Endettez-moi donc, merci !

Posted on 17 novembre 2011

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En lisant le NouvelObs ce matin, je suis tombé sur un titre surprenant, « Intouchables : 5 millions de spéculateurs en moins de deux semaines. » Mais en fait, il s’agissait du film du même nom et du nombre de ses spectateurs. Va savoir pourquoi j’ai associé « spéculateurs » à « intouchables » !

Bref, alors que notre Vénéré et ses Vénérables font des « assistés » leur nouvelle cible de bataille (sans parler des Roms et des expulsés en général, mais on n’en parle plus, justement). Alors que le groupe Peugeot Citroën, BNP Paribas ou la Société Générale s’apprêtent à créer quelques milliers d’assistés supplémentaires (pas grave, on leur trouvera sans doute une autre appellation). On commence a comprendre un peu mieux pourquoi personne, parmi nos chers dirigeants du monde, ne veut aller chercher le pognon là où il se trouve, mais persistent et signent à nous enfoncer la tête dans le bocal (et je dis cela pour être poli).

Goldman Sachs ! Avant cette crisounette qui plombe le monde depuis trois ans – sauf celui des spéculateurs, et pour cause, elle leur est extrêmement rentable… Bref, avant cette crise, Goldman Sachs, je savais que c’était une banque d’affaires, point barre. Mais comme ses affaires ne sont pas les miennes (enfin, c’est ce que je croyais), je m’en souciais à peu près comme d’une guigne sur le nez d’un frelon asiatique.

Sauf que je m’avions trompé, ses affaires sont bel et bien les miennes !

Bien oui, ce que je ne savais pas, c’est que l’une des principales activités de Goldman Sachs – et semble-t-il très juteuse – était de spéculer sur les dettes publiques des états, et en particulier sur celle de la Grèce, source de tous nos maux aujourd’hui, paraît-il.

prague

N’étant pas spécialiste du boursicotage, je n’entrerai dans les détails. On peut en lire une explication très claire dans L’Humanité, Le Monde, Rue 89..

En gros, lors du passage à l’euro, à l’entrée de ce siècle, la Grèce était déjà bien trop endettée, selon les critères de Maastricht, pour faire une partie de quilles avec l’euro-élite (à ne pas confondre avec un satellite, quoi que…). Son gouvernement d’alors fit appel à Goldman Sachs qui, par quelques tours de passe-passe dont seuls les banquiers sont coutumiers, réussit à couper quelques tête de l’hydre, et à faire passer la colossale dette grecque (merci Hercule) pour une petite dettouille de rien du tout. Et toc, voici la Grèce euro élitée ! Et Goldman Sachs de se faire beaucoup de fric au passage, mais…

Sauf que, si vous coupez quelques têtes de l’hydre, elles repoussent en double. Et que si vous voulez maquiller une dette en dettouille, il est préférable de le faire au pôle nord qu’au soleil d’Attique, celui-ci (Hecule vous le confirmera) ayant la fâcheuse tendance à faire fondre le maquillage. Et toc, voici la Grèce euro délitée ! Et Goldman Sachs de s’être encore fait beaucoup de fric au passage, mais…

La dettouille redevenue dette et la Grèce au bord de la faillite, qu’à cela ne tienne, le gouvernement grec rappelle… Bien évidemment Goldman Sachs au secours ! Et Goldman Sachs de se faire…

Mais cette fois, le coup du maquillage ne passe pas. Il n’y a pas que la Grèce qui soit en quasi faillite, mais l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, l’Italie…

C’est du dur qu’il nous faut, du solide, de la rigueur, du redressement ! Plus question de faire appel à Goldman Sachs… Enfin, presque plus !

Dans la tourmente générale, exit du premier ministre grec. On le remplace donc par un autre premier ministre, bien évidemment… Un homme qui, lors du passage à l’euro était gouverneur de la banque centrale de Grèce, celle-là même qui, avec Goldman Sachs… Je ne vous refais pas le coup de l’hydre ! Mais pour celui du chat qui se mord la queue…

Bon, moi, je n’ai rien contre Goldman Sachs. Mais lorsque j’apprends aussi que le nouveau directeur de la banque centrale européenne a été vice président pour l’Europe de Goldman Sachs de 2002 à 2005. C’est à dire au moment du remaquillage démaquillage de la dette grecque… Et qu’il fut ensuite gouverneur de la banque d’Italie au moment où l’Italie se berlusconisait la dette…

Bien oui quoi ! On peut parfois se poser des questions idiotes !

Et lorsque j’apprends encore qu’en remplacement d’un célèbre butteur (au foot uniquement), le nouveau président du Conseil Italien était lui, conseiller à l’international de… Goldman Sachs depuis 2005 ! Je…

Bien oui quoi ! On peut parfois vraiment se poser des questions idiotes !

Bon ! Il paraît qu’il y en a qui y vont déjà de leur théorie du complot. Dis Jean-Jacques, y a combien de Goldman Sachsiens, chez nous ?

Moi non, mais pour la théorie du pognon qui va au pognon, qui va au pognon, qui va au pognon… ! Si tant est que j’avais un doute, je n’en ai plus l’ombre. Et quant à savoir pourquoi nos gouvernement s’empressent tous à nous rigoriser, plutôt que d’aller chercher le pognon là où il se trouve… Je vous laisse deviner !

Tiens, pour en finir avec le pognon qui va… Il y a quelques années, j’avais entendu dire qu’une malheureuse pauvre petite banque américaine (parmi bien d’autres), prise dans la tourmente de la crise des subprimes, avait touché quelques 10 milliards de dollars du gouvernement américain pour se renflouer… Elle s’appelait Goldman Sachs ! Et c’était juste avant que ce même gouvernement ne s’interroge sur sa manière de jouer au yoyo avec le fric des autres et n’enquête sur son rôle dans cette même crise des subprimes…

Mais… Il paraît qu’il faut rassurer les investisseurs ! Rassurons les donc ! Quant au rapport entre « intouchables » et spéculateurs », allez donc savoir…

Et pour la révolution ?… Ben euh…

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Posted in: Merdialisation ?