Trou de mémoire

Posted on 31 janvier 2012

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Il parait que Dassault va vendre 126 avions de guerre à l’Inde. Cela vous inspire ? Moi non ! Je ne travaille pas dans l’industrie guerroyeuse, et si tel était le cas, je ne m’en vanterais pas. D’ailleurs, je n’avais pas envie d’écrire aujourd’hui, mais on m’a recommandé de lire, l’article de Sophie Dufau sur Médiapart, « Metz 1961, enquête sur une ratonnade ». Et…

Ouais, c’est chiant Médiapart, retranchés comme une vraie bande de trotskystes, qu’il faut même payer ta cotisation, sinon tu n’as droit qu’à lire le club des blogeurs. Mais pour les articles, tu n’as que le chapi-chapo, et que tu dois t’emmerder à les résumer pour les autres. Pourraient quand même ouvrir certains articles, que ça amènerait peut-être des lecteurs à s’abonner. Parce que le chapo-chapi, la plupart du temps, c’est peau de balle, rien à secouer. Bon, moi, ce que j’en dis…

Tiens, j’en parlais justement à mon ami Claude l’autre jour. Ben lui, il n’était pas du même avis. Tant mieux que c’est fermé, qu’il m’a dit. Ca évite à tout le monde de savoir comment qu’ils ont vendu leurs avions chez Dassault, dès fois qu’ils iraient fouiller dedans les trotskystes médiapartiens?

Bref, je résume donc l’article pour les non abonnés à Médiapart, ou pour ceux qui ne l’ont pas lu. Et désolé si je digresse un peu, c’est une habitude.

1962 – 2012, cela fait cinquante ans, si je sais compter. Cette année sera donc le cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie et de l’indépendance du pays. Une occasion peut-être de réouvrir des plaies qui ne se sont jamais refermées, d’un côté comme de l’autre de la grande bleue – et peut-être d’en refermer certaines justement.

Mais nos chers UMPistes nous l’ont dit et répété, point de repentance. Et pourtant, elles seraient utiles parfois. Voire nécessaires.

J’aime l’Algérie, enfin non, j’aime le peuple algérien. Je ne vous dirai pas pourquoi ici, les raisons m’en sont personnelles, disons simplement que pour avoir pas mal roulé ma bosse de sept lieues, c’est toujours en Algérie que j’ai reçu le plus bel et chaleureux accueil, souvent sans même le demander.

En juillet 1962, je n’avais pas encore trois ans, et je n’ai donc rien à voir avec cette stupide guerre commencée, non pas en 1954 comme on peut le lire dans l’histoire officielle, mais un beau jour de mai 1945 à Sétif, alors même que la France et le monde fêtaient la fin d’une autre guerre.

Je n’y ai rien à voir, sauf que sur mon passeport est inscrit « république française », et que c’est au nom de cette république que je fais repentance à tous mes amis algériens.

Bref, j’ai encore digressé, mais vous étiez prévenus.

Pour en revenir à l’article de Sophie Dufau donc, il présente un webdocumentaire sur un fait que je ne connaissais pas, les ratonnades commises par de braves militaires français stationnés à Metz en juillet 1961 suite à un attentat dans lequel deux personnes furent tuées, dont un militaire justement.

Bilan de ces ratonnades… on ne le saura probablement jamais ! Bien moindre sans doute que celui (que l’on ne connaitra probablement jamais non plus) de celles commises par la police parisienne une nuit d’octobre 1961. Mais ratonnades néanmoins, et du fait de nos braves militaires.

Bon, je ne vous raconte pas le film, on peut le voir ici (un peu chi…t je dois dire, ou film d’école, mais comme la plupart des webdocs fait avec des bouts de ficelle et néanmoins très instructif).

Tiens, ça m’a donné envie de réécouter Maxime Le Forrestier et son parachutiste.

Ouais, pourquoi que je raconte ça, moi, alors que je n’ai strictement pas envie de faire causette aujourd’hui, même pas lire la presse ?

Ah si ! Il y a quand même une chose qui m’étonne. C’est le cinquantenaire de la fin de cette sale guerre d’Algérie, mais à propos de plaies qui s’ouvrent ou se ferment, il y en a une que l’on ne semble pas vouloir réouvrir. Celle du rôle de François Mitterrand dans cette guerre.

Est-ce par un simple hasard de calendrier qui fait que 2012 sera aussi une année d’élection présidentielle et qu’un socialiste pourrait bien revenir au pouvoir ?

J’ai beau chercher, je ne trouve rien dans l’actualité sur ce sujet. Pourtant, il y a quelques années, l’historien Benjamin Stora et le journaliste François Malye avaient fait de cette histoire un documentaire diffusé sur France 2.

Sur le site de France 2, l’on n’en trouve plus aujourd’hui que la présentation, mais elle est éloquente.

Entre 1954 (début officiel de la guerre) et 1957, François Mitterrand fut ministre de l’Intérieur puis de la Justice, « l’un des personnages de premier plan des gouvernements de la IVeme République qui appliquent en Algérie une politique particulièrement répressive. » Et qui, en tant que « ministre de la Justice du gouvernement Guy Mollet, refusera la grâce, dans plus de 80 % des cas, aux militants du FLN condamnés à mort. 45 (d’entre eux) seront guillotinés. »

Parmi ces 45 guillotinés, le seul « européen » sera Fernand Iveton, ouvrier, communiste, rallié au FLN, dont la tête tombera le 11 février 1957 dans la cour de la prison Barberousse (joli nom n’est-il pas !) d’Alger. Et comme trois sangs valent mieux qu’un, elle tombera en compagnie de celles de Mohamed Ouenouri et de Mohamed Lakhnèche.

Juste avant (son assassinat, pardon) son exécution, Fernand Iveton aurait crié « Vive l’Algérie ! »

Comme le dit encore la présentation du film, « un formidable non-dit entoure ces trois longues années, (qui furent) parmi les plus terribles de cette guerre. » Et pendant lesquelles notre brave François Mitterrand officiait à la Justice… Il est vrai que quatre ans plus tard, lors des ratonnades parisiennes d’octobre 1961, l’un de ses… comment dit-on ?… l’un de ses proches ? sévira lui à la préfecture de police parisienne. Son histoire à lui est un peu plus connue, il se nommait Maurice Papon.

Ce non-dit persisterait-il encore, et ce documentaire sera-t-il rediffusé à l’occasion du cinquantenaire ?

Dit Tonton…

Ben quoi ? Y en a marre ! Ouais, c’est vrai, comme il dit le Claude, ils n’en parlent même pas sur sur Médiapart.

Merci à BidouKate et à GrandFred de m’avoir suggéré cette petite rememberade.

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