Destination inconnue (5)

Posted on 2 août 2012

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« Certain que la pureté du sang allemand est la condition nécessaire pour assurer la vie du peuple allemand et animé par la volonté inflexible d’assurer l’avenir de la nation allemande, le Reichstag a décidé unanimement la loi promulguée ici : 1. Les mariages entre Juifs et citoyens allemands ou de sang voisin sont interdits. Les mariages consentis malgré cette interdiction n’ont pas de valeur, même s’ils ont été conclus à l’étranger pour ne pas tomber sous le coup de la présente loi. 2. Les relations extra-conjugales entre Juifs et citoyens allemands ou de sang voisin sont interdites. (…) »

Il ne s’agit là que d’un extrait des lois de Nuremberg, adoptées le 15 septembre 1935 par les nazis, accompagnées d’un discours d’Hitler expliquant qu’il s’agissait d’un « cadre à l’intérieur duquel le peuple allemand serait en position d’établir des relations acceptables avec le peuple juif. Cependant, si cet espoir devait être déçu et si l’agitation juive intérieure et internationale devait continuer, il serait alors nécessaire de reconsidérer la situation. »

On connait la nécessité ultérieure « de reconsidérer la situation », elle aboutira à l’extermination systématique de 6 millions de Juifs d’Europe. Un « détail » comme le disent certains abjects, en une guerre qui tuera 60 millions de personnes en cinq ans.

Mais en fait, le principe des lois de Nuremberg avait été posé dès 1933 et l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

En effet, en avril 1933, des lois avaient été votées pour interdire ou limiter aux Juifs l’accès à certaines professions, dans l’administration, la magistrature, l’enseignement, la médecine, le cinéma, la presse, la radio. Un article de loi, connu sous le nom d’arienparagraph stipulait qu’une « personne est considérée comme non-aryenne si elle descend de non-aryens, particulièrement de parents ou de grands-parents juifs », en clair, cela excluait les Juifs de la citoyenneté allemande. Mais le cadre étant jugé trop flou, il fallut le préciser en 1935.

En septembre 1935, se profilaient en effet les Jeux Olympiques de Berlin, et il fallait que les persécutions antisémites soient moins voyantes, et surtout légalisées. Tout au long du dernier trimestre 1935, les nazis affineront ainsi les lois de Nuremberg, allant jusqu’à distinguer le Juif intégral, du demi-Juif, ou du quart de Juif.

 

1936, 1937, 1938… Le monde, presque dans son ensemble, paraît aveugle au développement du nazisme et de son corollaire immédiat l’antisémitisme de masse. Antisémitisme tellement ancré chez une partie de ce beau monde que l’on n’hésite pas à faire aussi la sourde oreille.

En mars 1938, l’Allemagne nazie annexe l’Autriche… Le monde regarde ailleurs, comme en témoigne les propos du premier ministre britannique, Neuville Chamberlin, il y a, certes une « intensification du sentiment d’insécurité en Europe. » (…) Mais, ce n’est pas le moment de prendre des décisions hâtives ou de prononcer des mots imprudents. Nous devons analyser la nouvelle situation rapidement, mais de sang-froid. »

En 1938 toujours, fortifiée par cette annexion passée sous silence, l’Allemagne nazifiée annonce sa décision d’annexer la région des Sudètes, soit une partie de la Tchécoslovaquie. La France et le Royaume-Unis, étant alliés à la Tchécoslovaquie, il faut cette fois se déboucher une oreille, et l’on organise d’urgence une réunion à Munich en septembre 1938 entre français, britanniques et allemands, mais à laquelle ne sera pas convié le président tchécoslovaque Edvard Benes.

Résultat, quelques temps plus tard, l’Allemagne annexera les Sudètes, la Pologne en profitant pour occuper une autre partie de la Tchécoslovaquie… Je vous passe la suite, nous sommes à quelques mois de la seconde guerre mondiale…

Les réactions aux accords de Munich furent surtout positives, Chamberlin reçut un accueil triomphal à son retour à Londres, et Daladier fut acclamé par la plupart. 

Ils furent rares à se prononcer contre ces accords. L’un d’eux, Winston Chruchill, déclara au Times le 7 novembre, « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre. » En France, pratiquement seul le parti communiste les dénonça.

En 1938 enfin, le 7 novembre aussi, un jeune Juif apatride d’origine polonaise né en Allemagne, Hershel Grynszpan, blesse mortellement à Paris Ernst vom Rath, secrétaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Peu importent les mobiles réels ou présumés de cet acte, mais le matin du 7 novembre, ayant appris que sa famille avait été expulsée vers le camp polonais de Zbszyn, il avait écrit au dos d’une photo de lui :

« Mes chers parents, je ne pouvais agir autrement. Que Dieu me pardonne. Mon coeur saigne lorsque j’entends parler de la tragédie des 12.000 Juifs. Je dois protester pour que le monde entier entende mon cri et cela, Je suis contraint de le faire. Pardonnez-moi. Herschel. »

Evidemment, cette affaire sera médiatisée et exploitée avec tous les moyens de l’époque. Surtout en Allemagne, où elle servira de prétexte, le 9 novembre 1938, à ce que l’on nommera « la nuit de cristal » lors de laquelle environ 200 synagogues et lieux de culte juif furent détruits, une centaine de Juifs assassinés, et près de 30.000 déportés dans des camps de concentration.

Nous n’étions qu’en novembre 1938. Moins d’un an plus tard, le 1er septembre 1939, l’Allemagne se lancera dans l’invasion de la Pologne et débutera la seconde guerre mondiale.

Avec l’invasion de la Pologne par l’armée allemande commencera aussi l’action des Einsatzgruppen, et l’extermination systématique des Juifs…

Mais en France aussi, l’antisémitisme changeait de visage…

Témoignage inédit de Benoît Verny, historien, spécialiste des camps d’internement du Loiret sur l’administration des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et la responsabilité du gouvernement de Vichy dans les déportations. © Jean-Michel Plouchard

 

à suivre bientôt…

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