Total en berne…

Posted on 24 mai 2012

2


Je voulais parler de flotte aujourd’hui. mais j’ai digressé, quoi que, pas tant que ça. Je ne sais pas si vous vous souvenez (les bretons, de plus de douze ans, eux, si), mais le 12 décembre 1999 une cochonceté de pétrolier au joli nom d’Erika faisait naufrage au large de la Bretagne. Résultat, 400 kilomètres de côtes dégueulassées, 175.000 oiseaux mazoutés (selon la LPO*), et l’on n’a pas fait le compte pour les poissons, huitres, oursins, et autres animaux marins.

Bon, vous me direz que la mer, c’est dégueulasse en soi, les poissons, les huitres, les oiseaux, ainsi que les marins où les touristes venus pécher des moules, s’amusant à la compisser. Mais ce n’est pas une raison pour empirer les choses !

Bref, battant complaisamment pavillon maltais, après avoir battu ceux, tout aussi complaisants, du Libéria et de Panama, le pétrolier affrété par Total sortait en mer avec à son bord 30.884 tonnes de fioul (pas une de moins), et pas n’importe quel fioul, mais du lourd n°2 (ne m’en demandez pas plus, je ne suis pas fiouliste).

Ouais, la mer c’est dégueulasse, et en plus, elle se déchaîne parfois, on appelle cela une tempête. Pas de bol pour Erika, la tempête faisait rage lors de sa sortie, et crac, cassé le bateau, avec les suites que je l’ai déjà dit et ne le répèterai pas.

Sauf que la tempête, faut pas exagérer, ça ne coule pas tous les bateaux, et rarement les gros (ceci-dit, chez Cousta, certains coulent même sans tempête – pub gratuite). En fait, l’était complètement pourri l’Erika, et on le savait au moins depuis février 1998, soit plus d’un an avant le coulage.

Pourri-toi-même, qu’avait alors répondu Total, ainsi que les deux sociétés chargées de gérer le bateau. Un petit coup de pinceau par ci, un coup de baguette magique par là, et allez hop, à la flotte, le boat !

Bref, tempête plus bateau pourri ne faisant pas bon ménage, on connait la suite. Crac, cassé en deux le pétrolier, et coulé ! Comme le Titanic, mais sans avoir embrassé un iceberg.

Notons au passage que la ministre de l’écologie de l’époque, Dominique Voynet, avait interrompu ses vacances à la Réunion pour se rendre sur place, et s’était fendue d’une jolie phrase, « ce n’est pas la catastrophe du siècle ». Certes, Dominique, allons donc le demander aux guillemots de Troïl dont 80% furent mazoutés. Mais passons, chacun a droit à son lot de sornettes…

Il faudra attendre le 16 janvier 2008 pour que Total et consorts soient reconnus coupables de pollution et condamnés à verser 192 millions d’euros. Jugement confirmé en appel le 30 mars 2010.

Et il faudra encore attendre le 25 septembre 2012 pour savoir ce qu’en dira la cour de cassation.

Sauf que, y’a un zic ! Bien oui ! N’est pas Total qui veut, non mais ! Et l’avocat général de la cour de cassation ne s’est pas fait prier pour le faire savoir. Le bateau était maltais et s’est amusé à couler hors de nos eaux territoriales, donc rien à secouer des côtes et des oiseaux bretons ! Le jugement doit être cassé, c’est à Malte de juger Total, pas aux bretons, et comme Malte n’en a rien à faire… ! Génial, non ?

Moi, je vais de suite immatriculer mon scooter à Malte ou au Nigéria, je pourrai écrabouiller tous les oiseaux que je rencontre. Bon, faut que je les rencontre hors de France… Pas grave, je m’immatricule à Malte et m’en vais niquer les zoizeaux espagnols.

Bon, pourquoi c’est que je raconte ça, moi, je voulais parler de flotte, mais pas de pétrole dans la flotte. Ah oui, je sais, c’est que juste après avoir lu l’article du Monde sur le procès (ou non procès ?) de Total et de l’Erika, j’ai lu la niousletter de Greenpeace qui nous montre, non pas un Guillemot de Troïl, mais une jolie tortue de Kemp. Et qu’elle est tout aussi crevée mazoutée que le zoizeau breton, la tortue ricaine.

Bien oui, souvenez-vous, il y a deux ans, le 20 avril 2010, une plateforme pétrolière du joli nom de Deepwater Horizon explosait  dans le golfe du Mexique, produisant la plus grande catastrophe pétrolière maritime (à ce jour…). Et qu’on n’en parle plus de Deepwater, paraît même qu’il n’y a plus de pollution… Sauf que ce n’est pas ce que dit la tortue de Greenpeace !

Bon, ne mélangeons pas les chiens et les chats, Deepwater, ce n’était pas la faute à Total, mais à BP.

Et puisque nous en sommes à nager dans le pétrole, en août 2011, ce sont des fuites dans un oléoduc (à ne pas confondre avec un Grand Duc) qui ont provoqué la pire des marées noires depuis 10 ans en mer du Nord. Là, ce n’était ni la faute à Total, ni à BP, mais à Schell.

Total encore, en mars dernier, fuite de gaz sur une plateforme en mer du Nord… C’est pas grave, il n’y a pas catastrophe !

Bon, je ne vais pas toutes vous les faire, que je risque de sentir le pétrole en me lavant dans ma baignoire.

Juste une dernière quand même. Prestige, c’est joli ce nom ! Mais si vous le donnez à un pétrolier, ça fait crac aussi, et hop, pollution en 2002 des côtes portugaises jusqu’au sud de la Bretagne…

Alors oui, monsieur l’avocat général de la cour de cassation, Total peut bien être non jugé à Malte. Nous, on s’en fiche, on attend juste la prochaine ! Et comme le disait mon ami Rantanplan, si vous plongez un bipède dans le goudron et que vous lui balancez un sac de plumes, il ressemblera à un oiseau, non ?

Dis Zoizeau, c’est pour quand la révolution !

*LPO, C’est la Ligue de Protection des Zoziaux, mais je ne sais pas s’il existe une ligue de protection des poissons et des huitres.

Publicités
Posted in: Merdialisation ?