Prolétraires* de tous pays…

Posted on 18 janvier 2012

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Prolétraires de tous pays, unissez-vous… pour bénir votre patron !

Je ne sais plus trop pourquoi j’ai noté cette petite phrase hier soir. Peut-être parce que je voulais regarder le film de Pabst, La Tragédie de la mine, qui passait au cinéclub de France 3. Et comme il passait très tard, en attendant, je me suis cogné tous les journaux tévé de nuit.

Evidemment, lorsqu’on a fini d’y parler de faits-divers et de la vie intime de notre Vénéré et de ses (sinistres, pardon) ministres, il faut nous rappeler que c’est la crise. Histoire sans doute de nous mettre en joie pour passer une bonne nuit (les petits).

Et évidemment encore, lorsqu’il y a crise, la priorité de nos chers capitalistes est de dégraisser leurs usines, afin de s’en mettre un peu plus plein les poches (du beurre, évidemment, la graisse, ils s’en fichent). Et pour bien nous faire enfoncer le clou de la crise (et incidemment pour montrer leur attachement servile à ce système ineptement oligarchique, comme on dirait chez certains maoïstes), les journaux tévé nous balancent leur petit reportage pleurnichard sur la prochaine fermeture d’une fabrique de je ne sais quoi, et on s’en fiche d’ailleurs, ce qui compte, c’est de nous montrer de l’ouvrier pleurant sur son triste sort.

40 ans dans la boîte, qu’il a, vous pensez s’il y est attaché à sa boîte, et qu’on va le jeter à Pôle Emploi le pauvre. Ah que c’est pas juste !

Evidemment enfin, on ne va pas nous dire qu’il pourrait peut-être faire la révolution, le pauvre, et se l’approprier sa fabrique de je ne sais quoi et qu’on s’en fiche. Ben non ! Surtout pas… Mais c’est une autre histoire…

Bref ! L’histoire du pauvre prolo qui va se retrouver dans la m…  mouise. Sauf si vous n’avez ni tévé, ni radio, ni journaux, ni ordinateur, ni… sans doute plein de trucs encore… vous ne pouvez pas y échapper.

Mais l’heure avance ainsi, et vient enfin la présentation du film que j’attends fébrilement.

La Tragédie de la mine, comme l’indique le titre, d’une part, ça ne va pas être drôle, et d’autre part, contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela ne va pas vous raconter une histoire de crayon. Non, il s’agit de celle de mineurs qui, en 1931, se sont retrouvés piégés au fin fond de quoi ?… Je vous laisse deviner… Une mine !

La-dite mine étant située en France, mais à proximité de la frontière allemande, des sauveteurs teutons vont venir à leur secours, et tout se terminera bien. Sauf que cela se passe en 1931, juste entre deux guerres, que l’amitié franco-teutonne laisse sacrément à désirer. Et qu’en plus c’est la crise (oui déjà), les mineurs allemands sont donc assez mal vus de l’autre côté de la frontière, des fois qu’ils viennent nous bouffer notre pain, non mais, et draguer nos filles ! Il y a même une grille frontière au beau milieu de la mine, c’est vous dire !

Mais bon, je ne vous raconte pas tout le film. Au final, cela se termine bien. En gros donc, c’est l’histoire d’une jolie solidarité entre prolos, en dépit des frontières et de la crise.

Ouais ! Prolétaires de tous pays, unissez-vous… Vous comprenez le début de mon titre.

Mais pour en comprendre la suite, il faut que je revienne au début, c’est à dire à la présentation du film. Imaginez-vous lire le résumé que je viens d’en faire, mais avec une voix de fin de XIXème siècle, totalement monocorde, et vous aurez le ton.

Sauf que dans cette présentation qui résume assez bien la solidarité prolétarienne, j’entend une petite phrase qui me fait bondir sur mon cahier de notes, « les prolétaires n’existent plus aujourd’hui« . Je cite de mémoire, mais un truc du genre.

Petite phrase que j’avais d’ailleurs déjà entendue il y a quelques jours, lors d’une discussion hautement philosophique avec des amis qui m’expliquaient pourquoi ils allaient voter Mélenchon. Tout en me disant, ben oui, « les prolétaires n’existent plus aujourd’hui« .

Mince alors, que je m’est dit ! Ils nous racontent vraiment des craques dans les journaux ! Ils payent des acteurs pour nous faire le prolo que l’on voit tous les jours pleurer sur la fermeture de son usine ! Et le smicard qui gagne à peine 1000 balles par mois, et le RSAiste, ce doit être des acteurs aussi ! Ah non, eux, ce sont des fraudeurs, ouf !

Mouais ! « les prolétaires n’existent plus aujourd’hui » ! Jolie rengaine que l’on nous balance un peu partout. Dans cette même discussion hautement phosphorique, j’ai entendu que c’était d’ailleurs pour cela que les ouvriers allaient voter Front National maintenant !

Ah bon ! Les ouvriers non plus ne sont plus des prolétaires ! Quelle drôle d’époque nous vivons !

CQFD, j’en suis arrivé à ma petite phrase du jour, « Prolétraires de tous pays, unissez-vous… pour bénir votre patron !« 

Quelle logique tortueuse avez-vous, aujourd’hui ! Qu’il me dit aussitôt mon maître en théosophie botulienne.

Quoi qu’elle a ma tête ! qu’elle répond ma tortue.

Mouais ! C’est vraiment crétin la tévé, j’aurais mieux fait d’aller me coucher…

Dis tortue, c’est pour quand la révolution !

P.S. On m’a suggéré que « prolétraire », c’était mieux, et en effet, je modifie… Oui, mais prolaitraire, ça ferait un peu trop marque de pub…

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