué.

Oui, je sais, mon vocabulaire ne lui aurait sans doute pas vraiment plu, à lui qui croyait en l’homme bien plus que je n’y croie. Mais c’est le mien, et c’est ainsi.

18, ou 25 balles de mitraillettes… C’est dur à crever un poète !

Je ne sais pas pourquoi, mais cet assassinat imbécile m’a fait penser à ceux de Matoub Lounès et de Robert Desnos.

Pour Lounès, c’est peut-être le nombre de balles de mitraillette, et le fait que, comme pour Facundo Cabral, l’on ne saura sans doute jamais « officiellement » qui l’a assassiné. Dans son village de Kabylie, on peut encore voir sa voiture criblée d’impacts de balles. Cela fait un drôle d’effet !

Mais si pour Robert Desnos l’on sait qui sont ses assassins, il n’y a en apparence aucun lien entre sa mort en juin 1945 dans le camp nazi de Theresienstradt et les balles des assassins de Lounes ou de Facundo Cabral…

Aucun lien sauf cette absolue stupidité humaine que je ne comprendrai jamais parce qu’elle se donne le droit de tuer un autre homme simplement parce qu’il est différent de vous et, a fortiori, parce qu’il l’affirme.

Oui, la stupidité vraiment ! Desnos est mort un mois après la fin de la guerre alors même qu’il avait tout enduré.

Arrêté en février 1944, il sera d’abord interné à Fresnes puis au camp de Compiègne avant d’être déporté vers Auswchitz, puis à Buchenwald, puis à Flossenburg, puis vers le Kommando des usines Messerschmitt à Flöha, et finalement à Theresienstradt.

Le camp de Theresienstradt sera libéré par les soviétiques le 8 mai 1945. Mais Desnos ne survivra pas. « Ce libertaire qui pleure et qui rit », comme il se décrivait en 1944 dans « Vaincre le jour » mourra d’épuisement et miné par le typhus le 8 juin 1945.



Facundo Cabral, No soy de aqui, ni soy de alla
Je ne suis ni d’ici, ni de là-bas

Me gusta andar, pero no sigo el camino
Pues lo seguro ya no tiene misterio…


J’aime marcher, mais je ne suis le chemin

Car ce qui est sûr n’a plus de mystère…



Me gusta ir con el verano muy lejos
Pero volver donde mi madre en invierno
Y ver los perros que jamas me olvidaron
Y los abrazos que me dan mis hermanos


J’aime aller en été très loin

Mais retourner chez ma mère en hiver

Et voir les chiens qui jamais ne m’oublièrent

Et les accolades que me donnent mes frères…



Me gusta el sol y la mujer cuando llora,
Las golondrinas y las malas señoras,
Saltar balcones y abrir las ventanas
Y las muchachas en abril…


J’aime le soleil et la femme quand elle pleure,

Les hirondelles et les dames de mauvaise vie,

Sauter par les balcons et ouvrir les fenêtres

Et les demoiselles en avril…



Me gusta el vino tanto como las flores
Y los amantes pero no los señores
Me encanta ser amigo de los ladrones
Y las canciones en francés


J’aime le vin autant que les fleurs

Et les amants mais pas les messieurs,

J’adore être ami avec les voleurs

Et les chansons en français…



No soy de aqui ni soy de alla
No tengo edad ni porvenir
Y ser feliz es mi color de identidad…


Je ne suis d’ici ni ne suis de là-bas

Je n’ai pas d’âge ni d’avenir

Et être heureux est ma couleur d’identité…



Me gusta estar tirado siempre en la arena
O en bicicleta perseguir a Manuela
O todo el tiempo para ver las estrellas
Con la María en el trigal.


J’aime être toujours étendu sur le sable

Ou en bicyclette à poursuivre Manuela

Ou tout le temps pour voir les étoiles

Avec la Marie dans le champs de blé.


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Posted in: Les essentiels