Médusez-moi !

Posted on 31 août 2011

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Il paraît que les méduses pourraient un jour dominer le monde. En dehors de l’humanoïde, en effet, c’est le seul animal qui ne serve à rien et qui soit quasiment immangeable. La seule différence entre les deux espèces étant, outre le nombre de pattes – ce qui est sans intérêt – que si le bipède est imbouffable, c’est une question de code civil, alors que pour le cnidaire, c’est par nature.

Vous avez déjà tenté de manger une méduse ? Non ? Bien c’est parfaitement dégueulasse ! Et en plus, ça pue ! Il n’y a que les tortues de Luth, les poissons lune et les thons rouges qui s’en délectent, pas étonnant que ce soient des espèces en voie de disparition. Il paraît aussi que les chinois et les japonais en bouffent, pas étonnant qu’ils aient la jaunisse.

Bon, les méduses ont parfois leurs bons côtés. Tiens, en 2006, l’invasion d’une espèce surnommée groseille de mer a failli provoquer l’arrêt de la centrale nucléaire de Gravelines qui, comme chacun le sait, est située entre Dunkerque et Calais, au bord de la mer du nord, qu’elle contribue à nettoyer en rejetant l’équivalent de 50 tonnes d’eau de javel par jour. – ce qui a d’ailleurs causé l’attaque des méduses, mais c’est une autre histoire.

Mouais, pourquoi que je parle de méduses, moi, je n’ai même pas passé mes vacances au bord de la mer ?

En fait, c’est simplement parce que je viens de lire dans Libé que 80 députés réclamaient le retrait de « l’orientation sexuelle » des manuels scolaires. Et comme je n’ai jamais su déterminer le sexe d’une méduse, CQFD, ça m’a fait penser aux méduses.

Faut quand même vous dire que les députés en question sont évidemment de bons droitistes, et que l’on retrouve parmi eux les chantres de la droite populaire. Ce qui n’a strictement aucun rapport avec la prolifération des méduses, en dehors du fait que j’ai failli dire « droite pululaire ». Laspus sans aucun doute révélateur de mon orientation d’esprit quelque peu tortueuse (de Luth).

Bon, la droite populaire, on ne la présente plus, elle est présente sur tous les fronts, en ce moment, surtout le national. On se demande d’ailleurs si elle n’a pas appris à nager dans la marine, mais c’est aussi une autre histoire.

Bref, je résume les faits, quand j’étais môme, on avait des cours et des manuels de sciences naturelles dans lesquels on ne parlait pas du sexe des grenouilles, ni de celui des ours. Une grenouille était une grenouille, et un ours, un ours, point final, et c’est bien suffisant.

Sauf que l’histoire s’est un peu compliquée lorsqu’en cours de littérature, on a appris qu’une grenouille pouvait se prendre pour un bœuf. Du coup, on a inventé des cours d’éducation sexuelle pour nous expliquer que, ben non, ce n’est pas possible, les parties génitales de la grenouille étant totalement différentes de celles de l’ours, leurs rapports copulatoires sont donc strictement prohibés par dame nature. Et comme leurs cultures divergent autant que dame nature le prescrit, ils n’ont aucune chance de se rencontrer, sauf si l’une, par mégarde, se retrouve dans la gueule de l’autre – mais c’est encore une autre histoire, New-Yorkaise, celle-là.

Bref et rebref, l’on nous apprenait que l’un et l’une étaient deux entités séparées, et que seule une union reconnue d’utilité publique et si possible catholique pouvait les faire coïncider. Et d’ailleurs, l’un était systématiquement destiné à dominer l’une, dès lors qu’elle sortait de sa cuisine.

Mais il y a belle lurette que je ne suis plus môme. Et depuis, outre que l’on a appris que nous avions couché avec Néandertal pour nous constituer en bipèdes sapiens, l’on a également appris qu’une femme pouvait n’être pas uniquement soumise aux lois de la cuisine et du lit, mais qu’elle pouvait être également militaire, flique, et même politicienne. Qu’un homme n’était pas forcément un tripède ventripotent, passé la cinquantaine, et se glorifiant de sa troisième patte comme de son épée, mais qu’il pouvait faire la vaisselle. Qu’une femme, comme un homme, pouvaient ne pas être seulement des rabats-la joie (je mets le « s » ou je peux, désolé), mais pouvaient être gais, ou gays en traduction américaine. Et que la transexualité était du domaine du possible, de même que le transsexualisme (dont à vrai dire, je ne sais pas trop ce qu’il veut dire, mais peu importe).

Or donc, depuis que je ne suis plus môme, le monde à changé, et la grenouille ne se retrouve pas nécessairement dans la gueule de l’ours. Pas plus que les filles ne naissent dans les roses et les garçons dans les choux (et ça tombe bien, j’ai horreur des choux).

Le monde a tellement changé d’ailleurs, que les manuels de sciences naturelles ont été rebaptisés depuis, manuels de sciences et vie de la terre (et vive le Maréchal) et que l’on y intègre « l’orientation sexuelle » en expliquant que celle-ci ne dépend pas seulement de dame nature, mais aussi de la culture. Et que, que vous soyez fille ou garçon, vous pouviez très bien mélanger les genres et être à votre guise pédé, homo, gay, lesbienne, bis, trans, et que sais-je encore, (mais avec les méduses, c’est risqué, enfin, chacun son truc !).

Sauf que, si je ne sais toujours pas déterminer le sexe des méduses, les cathos, eux, ne savent pas plus déterminer le sexe des anges. Bref, pas question pour les cathos d’admettre la pédérastie et encore moins la transexualité, qu’elles soient naturelles ou culturelles. (Ils ont déjà assez à faire avec la pédophilie, mais, eh oui ! C’est à nouveau une autre histoire…). Rien à faire dans les manuels scolaires donc, la pédérastie. C’est un peu comme si tu trouvais une capote dans ton bol de soupe, non mais !

Mais le catho mécontent, ça fait des voix à droite en moins, et déjà qu’elles s’effritent… Il n’a donc pas fallu attendre longtemps pour que notre bonne vieille droite populaire s’écrie au tolé, « Rendez-nous nos bons vieux manuels scolaires, tous beaux, tous klenex, et sans aucune histoire de fesse dedans ! Non mais, c’est quoi ce bordel ! On a déjà assez à faire avec le nez de Cléopâtre et le futal de Dagobert ! Pas la peine d’encombrer l’esprit de nos bambins avec des histoires de genre et de sexualité ! Z’ont déjà du mal à dénombrer la racine des pis !… » Et j’en passe…

Ceci dit, dès qu’on parle de fesses, ça les ramène dans l’hémisphère, nos chers députés droitistes. A 80 qu’ils se sont mis pour demander la suppression de l’orientation sexuelle des manuels scolaires. M’est avis que pour poser des questions sur la pauvreté grandissante, ils seraient beaucoup moins nombreux. Mais bon…

Du coup, notre bon ministre de l’éducation a eu une idée géniale, lui aussi, réintroduire les leçons de morale à l’école ! A ce rythme, on se demande quand on va nous remettre les crucifix au dessus du tableau ! Tiens, je pose une petite question. Les 200 millions d’euros qu’ils vont parcimonieusement repiquer aux riches, ne pourrait-on pas les affecter à l’achat de Jésus en croix ?

Mais bon, je divague, revenons sur terre. Tiens, même un mec que l’on ne saurait qualifier d’anarchiste radical, Yves Jégo, qui est plutôt un radical du centre, c’est à dire un mec de droite qui n’est pas tout à fait à droite, mais quand même un peu. Même lui ça le fait bondir, « la musique lancinante et répétitive de l’intolérance » de cette « droite de la droite », de ce « groupuscule sectaire », qui mène une « chasse aux sorcières » et tient des « discours haineux ».

Comme quoi, dès qu’il s’agit de fesses, tout le monde s’y colle ! Jusqu’au centre !

Bon, pour le cas où vous ne le sauriez pas, il y a une fesse droite et une fesse gauche. Et au centre, il y a le peuple qui généralement compte les coups qu’elles se donnent. Et parmi ce peuple, il y en avait 13,5% vivant en dessous du seuil de pauvreté en 2009, et probablement bien plus aujourd’hui ! Et vous croyez que ça les préoccupent les fesses de droite et de gauche ?

Faut croire que non ! Pour la droite, il est bien plus important de s’occuper de la santé mentale de notre jeunesse et de bannir la sexualité des livres scolaires. Quant à la gauche… Et oui ! La gauche ! Et bien elle primairise, la gauche ! Et pour primairiser, il est bien plus important de s’occuper de la sécurité des français que de ce qu’ils ont dans leur assiette. « T’as rien à bouffer, mon petit ? T’inquiètes, bientôt, tu auras deux flics en plus dans ton quartier. Tu pourras leur demander l’aumône ! »

Ouais ! Je divague encore ! Revenons aux méduses. Qu’est-ce donc qui distingue la méduse femelle de la méduse mâle ? Et bien à vrai dire, je n’en sais toujours rien. Il paraît que la méduse commune est reconnaissable à ses quatre organes reproducteurs, mais cela me fait une belle jambe, on ne dit pas si c’est le mâle, la femelle, ou les deux. Et lorsque j’ai appris l’autre jour que le mille-patte pouvait transformer une ou deux de ses paires de pattes en organes sexuels, idem, cela m’a fait une belle …, je ne sais pas plus s’il s’agit du mâle ou de la femelle.

Grands sujets de méditation que j’offre volontiers à nos chers députés droitistes. Mais pour le sexe des anges, ne leur demandez surtout pas de le déterminer…

Et pour la révolution ? Demandez-le à la grenouille !…

P.S. C’est étrange, mais à chaque fois que je parle de la droite populaire, ça me fait penser aux méduses. Doit y avoir un truc !

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Posted in: Raz-le-bol