Le petit et le grand théâtre de boulevard

Posted on 23 novembre 2011

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Si vous avez l’intention d’inviter vos petites amies lilloises en vacances aux Etats-Unis, n’utilisez pas vos imachins, ni vos blueberrytrucs, mais servez-vous de vos vieux portables pour leur laisser des SMS, vous risquerez moins d’être flicqués par la police.

Oui, je sais, la blague est un peu douteuse, mais j’ai lu dans le très respectable Figaro que plus de 20.000 lignes de téléphones portables avaient été mises sur écoutes judiciaires en 2010, et cela ne peut se faire qu’avec des téléphones récents.

Ouf ! J’ai un vieux coucou téléphonique qui date de la préhistoire, je ne risque donc rien !

Bref ! Doit-on ou non ressortir DSK de son confortable placard au regard de l' »affaire du Carlton de Lille » ? Telle est la question que se posait L’Express il y a quelques jours, sous le titre « Pourquoi L’Express s’empare de l’affaire DSK » ? Et que l’on peut se poser d’autant plus, lorsque l’on apprend que Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair vont assigner plusieurs journaux en justice (Le Figaro, L’Express, Le Nouvel Obs, Paris Match ou VSD, et même un conseiller spécial de notre Vénéré).

Et bien oui ! Il me semble qu’on le doigt, pardon qu’on le doive !

Je l’ai déjà dit et répété, je me fiche éperdument des moeurs sexuelles de notre cher ex directeur du FMI. Dans la mesure où elles ne portent atteinte à personne d’autre, et sans son consentement, elles relèvent de son histoire, et de son histoire strictement personnelle.

Sauf que, n’oublions quand même pas que le personnage aurait presque pu se présenter à la prochaine élection présidentielle, et qu’à ce titre la limite entre la sphère personnelle et la sphère publique est plus qu’ambiguë en France.

Pour ne prendre qu’un exemple de cette ambiguité, lorsque Paris Match a publié une photo de l’ex-femme de notre Vénéré en situation quelque peu extra conjugale, cela a valu la porte à son rédacteur en chef. Mais lorsque notre Vénérable s’est mis à folâtrer avec sa chanteuse préférée, toute la presse a pu en faire ses choux bien gras ! Privé, public ? Va donc savoir !

Bon allez, autre exemple pour ne pas faire partial. La vie et la fille cachées de Mitterrand, privé, public… ?

Mais bon, je le répète, peu importent les moeurs sexuelles de chacun (ce pourquoi je conserve mon vieux téléphone), là n’est pas le sujet !

Non, dans cette affaire DSK, il y a trois dimensions au moins qui me heurtent, celle du mensonge, celle de la puissance, et celle de la démesure… auxquelles vient peut être s’ajouter celle de la loi, ou devrais-je dire celle de l’infraction, mais celle-là est affaire de justice, pas de moi.

Celle du mensonge est la plus délicate à trancher, chacun pouvant placer la frontière entre vérité et mensonge où il veut. Ainsi, lorsque le bonobo se plaît à forniquer, il le fait comme bon lui semble, sans se préoccuper de normes, et moins encore de vérité ou de mensonge.

Mais l’humain est un animal étrange qui, précisément a inventé ce genre de concepts et n’est pas fichu de s’accorder sur leur sens d’un village à l’autre (et parfois dans un même village). Et précisément, si je devais définir le mensonge, ce serait celui qui consiste à faire passer un bonobo pour un humain (ou l’inverse, quoi que ce soit plus facile, désolé Darwin).

Non, le bonobo a beau être mon cousin le plus proche, heureusement pour lui qu’il n’est pas être humain. Quant à moi, s’il ne me déplairait pas d’être bonobo parfois, et bien non, je ne le suis pas (mes capacités étant d’ailleurs nettement plus limitées que les siennes en certaines matières).

Pour faire plus simple, un proverbe auvergnat nous dit que le mensonge consiste à faire passer une vessie pour une lanterne, et un autre proverbe mexicain (ou chinois) qu’il consiste à faire passer un cactus pour une oie blanche.

Ou, pour faire encore plus simple, si vous lancez une pièce et qu’elle retombe du côté pile, vous en voyez la jolie face, mais si elle retombe du côté face, vous risquez de n’en voir que les fesses (ou l’inverse, cela revient au même).

En gros, c’est un peu ce que je déplore dans cette affaire. Bien des gens avaient vu les deux côtés de la pièce, mais à nous spectateurs lambda, l’on nous en a soigneusement caché un. Et lorsqu’un humoriste, Stéphane Guillon pour ne pas le nommer, a tenté de nous le dévoiler, ce fut haro sur l’humoriste !

Et le plus désopilant dans cette histoire, c’est que si l’on nous avait montré DSK sous toutes ses faces, peut-être eut-il été plus sympathique à certains. Et surtout, peut-être que de n’avoir pas à se cacher lui aurait-il évité quelques « excès », comme le dit mon cousin bonobo (les guillemets sont pour la censure, le bonobo n’en connaissant pas l’usage).

Bon, passons à la seconde dimension (merci Dark Vador), la puissance.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire une relecture de Nietsche. Et d’ailleurs je vais faire dans le bref (comme disait Pépin), puissance et démesure allant généralement de pair, l’on peut mixer directement la seconde et la troisième dimension.

Qui n’a pas eu un jour à subir la hargne de son chef, parce son chef à lui, lui a botté les fesses, parce son chef à lui, etc, etc. Plus on s’élève dans les sphères de la puissance, plus on s’éloigne de la basse et plate réalité. Or, c’est bien souvent cette basse et plate réalité qui devrait nous servir de mesure. C’est certes une banalité, mais sans mesure, la démesure est vite atteinte. Et plus vous grimpez « haut », plus elle s’amplifie.

Il n’est qu’à voir le « mépris » avec lequel certains politiciens regardent « la France d’en bas », pour s’en rendre compte, et plus ils grimpent, plus elle est basse… Quant aux grands patrons qui comptabilisent les délocalisations et leurs profits en sirotant un verre de champagne sur leur Yacht… Plus le Yacht est grand, plus la terre s’éloigne.

Tiens, à propos de grands patrons justement, le Nouvel Obs nous en donnait un bel exemple il y a quelques jours, en publiant une lettre que le Président d’honneur de la Société Générale adressait à Valéry Giscard D’Estaing.

Pour résumer l’affaire, il existe un Hôtel de la Marine (non, pas elle) qui nous appartient puisque l’état c’est nous, mais dont l’état ne sait quoi faire. Et comme l’état, ce n’est nous que quand ça l’arrange, il a confié à notre ex-président de la République, Valéry le bien nommé, la mission de savoir que faire de cet hôtel.

C’est ainsi que le président d’honneur de la Société Générale a eu la lumineuse idée d’écrire à monsieur D’Estaing, le bien prénommé, pour lui proposer de bailler le dit hôtel et de le louer pour en faire commerce. En soi, pourquoi pas, moi y’en a rien à faire !

Sauf que l’argumentaire du-dit président de banque pourrait être comique – s’il émanait d’un vrai comique. Il faut « tenir compte de la situation financière extrêmement grave dans laquelle nous avons placé notre pays », nous dit-il ! Ah que ! C’est qui le « nous » ?

Et ce brave président honoraire de poursuivre, « comme le ménage ruiné par le chômage et les dépenses incompressibles, la République doit accepter de mettre au Mont de Piété les bijoux de famille. » Ah que, il est ruiné par les dépenses incompressibles, le bon banquier ? Il est au chômage ? Il faut qu’il demande la piété au monde ? Le pauvre, l’a perdu sa Rolex !

Mais il nous a réservé le plus beau pour la faim, pardon, pour la fin. Sa génération ayant été « beaucoup trop cigale » (merci La Fontaine), il lui serait « pédagogique », ainsi « hélas » que pour la génération suivante, « de se priver pendant plusieurs décénnies de certains de ces immeubles comme l’Hôtel de la Marine ». Ouf, il n’a pas pensé au palais de l’Elysée !

Bref ! il est clair que notre cher banquier ne doit pas connaître le nombre de sans abris, et qu’il ne lui serait jamais arrivé de penser à transformer l’Hôtel de la Marine en HLM. Mais… Il y a sans doute pédagogie et pédagogie… Celle du banquier n’étant pas la mienne, trop basse et terre à terre pour lui…

Désolé cher monsieur, mais si votre démesure vous a fait un peu trop cigale, moi, je n’ai pas l’impression d’avoir pu me permettre de l’être outre mesure.

Oui, je sais, avec cette histoire de banquier et de marine, je dérive un peu. Mais pas tant que cela en fait.

Puissance, mesure, démesure… Ce cher banquier ne semble même plus se rendre compte du monde qui l’entoure et que sa « pédagogie » serait digne d’un comique troupier si ce monde, précisément, ne se réduisait pas à la simple vision qu’il en a en beurrant ses gaufrettes et comptant ses actions.

Et pour en revenir à DSK – et loin de vouloir le dédouaner de quoi que ce soit -, il me semble que c’est la même chose.

« Addiction sexuelle » nous dit-on ! Mais l’addiction sexuelle est elle une maladie ? Foutaise de curotains ! Allez donc le demander à nos cousins les bonobos, qu’ils rigolent un peu.

Bien plus que sa présumée addiction sexuelle, ce sont plutôt ces trois dimensions qui, à mon sens, ont coulé DSK : mensonge, puissance et démesure.

A force d’évoluer dans un monde parallèle, on finit par se perpendiculariser du monde.

L’exercice du pouvoir transforme les petits malades ordinaires tels que vous et moi, en malades d’en vouloir toujours plus !

Et pour… Ben quoi, la perpendiculaire !

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Posted in: Merdialisation ?