Destination inconnue (2)

Posted on 27 juillet 2012

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Peu de gens le savent, mais les grandes rafles des 16 et 17 juillet 1942, dites « rafle du Vel d’Hiv » devaient en fait avoir lieu le 14 juillet, jour de fête nationale. En effet, à Paris et dans toute la zone occupée par les autorités allemandes – tout en restant gérée par le gouvernement de Vichy – cette fête nationale n’était alors pas célébrée. Mais cette date restant inscrite en la mémoire de nombre de français, les rafles furent ainsi reportées au 16.

Ces derniers jours, on vient donc de commémorer la mémoire de ces rafles à l’issue desquelles 13.152 Juifs, dont 4.115 enfants – chiffres officiels de la préfecture de police – furent arrêtés et pour la plupart déportés et exterminés dans les camps nazis.

Paradoxalement, un sondage vient de montrer que, 70 après, 42% des français ignorent jusqu’au nom de cette rafle. Quant à l’implication des autorités françaises dans l’ensemble de toutes ces mesures antisémites qui conduiront à la mort plus de 73.000 Juifs de France, et plus de 6 millions en Europe, n’en parlons pas ! Même si notre nouveau président vient de la rappeler… demain, ces 42 % l’auront aussitôt oubliée… Et qu’en sera-t-il dans 10, 15 ou 20 ans, lorsque plus un seul témoin direct ne pourra en parler ?

Pourtant, de nombreux documents prouvent sans le moindre doute cette collaboration profonde des autorités françaises à l’antisémitisme nazi, et l’on est loin d’avoir tout mis au jour. En 2010, par exemple, Serge Klarsfeld découvrait un exemplaire du statut des Juifs de France annoté et durci par Pétain lui-même.

Dans cette masse de documents, on trouve ainsi une circulaire « secrète » datée du 13 juillet 1942, signé par le directeur de la police municipale, Hennequin (circulaire n° 173 – 42), adressée à « Messieurs les Commissaires Divisionnaires, Commissaires de Voie Publique et des circonscriptions de banlieue » (qui rappelons-le, dépendaient directement du gouvernement de Vichy, et non des autorités nazies) et qui détaille très précisément comment devaient être effectuées les rafles des 16 et 17 juillet 1942, dites du Vel d’Hiv, dans le département de la Seine.

Il y est d’abord noté que « les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombre de Juifs étrangers. » (à noter aussi que le mot « Juifs » est écrit avec majuscule, ce qui est assez rare dans les documents administratifs de l’époque, ce ne sera d’ailleurs plus le cas dans la suite de cette note).

Puis vient le détail méticuleux de la manière dont 27.391 personnes, hommes, femmes et enfants, devaient être arrêtées et triées. Ceux sans enfants de moins de 16 ans pour être amenés à Drancy, ceux, avec de jeunes enfants, au Vel d’Hiv.

L’une des preuves de la parfaite collaboration des autorités françaises, parmi d’autres, se trouve dans ce document.

Alors que les Allemands n’avaient pas demandé l’arrestation des enfants. On peut en effet y lire que cette rafle « concerne tous les juifs des nationalités ci-dessus (Allemands, Autrichiens, Polonais, Tchécoslovaques, Russes, Apatrides), quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgé de 16 à 60 ans (les femmes de de à 55 ans) ». Et suit immédiatement « les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents. »

 

Je passe sur tous les détails sordides (on peut consulter cette note ici) qui vont de la manière dont on doit procéder aux arrestations, de la composition des effectifs et des renforts qui seront mis en place – le tout très précisément arrondissement par arrondissement -, jusqu’aux horaires de travail des « équipes spéciales d’arrestation », au nombre d’autobus qui serviront au transfert vers les centres d’internement, ou à la manière dont :

« la garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par la Gendarmerie de la région Parisienne et sous sa responsabilité ».

 

En passant bien évidemment par les indications précises sur le fichage et le nombre de personnes à arrêter « par arrondissement », et même sur celles à arrêter « ultérieurement » parce qu’absentes lors de la première tentative d’arrestation.

 

On peut aussi noter le zèle de Monsieur Hennequin, (que l’on trouve encore dans certaines circulaires récentes, ayant visé les Roms) :

« Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation, le bien-fondé ou le mal fondé de celle-ci n’a pas à être discuté. C’est vous qui serez responsables des arrestations et examinerez les cas litigieux qui devront être signalés. »

Sur les 27.391 personnes fichées et destinées à être arrêtées ces 16 et 17 juillet 1942 uniquement sur le département de le Seine, plus de 13.000 le seront. 

Les Allemands n’ayant donc pas encore officiellement décidé de la déportation des enfants de moins de 16 ans, en dépit de la demande française, les familles ayant de jeunes enfants seront regroupées au Vélodrome d’Hiver puis transférées dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. 

Les hommes y seront déportés les premiers. Puis les femmes séparées des enfants et déportées à leur tour. 4400 enfants resteront dans ces camps dans des conditions épouvantables pendant plus d’un mois, avant d’être déportés eux aussi.

Témoignage inédit d’Hélène Mouchard-Zay, Présidente du CERCIL (Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement du Loiret et la déportation juive – Musée Mémorial des Enfants du Vel d’Hiv à Orléans) sur le camp d’internement de Pithiviers où plusieurs milliers hommes, puis de femmes et d’enfants juifs furent internés jusqu’en septembre 1942 avant d’être déportés vers Auschwitz. 

Témoignage inédit d’Hélène Mouchard-Zay, sur les traces du camp d’internement de Beaune-La-Rolande.

Témoignage inédit d’Hélène Mouchard-Zay, sur les traces du camp d’internement de Beaune-La-Rolande et sur le docteur Adélaïde Hautval. © Jean-Michel Plouchard

à suivre…

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