Dieu à louer ?

Posted on 29 juin 2012

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Ou… La question à deux balles…

Bien oui « qui est dieu ? » C’est vraiment la question à deux balles dont je n’ai strictement rien à secouer. Je l’avoue humblement (mea culpa), j’ai essayé de croire en dieu une demi journée dans ma vie, lorsqu’adolescent, je suis tombé pour la première fois amoureux. Et j’ai prié, prié, prié… Mais rien n’y a fait, la réciproque n’y était pas. Et j’ai envoyé dieux aux pâquerettes. Bon, il paraît que l’amour adolescent, c’est comme un cierge dans un courant d’air.

Bref, pourquoi que je parle de dieu et de cette question à deux balles ? Bon, en Tunisie, un mec va se taper sept ans et demi de prison pour avoir publié sur son facedemachin des caricatures de Mahomet. Mais ça, j’en ai déjà parlé.

Non, en fait, c’est à propos de la polémique qui se développe autour de l’article (sans intérêt, mais j’y reviendrai) de Michel Onfray, commentant en panégyrique un bouquin que je ne lirai pas de Jean Soler, et qui pose cette question à deux balles (bon allez, à deux sous), « qui est dieu ? »


Ouais, il paraît que le livre de Jean Soler « démonte six idées reçues » sur dieu, et en particulier sur le dieu des Juifs. En gros, dieu serait un petit tyran totalitaire. Ouais, et alors ? N’est-ce pas pour cela que le bipède a inventé les dieux ? Essentiellement pour justifier la tyrannie de quelques uns d’entre eux sur les autres ?

Bref, rien à secouer ! Non ! Mais il y a quelques phrases qui me choquent (et qui me donnent une raison supplémentaire pour ne pas lire le livre de Jean Soler) :

« Jean Soler aborde l’extermination des Cananéens par les juifs et parle à ce propos d' »une politique de purification ethnique à l’encontre des nations de Canaan ». Puis il signale que le Livre de Josué précise qu’une trentaine de cités ont été détruites, ce qui lui permet d’affirmer que les juifs inventent le génocide – « le premier en date dans la littérature mondiale »… Jean Soler poursuit en écrivant que cet acte généalogique « est révélateur de la propension des Hébreux à ce que nous nommons aujourd’hui l’extrémisme« …

C’est quoi ces conneries à peine digne d’un môme de terminale en train de sucer son pouce pendant sa dissert de philo ! Encore heureux qu’il précise qu’il s’agit de la première « purification ethnique » et du premier « génocide dans la littérature mondiale » (et c’est moi qui souligne, il ne le fait pas). 

Parce que si je ne m’abuse, la purification ethnique a été inventée par Darwin et le mot « génocide » a été défini après la Shoah où furent exterminés 6 millions de Juifs. Mais, qu’en soi, ils doivent au moins dater de l’apparition du premier bipède sur terre, et bien avant qu’il ne soit sapiens, et encore moins juif, catholique, musulman ou curé quelconque.

En quoi cela peut donc être un acte généalogique du peuple Juif ? De l’espèce humaine, oui, plutôt !

Le Juif serait-il généalogiquement (il ne dit pas génétiquement, mais…) exterminateur et génocidaire, Maître Onfray ? Allez-donc le demander aux millions de Juifs de ce que l’on a appelé le Yiddishland qui furent assassinés par les nazis, mais aussi par les soviétiques – et dont bon nombre d’ailleurs, n’avaient pas plus de religion que moi !

Les Hébreux ont-ils une propension à l’extrémisme, Maître Onfray ? Et qu’en est-il de l’humain en général ? Ah non, le Chinois est plus extrémiste que le Japonais, en effet – ou l’inverse, je ne sais jamais – et le Ch’timi que le provencal – ou l’inverse aussi !

Bon, je passe sur d’autres inepties à deux sous, mais lorsque je lis que Marx fonctionnait selon un schéma judéo chrétien, parce que pour lui, l’apocalypse, c’est à dire la guerre civile, préfigure le millénarisme, c’est à dire la société sans classes, et que le prolétariat est « le peuple élu ». Je me demande s’il ne va pas falloir que je relise au moins 17 fois le Capital, comme le curé lit sa Bible, ou l’imam son Coran.

Quant à Hitler, il se serait inspiré de Moïse, pour détruire les Juifs considérés comme la concurrence « la plus dangereuse ». Si je ne m’abuse, il n’y avait qu’environ 20 millions de Juifs sur terre avant Hitler, et la plupart d’entre-eux n’étaient pas des banquier, mais des pauvres et des marginalisés. Quant à l’antisémitisme, si Hitler l’a porté au sommet de l’horreur, il ne date pas de lui, temps (c’est le cas de le dire) s’en faut.

Bon, il se reprend un peu sur la fin, Michel Onfray, mais presque de manière paradoxale. Ouais, c’est la mode chez certains philosophes qui font tant de médiatique qu’ils en finissent par dire n’importe quoi. 

Si je suis d’accord avec lui et peut-être avec Jean Soler (auquel il ne fait vraiment pas de la pub, puisque je ne le lirai pas) pour dire que la Shoah est la « preuve définitive de l’inexistence de dieu » (s’il en fallait encore une), je lis qu’elle eut à la fois un rôle inédit dans l’histoire où elle tient un rôle majeur, mais qu’elle ne fut pas un événement inédit ! 

Dis Tonton Freud, tu m’aides à piger la nuance entre le rôle inédit et l’événement qui ne l’est pas ! Non, je vais demander et Marx et à Einstein.

Pourquoi pas à Moïse ? Qu’elle demande ma chatte.

Vient ensuite une idéalisation de la Grèce antique qui me fait totalement marrer (il avait dû forcer sur l’hydromel, Maître Onfray). Je cite :

« Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires… »

De quelle Grèce parlez-vous Maître Onfray ? De celle qui a fait boire la cigüe à Socrate parce qu’il était homo et traitait sa femme comme une bonniche ? De celle qui traitait les étrangers comme des esclaves, ou au mieux des métèques ? De celle où la guerre de Troie n’a pas eu lieu ? De celle où les dieux passaient leur temps à se foutre sur la tronche pour des histoires de cul ? Ou de celle des colonels et de la dictature ? Ou de celle d’aujourd’hui, où ce n’est plus l’huile d’olive que l’on presse, mais le quidam moyen ?…

Et le tout pour finir par une conclusion que… non je ne dirai pas, ce que j’en pense… qui nous explique que « nous vivons encore sous le règne de Jérusalem » (bon, il faut que je saute sur mon trampoline pour en sortir)… et qu’il faut « débattre de l’avenir de notre civilisation »… Et je souligne bien le « notre », parce que de celles des autres, rien à secouer !

Franchement, si c’est pour vous pondre de telles… Maître Onfray… Ceci dit, vous m’aurez au moins évité de me faire suer à écouter le JT de 20 heures, hier soir.

Et juste une petite phrase pour terminer, « Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. »

C’est moi qui souligne encore. Notons que Maître Onfray prend bien soin de la transformer en pseudo citation. Et de dire que c’est le monthéisme qui suppose, etc, etc.. Sauf que cela prête sacrément (c’est le cas de le dire) à confusion, et que l’on peut se demander si lui, ou son copain, ne pense pas que cette « violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui » soit le fait des Juifs.

Et lorsque que l’on dit que le peuple Juif doit durer, « fût-ce au détriment des autres peuples« , ça me rappelle un truc. Mais pas besoin de lire Mein Kampf, il suffit d’écouter quelques émissions de Radio Paris sous Vichy

Je ne me prononcerai pas, comme certains l’ont fait sur l’antisémitisme de Michel Onfray, et encore moins sur celui de son pote (que, décidément, je ne lirai pas – mais sûr que tout l’extrême droite va le faire). Mais on peut quand même se poser la question d’un antisémitisme larvé, pour ne pas dire larvaire, au moins dans la formulation quelque peu lapidaire de ce texte qui ne parle pratiquement que du monothéisme juif…

Bref, je vous aime bien, Maître Onfray, mais là, vous chiez dans les bulles, comme dirait ma chatte, lorsqu’elle lit une mauvaise BD. Bon, demain, vous nous pondez quoi ? Une critique en deux pages du Capital, des mémoires de Staline, ou un résumé de Mein Kampf et comment il fut inspiré par le Coran ? Non, je sais, un plaidoyer pour Kant inspiré par Botul.


A lire sur le sujet, la très pertinente analyse de Didier Long, un peu technique, mais qui remet les choses en place, et que Maître Onfray aurait dû lire avant de sortir de telles… Dommage, elle fut écrite après.

Et la défense de Michel Onfray et de l’ouverture d’esprit en général par Daniel Salvatore-Schiffer (ici, ou ).

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