Sans ratures

Posted on 28 septembre 2012

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Lorsque l’un de vos proches (meurt, pardon) décède, il est souvent d’usage de dire quelques mots à (son enterrement, pardon) ses funérailles, on appelle cela un éloge funèbre.

Chez certains curés, on nomme cela une eulogie, mais je ne suis pas curé, et ça tombe bien, j’y rajouterais volontiers un « no » avec le vin de messe.

Mais il y a des mots ou des associations de mots qui sont vraiment ridicules. L’expression « éloge funèbre » en est le type même. Le funèbre étant pour moi synonyme de lugubre, voire de sinistre, je vois mal comment faire un éloge quelconque lors d’un moment dont chacun sait qu’il sera macabre, et qu’il le rendra plus morbide encore

Il faut verser des larmes, nous diront encore certains curés, elles sont salvatrices.

Ouais, salvatrices de quoi. Qu’elle demande ma chatte. Du salut, ou du canon ?

Du canon bien rempli du rouge d’un vin de messe, tu veux dire ? Ou de celui qui te transforme en viande rouge bien saignante ? Et pour le salut, c’est celui du militaire, ou celui de son âme (j’allais dire de son âne) ?

Ouais, si tu dis ça pendant une cure d’eunologie, on te comprendra peut-être. Mais lors d’une eulogie, personne n’y pigera que pouic.

Bref comment faire l’éloge funèbre d’une modeste employée fleuriste emportée par le cancer à 48 ans.

T’as oublié un mot, on parle aussi de nécrologie.

Je sais, mais celui là, il me fait un peu trop penser à nécrose, alors je zappe.

T’es bien compliqué aujourd’hui !

Tu as raison, alors je vais faire simple. Avec cette rose, voici donc les quelques mots que j’ai prononcé pour ma soeur mercredi.

Je serais bref, et pour une raison simple, c’est que les choses de la vie ont fait que, bien qu’étant son frère, j’ai sans doute beaucoup moins connu Sylvie que certains d’entre-vous, présents aujourd’hui.

On se voyait à l’occasion de fêtes de famille, d’anniversaires… Bref, des moments où l’on se croise sans vraiment se rencontrer.

Il aura fallu cette saloperie (désolé du mot, mais c’est le moins pire qui me vient à l’esprit), cette saloperie de cancer donc, pour que je découvre ma petite soeur.

Elle avait 48 ans. Le cancer l’a prise il y a un peu moins de deux ans, et malgré toute sa ténacité, il a fini par l’emporter.

L’emporter où ?

N’étant pas croyant, je n’en sais rien. Mais j’aimerais croire qu’il existe un paradis des fleurs, et qu’elle les fait encore fleurir.

Le cancer a donc fini par la vaincre, et pourtant elle s’est battue jusqu’au bout.

Depuis quelques mois, nous savions que l’issue serait fatale. Nous n’avons rien dit parce qu’elle voulait se battre encore, et vivre. Vivre !

Mais sans doute savait-elle aussi que la mort était au coin du chemin. Et elle n’en disait rien.

Au contraire, elle s’efforçait de plaisanter, de rire, de sourire avec tout le monde, de montrer le moins possible la douleur qui la rongeait.

Le dernier souvenir que je voudrais garder d’elle, c’est celui d’il y a quelques jours, lorsque nous l’avons ramenée à Paris, pour une dernière chimiothérapie, avant une opération qui devait la sauver, nous avons plaisanté tout au long de la route. Parlé de la nouvelle voiture qu’elle voulait s’acheter, du voyage en Turquie qu’elle voulait faire. Bref, de la vie !

Alors oui, pour une fois, je vais faire semblant de croire qu’il existe un paradis des fleurs.

Et qu’elle les fait encore fleurir, avec un sourire.

Sa tombe est aujourd’hui refermée. Mais il reste tout un tas de formalités à accomplir. Je serai donc encore peu présent quelques temps.

Merci à toutes celles et à tous ceux qui m’ont adressé de gentils messages de soutien. Je vous répondrai plus personnellement bientôt.

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