à contre sens…

Posted on 9 décembre 2012

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lgjmp72

Coeur d’artichaut,

coeur d’échafaud…

C’est con, mais ça rime.

Y’en a vraiment marre de tes haïkus à deux balles. Qu’elle dit ma chatte. Tu ne veux pas te remettre à ta théorie marxiste à trois sous ?

Non, pas aujourd’hui !

En fait, il y a des expressions que l’on prend toujours à contre sens. Des mots aussi d’ailleurs. Tiens, moi par exemple, si vous me demandez de vous acheter une carotte, ne vous étonnez pas si je vous ramène une tomate, ou un pamplemousse à la place d’un ananas.

Bon un artichaut, je ne confonds pas. C’est un truc qui pousse au bout d’une tige et qui ressemble à du fenouil, mais en plus vert, avec pas du tout le même goût, et tout plein de machins qui ressemblent vaguement à des feuilles dont tu bouffes le coeur. Enfin, une chose de ce genre.

Mouais, rien à voir avec le fenouil qui ressemble à du pastis, mais sans la bouteille qui va avec.

En effet, c’est pourquoi je ne confonds pas.

Et pourquoi que tu confonds une carotte avec une tomate, que ça n’a rien à voir du tout, même pas la couleur, même pas le goût, et que d’ailleurs les tomates n’ont plus de goût du tout aujourd’hui !

Bien, je n’en sais rien, je dois faire une dyslexie légumique.

PENTAX Image

Bref, revenons à notre coeur d’artichaut. Il parait que c’est le meilleur morceau de la bête, mais moi je n’aime pas trop, c’est plein de poils, et c’est compliqué de les enlever. Et puis il en reste toujours quatre ou cinq qui se faufilent entre tes dents, que ça fait mal-propre quand tu souris.

Pourquoi que tu dis mal-propre ? C’est idiot ! On dit sale ou crado.

On s’en fiche, ce n’est pas le sujet.

Le sujet, c’est l’expression « coeur d’artichaut ».

« Avoir un coeur d’artichaut », pour moi, cela a toujours signifié (on ne compte pas les années où je faisais areu-areu avant de savoir parler) être tendre, avoir la larme facile, le genre que tu pleures quand le héros il meurt à la fin du film. Et même que tu pleures encore plus quand il meurt dans les bras de la jolie fille, en lui disant « t’as de beaux yeux, tu sais ».

Bien oui, un coeur d’artichaut, si tu arrives à lui ôter les poils, c’est tout tendre, que tu as l’impression qu’il pleure quand tu le manges.

Mais non, cela fait cinquante balais que je me plante, et qu’il y en a qui n’ont rien dû comprendre quand je leur ai dit « tu as un coeur d’artichaut, tu sais », pour essayer de sécher leurs larmes.

Selon Proust, sa madeleine et mon Larousse, « avoir un coeur d’artichaut », c’est une peu comme effeuiller la marguerite, cela signifie tomber facilement et souvent amoureux. Il y a même un proverbe qui dit « coeur d’artichaut, une feuille pour tout le monde ».

Vous vous imaginez dire à quelqu’un tout triste et qui pleure à la fin du film, « t’as un beau coeur d’artichaut, tu sais ».

Ouais, il va rien comprendre ou te prendre pour le dernier des cons.

Bien oui, mais cela a dû m’arriver souvent. Remarque, c’est mieux que de lui dire « t’as une bonne tête d’artichaut, tu sais », parce que la tête d’artichaut, c’est un truc pour assommer les malotrus.

T’en as d’autres comme ça ?

Oui, « soupe au lait », par exemple, je croyais que cela voulait dire un peu comme coeur d’artichaut, un petit compliment de tendresse en somme. Je n’aime pas le lait dans la soupe, mais ma chatte, elle aime bien, surtout lorsqu’il y a beaucoup plus de lait que de soupe, et pas trop d’oignons.

Mais non, c’est plutôt comme une tête d’artichaut. Si tu complimentes quelqu’un en lui disant qu’il est soupe au lait, c’est comme si tu le traitais d’assommant malotru. Tu mets un cheveu dans la soupe, en quelque sorte, et tu risques de lui mettre les oreilles dans le crin.

Bon, il faut être québécois pour mettre les oreilles de quelqu’un dans le crin, ou éleveur de chevaux. Chez nous, on dit plutôt mettre de mauvais poil, ce qui ne veut strictement rien dire d’ailleurs. Vous avez déjà vu un mauvais poil ? Non, un poil est un poil, un point c’est tout. Sauf lorsqu’il est dans votre soupe.

Et quel rapport entre l’artichaut et l’échafaud ?

Aucun, mais comme disent encore nos amis québécois, il m’arrive parfois de parler comme je marche.

Ouais, ça explique tes haïkus à deux balles.

Dis Tonton, on la fait cette révolution avant que tu ne sois rond comme une tomate !

Ah ! Je pensais que c’était pointu, une tomate. Et d’abord, on dit rond comme une citrouille !

…. 

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