Les insolitudes du rêveur solitaire

Posted on 21 juillet 2012

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Comment peut-on écrire un titre aussi niais ? Je n’ai pas relu Jean-Jacques Rousseau pourtant ! L’insolitude peut-elle devenir solitaire, ou l’inverse ?

Et pourtant oui, il y a des insolitudes qui ne se partagent pas plus que des solitudes. Le monde est ainsi fait que le partage n’y est pas la chose la mieux partagée, de même que la solitude.

Cela peut paraître crétin, je sais, mais hier soir je me suis retrouvé seul dans un bistro à regarder les gens arpenter la rue. Et ce n’est pas parce que j’étais seul que j’ai écrit cela. Non, j’aime bien la solitude du bistro tabac, certains soirs, à ne rien faire sinon regarder les gens passer. C’est en quelque sorte mon insolitude.

 

Je regardais donc les gens aller et venir, seuls, en couple, ou en groupe d’amis, et je lisais dans la plupart des regards un sentiment de solitude, un sentiment de non présence, de non être, voire de non exister – une sorte d’absence, dirait-on pour simplifier. Même lorsque les gens se baladent en groupe, ou déconnent un vendredi soir à une table de café pour se changer de la morosité de la semaine.

C’est pourtant important, le regard. Moi, c’est la principale chose qui m’attire chez les gens – évidemment, il y a aussi d’autres critères, surtout lorsque c’est la période des mini-jupes. Mais le regard vient en premier, et j’aime bien regarder les gens dans les yeux. Il suffit que je voie un sourire dans les yeux de quelqu’un, et toc, la vie s’éclaire aussitôt, même si je ne le vois qu’une poignée de secondes.

Mais non, cela ne se fait plus de se regarder dans les yeux. Je ne parle même pas dans le métro, ou dans un train, face à des inconnus, où vous passez plus de temps à regarder vos pompes – si vous n’avez pas un bon bouquin à lire – qu’à regarder celui ou celle qui est en face de vous. Mais même en couple assis tranquillement à une table de bistro, les gens passent plus de temps à regarder leur assiette que leur conjoint – des fois, vous vous demandez s’ils ne sont pas plutôt collègues de bureau, qu’en couple.

 

Bon, je digresse encore. Je parlais donc de ce sentiment de non être que je vois de plus en plus dans le regard des gens.

Ouais, je sais, la vie n’est pas drôle tous les jours, et elle l’est nettement moins pour certains. Mais là, depuis cette terrasse de troquet d’un quartier plutôt bobo et à cette heure (22 heures 32 pour être précis), je n’ai pas la sensation de côtoyer des malheureux de la vie – eux, je les croise plutôt lorsque je vais faire provision de clopes à l’heure du loto. Non là, ne serait-ce qu’à voir les fringues dont les gens que je croise se sapent, ils ne semblent pas avoir de gros problèmes matériels. Alors pourquoi ce regard absent, ou cette absence dans le regard ?

 

Tiens, prenons le regard de notre nouveau Vénéré Nounours 1er. Franchement, je ne sais pas où elles ont pu lui trouver du charme, ses femmes – je n’entre pas dans le détail. Pas dans le regard en tout cas. Moi, il me fait plutôt penser à un regard de poisson (d’avril). Tiens, je vais d’ailleurs le surnommer Poisson d’avril 1er dorénavant, le nounours, lui, a un joli regard. Et pourtant, il n’a pas trop de problèmes avec la vie, Poisson d’avril 1er, si ? 

Même en ayant réduit son salaire de 30% par rapport à Filou 1er, s’il reste cinq ans président, il pourra se faire une petite cagnotte de près de 500.000 euros (oui, celle de notre ex vénéré se montait à 700.000 euros, et je ne l’ai toujours pas digérée, celle là). Alors pourquoi ce regard de néant, qu’il a Poisson d’avril 1er ?

Mais je digresse encore et encore, faut vraiment que je cesse. Revenons donc à mon bistro du coin, et à tous ces regards vides que j’y croise.

Notre monde deviendrait-il celui du non être, ou le serait-il déjà devenu ? Un monde où l’être s’est simplifié jusqu’au simple paraître ? Un monde où la culture du non sens a remplacé la recherche du sens ?

 

Bon, ce n’est pas nouveau, direz-vous. Et certes, depuis que le bipède est descendu de son arbre, cela existe sans doute. Peut-être même depuis que son ancêtre le poisson (d’avril) a commencé à grimper dans les arbres.

Mais il n’empêche que cette petite question stupide m’interroge de plus en plus chaque jour où tout est fait pour éloigner l’humain de l’humain. Tiens, prenez tous ces gens qui se baladent dans la rue, dans le métro, dans les troquets, ou n’importe où en hurlant des trucs insignifiants dans leur téléphone portable, en se croyant en totale symbiose avec l’autre, celui qui leur répond en hurlant d’autres trucs insignifiants depuis son portable, et qui, parfois, n’est que sur le trottoir d’en face.

Mouais, tu tigresses encore. Qu’elle dit ma chatte.

On ne dit pas tigresse, on dit digresse !

M’en fiche, tu tigresses quand même ! Sembler, être, paraître, est-ce qu’au final ce n’est pas la même chose ?

Peut-être, mais il n’empêche. Et tiens, je vais à nouveau tigresser. Alors que dans ce café branché d’un quartier bobo où les gens ont le regard si vide, il n’y a pas un nègre, le camion poubelle passe, et il n’y a pas un blanc pour ramasser les poubelles. 

Dis Tonton, c’est quand que tu relis Jean-Jacques Rousseau ?

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