Jeux de miroirs

Posted on 26 décembre 2012

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J’aime bien les miroirs, cela donne de la lumière et l’illusion que les pièces sont plus grandes. Mais j’ai horreur de me voir dedans en permanence, du coup, chez moi, il y a plein de miroirs, mais posés au sol.

Jusque là, rien que du banal, et d’ailleurs, personne ne s’en aperçoit. Sauf qu’il y a quelques temps, j’ai récupéré un nouveau miroir et, je ne sais pourquoi, ma chatte s’en est aperçue, et s’est vue dedans.

Tout le monde connait le stade du miroir (qui n’est pas un stade de foot) chez l’enfant.

Sauf s’il est aveugle, c’est en se regardant dans un miroir que votre môme découvre sa personnalité. La première fois qu’il se voit, il se dit, « c’est qui ce con-là qui vient encombrer ma baraque ! » normal, il ne s’est jamais vu avant.

Puis il vous voit avec lui dans la glace, et s’il n’est pas trop idiot, il finit par comprendre que, si vous êtes à côté de lui dans le miroir, ce con ne peut être que lui. Après cela, soit il devient crétin comme la plupart des adolescents, soit il passe directement à la case adulte, soit il restera irrémédiablement con.

Mais le stade du miroir chez le chat, c’est tout différent, aussi con qu’un stade de foot plein de baballeurs et de hurleurs bourrés à la bière préfontaine. Parce que le chat, lui, contrairement aux mouflets pas trop stupides, il ne dépasse jamais le premier stade du miroir. Celui dans lequel il se voit en se demandant, « c’est qui ce con qui vient encombrer ma baraque ! » Et il passe son temps à chercher l’intrus (ou l’intruse, si c’est une chatte) derrière le miroir.

Vous avez beau vous mettre à côté de lui face à la glace et faire tout un tas de grimaces afin qu’il vous reconnaisse et se reconnaisse lui-même du même coup. Niet, il ne pige rien, cet ahuri, et il continue à chercher le chat de l’autre côté du miroir.

Et je ne dis pas cela par médisance envers les chats. J’adore les chats. N’est-il pas Lulu ?

Ouais, sauf quand je te ramène une souris dans ton lit. Qu’elle répond ma chatte. Et puis c’est normal que je ne me reconnaisse pas dans le miroir, il me met à l’envers cet idiot.

« Regarde sur la branche qui est au-dessus de ta tête, et tu y verra une Libellule-des-brûlots. Son corps est fait de plum-pudding ; ses ailes de feuilles de houx ; et sa tête est un raisin sec en train de brûler dans de l’eau de vie. » Qu’il t’aurait répondu Lewis Caroll.

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Bref, tout le monde connaît l’histoire d’Alice et de son pays des merveilles – qui n’en est un que chez Disney Land. Mais on connaît moins sa suite qui parle de L’Autre côté du miroir, justement – comme quoi il m’arrive parfois d’avoir quelque constance – n’est-il pas Constance ? – dans mes idées bringuebalantes.

Alice y cause avec ses petits chats, l’un noir, l’autre tout blanc comme un drap propre – sauf si vous aimez les draps en couleur. Mais, toujours aussi rêveuse, la pauvre Alice se retrouve à passer de l’autre côté du miroir, afin de voir si ce n’est pas un peu mieux là-bas qu’ici – ma chatte a beau tenter chaque jour, elle n’y parvient pas, ce qui explique peut être qu’elle en reste au premier stade du miroir.

Attends que je me réveille, et tu vas voir où je te mets la griffe.

Alice donc, de cet autre côté du miroir où l’on voit les chats et les livres à l’envers, fait de bien curieuses rencontres. Celle d’un Gros Coco, par exemple, dont on ne sait trop distinguer le cou de la ceinture et qui préfère les cadeaux de non anniversaire aux cadeaux d’anniversaire.

Normal, le cadeau d’anniversaire n’arrive qu’une fois l’an, ceux de non anniversaire les 364 autres jours – et avec un bonus les années bissextiles. Même moi, je sais ça.

Et comme son rêve de petite fille est de devenir reine, elle y rencontre aussi deux reines, l’une rouge – comme un drap en couleur, si vous aimez le rouge – l’autre blanche – comme le drap  et le chat mentionnés plus haut – qui vont faire son apprentissage.

Ainsi, lorsque la Reine Blanche dit son âge à Alice, celle-ci lui répond,

– Je ne peux pas croire cela ! s’exclama Alice

– Vraiment ? dit la Reine d’un ton de pitié. Essaie de nouveau : respire profondément et ferme les yeux.

Alice se mit à rire.

– Inutile d’essayer, répondit-elle : on ne peut pas croire des choses impossibles.

– Je suppose que tu manques d’entraînement. Quand j’avais ton âge, je m’exerçais à cela une demi-heure par jour. Il m’est arrivé quelquefois de croire jusqu’à six choses impossibles avant le petit déjeuner…

Puis la Reine de se transformer en une vieille brebis en train de tricoter.

Je l’avoue humblement, je n’ai commencé l’entraînement que ce matin. Mais j’ai déjà réussi à croire à une chose impossible. Que l’année 2013 soit meilleure que l’année 2012.

T’as dit que t’aimais pas les 13, que les 13 tu restais couché.

Je sais, mais je vais quand même faire exception, je ne vais pas rester couché toute l’année. Et puis, comme le dit encore Lewis Caroll, « qu’est notre vie, sinon un rêve »

Dis Tonton, tu crois que 2013, c’est l’année de la révolution !

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