Alerte aux rhinos…

Posted on 24 juin 2012

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Comment une naissance, acte totalement ordinaire puisqu’il s’en produit… je ne sais combien, mais disons des milliards chaque jour dans le monde animal – dont le sapiens sur pattes n’est qu’une infime partie – peut-elle devenir aujourd’hui un « événement historique » ?

Tout simplement et précisément parce que cette infime partie que représente le bipède, espèce sensée supérieure parce que pensante, bousille le monde un peu plus chaque jour.

La « naissance historique » dont je parle n’est pas celle d’un futur Napoléon, c’est celle d’un rhinocéros (qui n’est pas rosse du tout, puisqu’il est bébé) de Sumatra, sur l’île de Sumatra (d’où son nom).

Quoi qui y a alors, ils ne l’ont quand même pas appelé César ? Qu’elle demande ma chatte.

Non, il ne faut pas exagérer, ils l’on appelé Andalas. Et ce n’est pas non plus parce que le rhinocéros de Sumatra est le plus petit des rhinos, ni parce qu’il a deux cornes. C’est simplement parce que cette espèce est en voie de disparition. Que sa population a diminué de plus de 80% en quelques soixante ans. Qu’elle continue allègrement à décliner. Qu’il n’en reste même pas 200 vivants à l’état sauvage. Et que pour tenter de sauver la bête, l’on est obligé de faire naître les bébés dans des zoos et des réserves.

Ze veux bien adopter un bébé rhino, moi.

Non, même petit, cela prend trop de place, je vais demander à mon othorino s’il a de l’espace. Bref !… 


Bon, lui, ce n’est pas un rhino, c’est mon pote Paulo.

Mais le rhinocéros étant coutumier de vivre à l’état sauvage, il n’apprécie pas vraiment qu’on le parque, du coup, c’est seulement le quatrième rhino de Sumatra qui naît en captivité depuis un siècle. Là est l’événement historique.

Les trois naissances précédentes n’avaient d’ailleurs pae eu lieu à Sumatra, mais aux Etats-Unis. Ce qui rend l’événement d’autant plus historique, les rhinos de Sumatra vivant essentiellement en Asie. Et plus historique encore lorsque l’on sait que le père du petit Andalas est lui-même un rhino de Sumatra né aux Amériques.


Ah ouais ! Ca se corse, comme disait Poléon 1er. Tu crois qu’il aura la double nationalité ?

Bonne question en effet, mais ce n’est pas le sujet. En fait, si l’on est obligé de faire venir un rhino de Sumatra d’un zoo américain, c’est parce qu’il s’éteint à Sumatra, le rhino de Sumatra.

Et s’il s’éteint, c’est non seulement parce que le bipède le braconne pour lui couper les cornes, il paraît qu’elles ont la propriété, si on les bouffe, de faire bander l’arc en ciel – je ne sais pas si c’est le septième.

Mais c’est aussi parce que, comme nos cousins les bonobos, il affectionne particulièrement la vie en forêt, et que le sapiens déforeste à tout va à Sumatra, comme partout en Indonésie (et un peu partout où il y a des forêts). Sur l’archipel indonésien, deux millions d’hectares de forêts disparaissent ainsi chaque année, soit, pour les amateurs de foot, l’équivalent de six terrains de football par minute.

Bien oui, une forêt qui ne sert à rien d’autre qu’à héberger les orang-outans et les rhinocéros, autant la remplacer par des palmiers dont vous trouverez l’huile aussi bien dans vos assiettes que dans vos moteurs de bagnoles.

Outre mon pote Paulo, vous aurez reconnu un rhino dessiné par Dürer en 1515 (date de la bataille de… ?), et une sculpture de Dali intitulée Rinoceronte. Mais ils n’avaient jamais vu le rhinocéros de Sumatra, qui, lui, a la spécificité d’être poilu.

Dis Tonton, je sais, c’est dimanche aujourd’hui, mais quand même, c’est pour quand !

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Posted in: Merdialisation ?