Du lard d’inventer, ou de la crucifiction (l’histoire… encore et encore)

Posted on 1 avril 2013

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lgjmp72

« Le bipède est un animal étrange. Parmi tous les trucs qu’il a inventé pour massacrer ses congénères, du simple gourdin à la bombe atomique, il en est un de particulièrement sauvage, la crucifixion (à ne pas confondre avec la crucifiction, une chose étrange arrivée à titi jésus, mais j’y reviendrai).

Ouais, c’est une sacrée invention, la crucifixion, et chiément compliquée à inventer.

D’abord, il vous faut trouver deux bouts de bois que vous allez assembler en forme de croix. Et si vous n’avez pas encore inventé la scie, allez en forêt et servez-vous de vos mains, ou de vos dents, pour couper deux branches d’arbre ; l’une un peu plus grande qui servira de tronc à la croix, et l’autre évidemment plus petite qui lui servira de croix (car de branche à la croix, ça ne le fait pas).

Si vous n’avez pas encore inventé les clous, le marteau, les vis, ni la visseuse électrique, utilisez de la ficelle pour assembler les bois en croix, et si vous êtes si rustique que vous n’avez même pas inventé la ficelle, utilisez des lianes, par exemple, ou faites un effort d’imagination.

La croix étant faite, il vous faut la planter en terre, et si vous n’avez pas non plus inventé la pelle… même méthode pour creuser un trou que pour couper les branches, servez-vous de vos mains, de vos dents, ou d’une troisième branche qui fera office de pelle. 

N’oubliez pas de reboucher le trou une fois la croix plantée. Et si possible que la croix soit plantée bien verticalement.

Ceci fait, il vous faut trouver le quidam à crucifier. Là, rien de plus facile ! Vous faites une liste de vos voisins, et vous les classez dans l’ordre du pire au moins pire, puis vous choisissez selon votre convenance. Tiens, par exemple, celui qui a dragué la crémière dont vous lorgnez les jupons. Et si vous n’avez pas encore inventé la crémière, ni ses jupons, choisissez-en un autre sur la liste (un politicien, un flic, un pape, un militaire… vous avez le choix).

Evidemment, si vous lui dites ce que vous allez faire de lui – ou d’elle, si vous choisissez la crémière – votre futur crucifié ne se laissera sans doute pas faire. Le mieux est donc de l’occire avant de le coller sur la croix. 

Pour ce faire, vous pouvez utiliser le troisième bout de bois, celui qui vous a servi de pelle pour planter la croix, ou, à défaut, servez-vous de vos poings.

Ensuite, cela se corse un peu – comme on le dit chez nos amis les belges, férus de plaisanteries corses – parce que si votre croix est bien verticalement plantée et que votre futur crucifiable pèse une centaine de kilos – ce qui peut aussi arriver aux crémières – même occis, vous allez avoir du mal à le coller sur la croix. Mais admettons que vous soyez ingénieux et que vous inventiez l’échelle ou, mieux, l’escabeau.

L’escabeau inventé, appliquez soigneusement votre crucifiable sur la croix, et si vous n’avez toujours inventé la colle, la ficelle, ni les clous, vous pouvez encore vous servir de lianes pour bien le fixer sur les branches. Et hop, vous avez un joli crucifix, orné d’un beau crucifié.

Bon, pour faire plus joli et plus télé réalité, il vous faut réveiller le crucifié que vous aviez préalablement occis, mais quelques baffes ou coups de bâton y suffiront. Et vous pourrez admirer le spectacle.

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Personnellement, je ne vous conseille pas les crucifixions hivernales ; il fait si froid que le crucifié meurt gelé un peu trop rapidement, ce qui gâche le spectacle. 

En été, la mort est  plus lente, et c’est assez joli de le voir rôtir au soleil, mais il brûle assez vite quand même. 

L’automne étant sujet à caution, oscillant parfois entre l’hiver et l’été indien, je vous conseille de programmer votre crucifixion au milieu du printemps. Tiens, à pâques, par exemple, il ne fait ni trop chaud, ni trop froid, et vous aurez tout le loisir de voir votre crucifié agonir lentement, pendant des jours et des jours – ce qui est nettement plus intéressant qu’une messe pascale retransmise en direct à la TV – que vous n’avez pas encore inventé d’ailleurs.

Et si vous voulez corser – merci les belges – un peu le spectacle, plutôt que le dragueur de crémière, choisissez un de vos voisins plus médiatique. Le genre qui s’en va battre le désert en prenant des vessies pour le bon dieu, avec une douzaine de journalistes TV qui lui collent au train afin de relater sa randonnée pédestre ; vous aurez pour au moins 2000 ans de spectacle pas cher. Et si vous n’avez pas encore inventé la télé, collez-lui une douzaine d’apôtres aux fesses, et le tour sera joué.

Ah non, j’oubliais, pour en avoir pour 2000 ans de spectacle, il faut qu’il résurectionne, mais ça, c’est encore une autre histoire. Alors choisissez plutôt un flic, un pape, un politicien ou un militaire, eux au moins, on est sûr qu’ils ne résurectionnent pas. »

Tel fut le fruit des intenses méditations de ma chatte ronflante, lorsque la cigale la quitta, se demandant en quel sens elle prendrait le chemin pour lui donner un peu de sens.

Dis Tonton, et le sens pour la révolution, c’est par où !

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