Noyé dans le bourbon…

Posted on 7 novembre 2011

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J’ai lu je ne sais plus trop où qu’un conseiller spécial de notre Vénéré avait comparé la crise de la dette grecque à une « catastrophe naturelle » pour nous expliquer que l’on ne soigne pas une telle catastrophe à coup de referendum.

Il doit avoir de sacrées références littéraires, le monsieur. Tiens, juste après Fukushima, l’un de nos chers ministres avait aussi qualifié la catastrophe nucléaire japonaise de « naturelle ».

Doit-on en rire ?

Certes, vu la manière dont on nous prend pour des saucisses défraichies, il y aurait matière.

Mais d’entendre qualifier le pétage de plombs d’une centrale nucléaire ou la crise du sénilisme capitaliste de « catastrophes naturelles », il faut bien le dire, cela ne me fait plus vraiment rire.

Je veux bien que l’essentiel de l’art politique consiste à nous faire confondre des libellules avec des dromadaires. Mais de là à les confondre avec des mammouths, il y a un pas que je ne saurais franchir – à moins que le mammouth ne soit rose, avec des ailes, et que je me sois noyé pendant trois jours dans le bourbon. Et encore, je ne suis pas sûr que trois jours suffisent. Qui plus est, je n’aime pas le bourbon.

Bref, que la crise soit une catastrophe, nous sommes environ 99% dans le monde à nous l’entendre répéter chaque jour par l’amaigrissement de notre porte-monnaie – et je ne fais pas partie des plus défavorisés.

Lorsque l’on vit à Paris, ou dans n’importe quelle autre ville, la misère est devenue tellement ambiante dans les rues, que, l’habitude faisant, elle finirait presque par ne plus nous choquer. Mais je reviens de Montréal où je n’avais pas mis les pieds depuis trois ans et, alors qu’il y a trois ans elle était assez peu visible, aujourd’hui, la mendicité et la pauvreté y sont si présentes qu’il est impossible de ne pas s’en heurter.

Il en est évidemment de même au pas de ma porte, sauf que je ne le vois plus. Alors oui, catastrophe il y a !

Tiens, au pas de ma porte justement, l’épicier arabe que je connais depuis toujours a finalement tiré les volets. Et sa petite boutique a été remplacée par une boutique de cash, où les pauvres viennent vendre leurs objets contre trois picaillons. Autant vous dire que depuis deux ou trois jours qu’elle est ouverte, cette boutique ne désemplit pas. Comme quoi, l’on peut aussi faire du commerce sur la pauvreté… Mais… Dans un monde où le commerce règne en maître…

Et toujours au pas de ma porte vient aussi de s’ouvrir une boutique au joli nom de « luxe event » où l’on vend des événementiels de luxe… Sans doute pas pour ceux qui fréquentent l’autre boutique.

Catastrophe, il y a donc ! Mais de la comparer à une catastrophe naturelle, il y a de quoi réveiller les morts de Pompei et de les faire aller manifester au paradis des autruches, main dans la main avec ceux d’Hiroshima.

Et d’ailleurs, il n’y a plus beaucoup de catastrophes qui soient naturelles aujourd’hui, tant l’humanoïde à bousillé la planète et ses alentours. Il n’y a plus guère que quelques impétrants (le mot va décidément devenir à la mode) de la pensée la plus « profonde » et de l’expansion de leur porte-monnaie, pour croire que le réchauffement climatique, par exemple, soit un phénomène naturel. Ou que l’exploitation du gaz de schiste soit aussi propre que du lait Quicause !

Tiens, en 2010, selon le ministère américain de l’énergie – que l’on peut difficilement qualifier d’écologiste – la production mondiale de dioxyne de carbone a augmenté de 6%. Ce qui « signifie que les niveaux de gaz à effet de serre sont plus élevés aujourd’hui que dans les pires des scénarios décrits par les experts du GIEC (Groupe intergouvernemental d’étude sur le climat) il y a quatre ans ».

Pendant ce temps, la semaine dernière, les dirigeants de notre joli monde se réunissaient au bord de la mer, pour débattre – sans aucun doute – de la différence entre une catastrophe naturelle et une catastrophe non naturelle ! Et j’aimerais bien savoir combien a couté cette petite réunion, non seulement financièrement, mais en matière de gaz à effet de serre, aussi – à moins qu’ils n’y soient allés en bateaux à voiles !

Au bilan de cette réunion, une interview cocoricosante de notre Vénérable et du grand Sachem américain, où je n’ai appris qu’une seule chose, c’est que la présentatrice du journal de TF1 et celui du France 2 parlaient anglais.

Quant au mot qu’il était rigoureusement interdit de prononcer jusqu’à il y a peu – pour ceux qui s’en souviennent, on nous avait même parlé de rilance – il est aujourd’hui sur toutes les langues, la rigueur ! C’est la rigueur qu’il nous faut !

Soyons rigoureux et soyons austères… et la terre ne s’en portera que mieux !

Mouais ! Je dubite beaucoup, et même un peu plus !

Certes, une certaine rigueur s’impose si nous voulons sauver la planète et incidemment l’humanoïde et les autres espèces qui la peuplent.

Mais une dette, ce n’est généralement que le profit et l’intérêt de quelques uns au détriment de beaucoup d’autres. Supprimons le profit et l’intérêt, et nous supprimerons une bonne partie des dettes. Ou l’inverse d’ailleurs.

Evidemment, cela va poser de gros problèmes métaphysiques à certains : comment remplacer le moteur à mazout de leur yacht par un moteur à voiles, comment remplacer leurs jets privés par les planeurs collectifs… Ou comment beurrer soi-même sa tartine sans avoir besoin de deux ou trois valets ou femmes de chambres… Et j’en passe !…

Mais ce n’est pas en employant un plan de rigueur capitaliste que l’on va sauver le capitalisme de sa faillite.

Car, oui, c’est bien le système capitaliste qui est en faillite. Ce système ne repose que sur l’exploitation d’une masse de plus en plus grande au profit de quelques uns. Or, à force d’exploiter la masse, elle finit par n’avoir plus rien à se faire exploiter – si ce n’est peut-être la messe – et c’est bien ce que nous sommes en train de vivre – mais sans train de vie…

Dans Libé, je tombe sur une question hautement pataphysique, « une taxe sur les transactions financières est-elle vraiment utile ? » Je n’ai pas besoin de lire l’article pour y répondre non ! Et pour reposer la question autrement, « ces transactions financières sont-elle utiles ? » Ma réponse y est non aussi. Supprimons-les, et nous auront quelques débuts de solution à la « crise » que l’on nous impose. Et peu importe si certains doivent sauter de leur yacht pour rejoindre la rive. Ils n’avaient qu’à apprendre à nager.

Oui, je sais, on va me dire que je joue de mon violon utopique. Mais qu’importe. S’il arrivait un jour que nous ne soyons plus que deux ou trois à jouer de l’utopie, ce serait encore la preuve qu’elle a du sens.

Quant à ceux qui nous fabriquent et nous vendent des catastrophes à coup de naturel… Peut-être devrions-nous les envoyer nettoyer Fukushima. Ils y apprendraient sans doute le sens du mot faillite… A moins que là aussi, ils ne se trouvent un moyen de faire du pognon !

Dis Tonton, C’est pour quand…

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Posted in: Merdialisation ?