Le cri du papillon dans le chaos des bois

Posted on 22 septembre 2011

3


Il paraît que lorsqu’un papillon pousse son cri guerrier de quelque endroit du bout du monde, une chenille peut se réveiller à un quelconque endroit d’un autre bout du monde, et se transformer en… Ben, on ne sait pas trop justement, ça dépend de tout un tas de choses.

En gros, c’est ce qu’on appelle la théorie du chaos, et il paraît que cela fonctionne très bien, en physique théorique en tout cas !

Moi, en général, dès que je pousse mon cri de guerre quelque part, j’ai toujours un voisin qui me cogne dans les murs, histoire de me faire taire. Merci mon général !

Je ne sais pas s’il vous est arrivé de pousser votre cri guerrier le matin au réveil. Quant au mien, il ressemble au cri de Rahanhan limé par deux paquets de clopes quotidiens. Mais il résonne quand même assez fort pour faire frémir tous les chats du quartier. Merci encore mon général !

Mais il y a des jours. j’ai beau beugler encore plus fort que de coutume, l’effet est à peu près le même que lorsque je pisse dans un panier à salades. J’ai beau faire, cela ne sert strictement à rien, soit le monde est totalement sourd, soit le panier percé, mais il ne veut absolument pas se remplir.

Bref, l’un des premiers mots que j’ai appris à prononcer, c’est « beurk », ce qui, traduit en langage chatier (c’est fait exprès, ne vous inquiétez pas) signifie à peu près « c’est dégueulasse », et je dis « à peu près », parce que pour le rendre au plus juste, il faudrait ajouter plein de truc à mon « dégueulasse ». Il est donc préférable de condenser en « beurk ».

Beurk ! C’est le seul mot qui me vient à l’esprit, ce matin. Et, dommage que je ne sache pas le traduire en ricain.


Deux hommes sont morts hier aux Etats-Unis !

Et alors, direz-vous ? Il en meurt à chaque seconde. Certains de mort naturelle, certains par accident, d’autres assassinés.

Certains assassinés bêtement, stupidement, lâchement, froidement, horriblement… et parfois par les plus implacables des criminels mus par une logique imbécile – on l’a vu le 11 septembre, tout comme on l’a vu, il y a peu en Norvège, et on le voit pratiquement chaque jour dans le monde.

Certains assassinés pour le simple vol d’un porte monnaie. Certains assassinés pour rien…

Certains assassinés par des « criminels » patentés, que l’on ne peut pourtant pas appeler « criminels » puisqu’ils sont patentés et ne font qu’obéir à des ordres que d’autres non criminels leurs ont donnés. Logique de guerre, nous dit-on !

Certains assassinés au non de la loi. Dans ce cas, cela ne s’appelle plus « assassinat », mais exécution capitale. Et la loi est si changeante d’un pays à l’autre, qu’ici l’on donne la mort par lapidation, ailleurs par pendaison, par décapitation, par électrocution, par fusils interposés, par injection létale… et que sais-je encore ! Peu importe, c’est au nom de la loi !

La loi du talion, comme on dit ! Oeil pour oeil, dent pour dent ! C’est stupide et cela ne sert à rien – enfin, à rien d’autre qu’à se venger et/ou à se défouler – et pourtant en 2010, 23 pays, au moins, ont encore procédé à des exécutions et 67 ont prononcé des condamnations à mort.

Parmi ces pays, la plupart sont des dictatures. Mais il y a aussi le Japon où 2 personnes ont été exécutées en 2010, et les Etats-Unis où 46 personnes ont été exécutées et 110 condamnations à mort prononcées.

Les Etats-Unis, où deux hommes ont été exécutés hier. L’un en Géorgie, Troy Davis, dont les fortes probabilités d’innocence ont mobilisé l’opinion internationale. L’autre, Lawrence Brewer, résolument coupable d’un meurtre abject, a été exécuté au Texas dans l’indifférence générale.

Les Etats-Unis où déjà 35 personnes ont été exécutées depuis le début de l’année, et où 1269 personnes ont été exécutées depuis la reprise des exécutions en 1977.

Les Etats-Unis où, si cela n’est pas obligatoire, ils est pourtant traditionnel que les élus, et jusqu’au président, prêtent serment, et généralement sur une bible.

L’ont-ils lu cette bible, les représentants du peuple américain, cette bible et sa morale qu’ils nous balancent un peu partout ? Il me semblait pourtant y avoir lu qu’un barbu avait reçu un joli caillou sur lequel était inscrit « tu ne tueras point« . Et qu’un autre barbu était allé répandre cette bonne parole au fin fond de la Palestine. Il y avait même ajouté des paroles de son cru, du genre :

« Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Matthieu 5 :43-44).

Ou encore, « Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère ; car il est écrit : A moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur » (Romains 12 :19).

Je puis concevoir que ces préceptes soient parfois difficiles à traduire en iranien ou en chinois, ou en langage de dictateur, mais en américain, c’est plutôt facile. Il suffit d’ouvrir cette bible sur laquelle monsieur Obama a prêté serment.

Loin de moi l’idée de vouloir jouer les moralisateurs. Mais justement, que l’on ne vienne pas me prêcher une morale quelconque, alors que l’on n’est même pas fichu de respecter celle dont on se réclame.

Oui, deux hommes ont été exécutés aux Etats-Unis hier ! L’un était peut être innocent, l’autre résolument coupable. Peu importe. Si vous êtes chrétien, la vengeance ne vous appartient pas, elle appartient à votre seigneur, et vous ne tuerez point.

Quant à moi qui n’ai pas plus de morale que mon papillon criard, je n’ai pas plus que lui l’instinct d’un assassin et pense que la peine de mort n’est rien d’autre qu’un assassinat, commis sous couvert de la loi, certes, mais un assassinat néanmoins.

Si encore elle servait à quelque chose, en bon papillon pragmatique, je pourrais peut-être, éventuellement, mais… Bien oui, mais ! On sait depuis des lustres qu’elle ne sert à rien ! Si l’on avait découragé les assassins en tuant les assassins, l’histoire humaine eut été depuis bien longtemps un Eden, et non une succession de jeux de massacres.

Voilà peut-être le pourquoi de ce beurk qui ne me quitte pas depuis ce matin. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que je le pousse, et ce ne sera pas la dernière.

Tiens, hier encore, 21 septembre, Alireza Molla Soltani, un adolescent de 17 ans condamné pour un meurtre commis en juillet, a été pendu en public en Iran. Et deux jours plus tôt, le 19 septembre, Abdul Hamid bin Hussain bin Moustafa al Fakiki, un Soudanais condamné pour sorcellerie, sans avoir commis aucun crime, a été décapité au sabre en Arabie saoudite. Et en Chine, on ne sait pas trop, mais ils viennent de remettre au goût du jour une ancienne méthode, le camion à exécuter, sauf que, progrès oblige, ils y ont remplacé le gaz par des petites seringues à tuer.

Et… Et bien non ! Je ne vous parlerais même pas chez nous de la marine nationale.

Ouais, il risque de perdurer quelques temps mon beurk…

Et pour en revenir à mon histoire de papillon et de chenille. Je sais très bien en quoi s’est transformée la chenille ce matin. En un joli épouvantail, qui ne fait plus peur à personne.

Dis Tonton !…

Ah non ! Tu m’emmerde aujourd’hui !

Publicités