De retour sur… terre…

Posted on 12 décembre 2011

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J’ai parlé l’autre jour de la babaritude sur talonettes qui rendait la bataille politique aussi imbuvable qu’un thé à l’huile de ricin. J’intitulais ce billet de mauvaise humeur « le degré zéro de la politique », et le terminais en mentionnant l’éditorial grotesquement vaudevillesque (à deux sous, et encore) de Patrick Besson dans Le Point, en disant qu’à sa lecture, j’aurais pu intituler mon billet, « le degré zéro du journalisme ».

Dans cet éditorial, le personnage (dont je tairai désormais le nom tant il me fait penser à un homonyme), nous donnait une « parodie » d’Eva Joly devenue présidente, et s’exprimant avec un accent (teutonique, pardon) norvégien. Sauf que non seulement j’ai trouvé cet édito aussi grotesque qu’une omelette norvégienne où l’on aurait oublié de battre les oeufs, mais qu’il m’a fait penser aux Zéditoriaux (ouais, j’ose) d’une certaine période très joyeuse de notre histoire de France dont je ne donnerai pas les dates sous peine d’atteindre encore le point G. (et je précise simplement qu’en cette joyeuse époque, il n’y avait pas de… femmes au gouvernement, je vous laisse donc deviner…).

Bref… Le degré zéro du journalisme était donc bel et bien revenu, de même qu’en politique. Pompon sur le gâteau, la marine nationale n’avait qu’à s’en réjouir. Et la boucle bouclée.

Et bien non ! Je ne sais pas ce qu’ils leur provoquent comme crises d’asthme à nos journalistes, les écologistes réunis d’EELV. Mais cette fois, c’est au tour de Rue 89 de s’y mettre.

L’autre jour, j’y lisais une « interview » d’Alain Lipietz. En soi, pas de quoi casser une gaufrette, et d’ailleurs, qui se souvient du monsieur ? Si, rappelez-vous, en 2001 il avait failli être candidat à la présidentielle, mais les écologistes (pas encore réunis) d’alors, lui avaient préféré le plus médiatique Noël Mamère. Du coup, pour se venger, il écrit aujourd’hui un bouquin sur Mallarmé.

Va savoir pourquoi, mais je confonds toujours Mallarmé avec Lautréamont, pourtant, le premier rêvait de l’après-midi d’un faune, l’autre à un jeune homme beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie.

Et alors, quel rapport ? Aucun, je digresse. Quoi que !

Dans Rue 89, on peut lire le chapeau racoleur « Lipietz dézingue Duflot ». Ah que ! Moi, j’aime bien les polars bien noirs, je vais donc y jeter un oeil (de verre), et je tombe sur un article m’expliquant que selon Alain Lipietz, Cécile « Duflot vendrait père et mère pour devenir ministre » (c’est le titre).

On peut encore y lire que Cécile Duflot est « à la botte du PS », qu’Europe Ecologie – Les Verts est dirigé depuis un « bunker » par une « bande des quatre » ayant un profil de Jeunes Socialistes. Et, je résume la suite, qu’en gros, ils ont balancé Eva Joly candidate à la présidentielle pour mieux « l’assassiner » (sic).

Encore une fois, pas de quoi se briser la gaufre. Je l’avoue, c’est à peu près ce que je pense.

Mais comme il m’arrive parfois d’être méticuleux, je vais faire un tour sur le blog d’Alain Lipietz pour vérifier. Et bien m’en a pris. Je tombe sur un billet intitulé « le hoax déplaisant de Rue 89 ».

Et là, j’apprends que ce que Rue 89 nous déguise sous forme « d’interview », n’est en fait qu’une conversation tenue lors d’un déjeuner au cours duquel la journaliste à pris des notes (on ne dit pas si c’est sur la nappe) en vue d’une véritable interview ultérieure. Que la rédaction de Rue 89 a décidé de faire de cette conversation un article sans attendre l’interview ultérieure. Article que la journaliste a soumis pour lecture à Alain Lipietz (ce qui est la moindre des choses, mais…). Puis que cet article a été modifié et publié, sans relecture, cette fois, par l’auteur des propos.

Au final, j’apprends donc que (même s’il l’a peut être pensé très fort) Alain Lipietz n’a pas « dézingué » expressément Cécile Duflot, mais la direction d’EELV en général. Petite nuance certes, mais d’importance ! Surtout en cette période pré-électorale.

Bon ! La journaliste de Rue 89 ne connaissant peut-être pas l’usage du magnétophone, ce sera parole contre parole…

Et je reviens donc vers Rue 89 où je tombe sur un article consternant (je mesure mes mots) de son rédacteur en chef, m’expliquant qu’un hoax n’est pas une quinte de toux. Que la journaliste n’a pas pris ses notes sur la nappe, mais dans un carnet (la nappe devait être en tissu). Et surtout, qui nous donne une belle leçon de journalisme…

Outre que l’on y découvre que le remplacement d’un « ils », pluriel et impersonnel, par la mention explicite d’une personne (en l’occurrence Cécile Duflot) est après tout sans grande importance, et surtout pas « absence de déontologie »… Evidemment, nous sommes en pleine génération SMS, alors SMS ou M&M’s !

On peut surtout y lire que le fait de donner à vérifier » ses citations à leur auteur est « une pratique héritée des « vieux médias » (sic) que notre brave rédacteur trouve personnellement « condamnée à disparaître ».

Personnellement, en dehors des fautes d’orthographe, je ne sais pas trop ce qui distingue les « vieux médias » des nouveaux. La pratique de la manipulation des citations, en tout cas, n’est en rien nouvelle. Par contre, je ne suis pas certain qu’un nouveau (?) média publierait l’intégralité du « J’accuse » de Zola – sans doute n’en publierait-il qu’un digest.

Ah si, à l’époque des « vieux médias », le magnétophone n’existait pas encore !

Ce qui est certain par contre, c’est que si, en réalisant un documentaire, je m’amusais à modifier ou déformer les propos des personnes que j’interroge. Non seulement je risquerais de me retrouver procéïsé illico. Mais surtout, je perdrais toute la confiance que m’ont accordée ces personnes. Cette confiance qui, seule, me donne ce droit que notre cher rédacteur revendique, celui de ne jamais donner à relire un film avant qu’il ne soit terminé.

Alors déontologie ?… Je dois l’avouer, j’ai failli intituler ce billet, « question de déontologie, ou de caniveau ? » Mais je me suis encore autocensuré, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude, à moins que je ne tombe dans le « nouveau média ».

Bon, c’est pour quand la sublimissime plume d’Eric Zemmour dans Rue 89 ? Dommage, j’aimais bien Rue 89 !

Et tiens, à propos de « vieux médias », un petit mot de Lautréamont,

« Vous dont le calme enviable ne peut pas faire plus que d’embellir le faciès, ne croyez pas qu’il s’agisse encore de pousser, dans des strophes de quatorze ou quinze lignes, ainsi qu’un élève de quatrième, des exclamations qui passeront pour inopportunes, et des gloussements sonores de poule cochinchinoise, aussi grotesques qu’on serait capable de l’imaginer, pour peu qu’on s’en donnât la peine ; mais il est préférable de prouver par des faits les propositions que l’on avance. »

Bon allez, à propos d’écologie pour finir, je viens de lire dans Le Monde le dernier bon mot de notre ministre spécialisée es bisounours sur la Conférence de Durban,

« Ce sont de tout petits pas, mais c’est la preuve qu’on peut avancer ». En effet, on peut aussi avancer en tournant en rond !

Dis la cruche, c’est quand que tu vas à l’eau ?

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Posted in: Raz-le-bol