De l’art savant de creuser des trous…

Posted on 2 mai 2012

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C’en est bien fini des vacances cette fois. Les marteaux piqueurs pilonnent à tout va, en essayant de nous faire croire qu’ils vont faire ressortir la plage de sous les pavés. Mais je suis sceptique ! Alors adieu la mer, les petits bateaux, la pèche aux moules et le regard triste des baleines en péril.

De l’art savant de creuser des trous uniquement pour les reboucher !

On devrait en faire un traité de philosophie contemporaine tellement il s’applique à notre monde actuel. Il paraît qu’Euclide a trouvé le truc du volume en se noyant dans sa baignoire et que Newton a inventé la gravité en bouffant une pomme pourrie. Aujourd’hui, il n’y a plus de poinçonneur des Lilas (j’allais dire de poinconneur), mais on pratique l’art du marteau-piqueur, à la manière d’un réveil en fanfare, uniquement pour nous démontrer que le monde existe et que nous n’échapperons pas à la pollitude générale.

Désolé, je suis en veine de néologismes aujourd’hui.

A quoi ça rime de creuser un trou uniquement pour le reboucher dès lors que l’on sait que six mois plus tard, il va falloir recreuser le trou ? Question idiote, je vous l’accorde ! Mais néanmoins chaque matin d’actualité. Et d’ailleurs, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les marteaux-piqueurs prennent un malin plaisir à commencer à creuser dès le matin à huit heures (quand ce n’est pas à sept heures trente), pour cesser vers neuf heures, uniquement pour bien vous montrer qu’il faut se réveiller de bonne humeur ! Le réveil en fanfare, on appelle-ça chez les militaires. En prison, on appelle ça le réveil à coup de trique. Dans la vie courante, on appelle ça le réveil ordinaire de celui qui va partir creuser un trou afin de le reboucher et de le creuser à nouveau quelques mois plus tard…

Mais non ! Ce n’est pas l’histoire du chat qui se mord la queue, et encore moins celle de la poule et de l’oeuf. C’est uniquement la philosophie générale du capitalisme.

Si l’on creuse un trou, c’est un peu, sans doute, pour remplacer un morceau de tuyau dont on sait pertinemment qu’il faudra le changer à peine posé parce que devenu obsolète. Et tout ça pour quoi ? Faire bosser le travailleur uniquement pour qu’il ne pense pas que son smic ne lui permettra pas de tenir jusqu’à la fin du mois alors que le fabriquant de tuyaux se paye un petit déjeuner dont le croissant au saucisson vaut trois fois le smic. Et, incidemment, pour que le travailleur qui ne travaille pas n’oublie surtout pas que le monde reste toujours le monde malgré lui, alors que le fabriquant de tuyaux digère tranquillement son petit déjeuner dans sa maisonnette de Rueil-Malmaison en dessinant des tuyaux destines à remplacer ceux que l’on vient de poser !

C.Q.F.D. Ma démonstration est-elle claire ? Ou dois-je en rajouter une couche ? Non ! Elle n’a strictement aucun sens ! De même que le monde qu’on nous impose !

Et d’ailleurs, puisque l’on a beaucoup parlé d’une taxe carbone, avant qu’elle ne fasse pschitt, ne pourrait-on pas plutôt instaurer une taxe tuyaux ?

N’étant pas un fin connaisseur, je suppose néanmoins que les tuyaux obsolètes à remplacer par de nouveaux tuyaux qui deviendront eux-même à remplacer d’ici six mois… et ainsi de suite… finissent dans une décharge quelconque qui génère des millions de fois plus de carbone que mon Solex pour lequel je vais devoir payer la taxe… D’où la légitimité d’une taxe tuyaux !

Il est vrai qu’en créant une telle taxe, on ne s’attaquerait pas aux mêmes porte-feuilles ! Pas à celui du crétin comme moi qui chaque jour utilise son Solex pour aller creuser des trous à reboucher uniquement pour les recreuser… Mais à celui, bien plus rempli, du fabriquant de tuyaux qui se fiche pas mal du bruit des marteaux piqueurs lorsqu’il déjeune sur son yacht en invitant quelques ministres.

Etonnant d’ailleurs, on parle d’un « portefeuille » de ministre ! Et il est vrai qu’un ministre roule rarement en Solex – ou avec chauffeur – et qu’il ne passe pas ses journées à creuser des trous pour… je vous passe la suite…

Quoi que ! A en juger par l’efficience de nos chers gouvernants et à leur gestion de la crise, par exemple, on peut parfois se demander s’ils ne passent pas leur temps à creuser des trous pour les reboucher et les recreuser à nouveau ! Mais comme cela n’a lieu qu’entre un petit déjeuner au croissant de caviar et un dîner sur un yacht, arrosé à la crème de calamar géant et d’huile de baleine, cela ne se voit pas !

Au fait, c’est quoi un ministre sans portefeuille ? Un Rmiste ? Non, j’oubliais, ça n’existe plus les Rmistes, aujourd’hui, on devra parler de Rsaistes – ce doit être plus moderne sans doute!

Dis le Rsaiste, c’est pour quand la révolution !

Et toi, le portefeuille, c’est quand que tu nous fous l’anarchie ?

Patricia Petitbon, Offenbach, Les Oiseaux dans la charmille

Dis le trou, c’est quand que tu te rebouches tout seul !

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Posted in: Merdialisation ?