Citerne, vous avez dit citerne !

Posted on 27 janvier 2013

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lgjmp72

Comment tomber si bas dans une si terne misère intellectuelle ? J’ai failli utiliser cette phrase comme titre, mais outre qu’elle est un peu longue, elle est d’une pédanterie rare. Citerne, vous avez dit citerne ! C’est nettement plus concis.

Bon, je ne vous parlerai pas de la droite qui, après avoir exhibé sa citerne misère pendant une quinzaine d’années de pouvoir, continue dans l’opposition à mugir de ses voix caverneuses (à ne pas confondre avec celles des hommes de bois).

Non, c’est d’une certaine gauche à l’eau de rose dont je veux parler, si rose et si cirrhosée depuis qu’elle est revenue au pouvoir que, pour distinguer sa politique d’une politique de droite…

On dit d’une politique libérale. Qu’elle me reprend ma chatte.

Si tu veux. Bref, que pour distinguer sa politique d’un libéralisme à la con, il faut se lever très tôt et s’armer d’un microscope à ausculter la nano politique. Mais comme personne, ni à gauche, ni à droite, ne sait ce que peut être la nano politique, il faudrait entrer dans le grand collisonneur de hadrons et que vos particules s’accélèrent et se collisonnent si tant et si bien que vous ne sachiez plus faire la différence entre les plus élémentaires.

Suis-je clair ? Bon, je résume alors. Cette « gauche » à l’eau de rose n’a pour moi rien de gauche sinon un vague sous-substrat de discours qu’elle est infichue de traduire en actes. Et lorsque je l’entends se qualifier de « socialiste », mes moustaches en font tant la pirouette que, sauf à renier ma petite inculture de marxisto-stalinien mâtiné de guévariste élevé à la blédine anarchiste (et j’en passe), je ne puis m’empêcher de lisser son « socialisme » que sinon je me casse une dent dessus (et il faut trouver l’épine pour se casser une dent sur une rose).

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Ouais, mais la citerne là-dedans, quoi qu’elle vient faire ? Elle vient transporter l’eau de rose ?

En effet. Il faut bien un truc pour transformer la gauche en droite tout en la faisant passer pour de gauche (une gauche, c’est bien, mais quand il y en a plusieurs…) et c’est là qu’intervient la citerne des mots.

Comment une « gauche » qui plébiscite un contrat social écrit par le MEDEF et dont le seul but est de précariser l’emploi… une « gauche » qui valide une Europe du fric tricotée par Merkel et Filou 1er… une « gauche » qui peste mais laisse faire les « plans sociaux » de déstructuration économique et sociale… une « gauche » qui râle (oh j’enrage) contre les délocalisations, mais ne fait rien… une gauche qui parle du bout des lèvres de nationalisations, mais quand j’avance d’un petit pas, je recule de trois… une gauche qui laisse les j’en foutre de grands patrons gagner des fortunes et les exiler au paradis… une gauche qui… 

Bref, comment une gauche qui en moins d’un an a pratiquement poubellisé l’essentiel de son programme de campagne, pourtant bien mièvre déjà, peut-elle encore se réclamer de « gauche » et, alors là, j’enrage vraiment, se prétendre « socialiste » ? Je le dis tout net, c’est se foutre de la gueule du monde, à moins que…

Tu crois qu’ils sont idiots à ce point ?

Je me le demande, mais ce n’est pas le sujet. Non le sujet, c’est bien la citerne des mots, ou, pour faire plus simple, l’enfarinage des mots.

C’est quoi que l’enfarinage ?

Bien, c’est comme quand tu mets un saucisson dans de la farine pour le rendre plus joli et te faire passer le goût du poivre. Et c’est itou en politique.

Tiens par exemple, tu lances un joli slogan « tout pour l’emploi », mais tu laisses le MEDEF aux commandes des licenciements, et tu râles lorsque Renault, PSA ou Machin-Chose annoncent la fermeture d’usines… mais constatant ton impuissance face au redressement (productif, tu crois), tu laisses faire.

Autre exemple, tu balances un crédit d’impôt compétitivité pour stimuler l’ensemble des entreprises de France et de Navarre, ce qui, bien évidemment, devrait générer des emplois. C’est plutôt sympa, non ? Mais tu ne t’aperçois (presque) pas que les entreprises qui en profitent le plus sont celles qui font le plus de fric, les Vinci, Effiage, Carrefour, GDF Suez, et même Total, et j’en passe… Selon Les Echos, qui citent un « analyste spécialisé », « pour elles, c’est un pur effet d’aubaine… »

Aubaine, aubaine, ce n’est pas le nom d’un soutien gorge ?

Il me semble. D’ailleurs, qui le paye ce crédit d’impôt compétitivité ? 

C’est toi, lorsque j’achète tes croquettes, et encore toi, lorsque mon percepteur ne me fait pas crédit, mais me taxe 10% dès que j’ai un jour de retard – ce qui me permets d’oublier qu’à salaire égal, mes impôts ont encore augmenté cette année.

Alors si quelqu’un vient encore me dire que cette gauche de droite se réclame des luttes ouvrières ou de je ne sais pas quoi encore pour se blanchir en gauche… Je vais franchement hésiter à reprendre ma carte au parti communiste…

Dis, t’oublies qu’ils ont largué la lutte des classes depuis des lustres, les Cocos.

Non, je n’oublie pas, c’était juste une métafiore pour dire que j’allais reprendre ma faucille et mon marteau pour occire, ou occymorer.

Dis Tonton, si tu mets un occymore dans une fiole et que tu allumes la mèche, ça fait pas cocktail molotov !

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Posted in: Raz-le-bol