Bienvenue les enfants (cartes postales de Cancerland 3)

Posted on 30 août 2013

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Il y a des impasses que l’on n’impasse jamais, celles de l’enfance par exemple, lorsque pour x raisons, l’on s’est trouvé privé d’enfance. Et l’on a beau en chercher le bout, il n’arrive jamais, de telle sorte que ces impasses finissent parfois par se transformer en avenues, des fois en boulevards, d’autres en autoroutes. D’autres encore en…

Je viens de terminer le livre de Boris Cyrulnik, Parler d’amour au bord d’un gouffre, qui parle justement des enfances troublées, et de comment, devenues adultes, elles peuvent ou non faire résilience de leurs troubles lorsque confrontées à l’amour.

Résilience, c’est un joli mot. Mais si vous vous trompez d’orthographe, cela peut donner resilence. Ou si vous le prenez à la lettre, cela vous fait penser à votre banquier qui vous demande de résilier votre dette, où à votre assureur qui résilie votre contrat, ou… à plein d’autres choses encore…

Bref, je suis seul, avec ma chatte et la cigale qui dorment, et la solitude m’inspire de drôles de trucs.

Non je ne dors pas, et tu me nuis ma nuit. Qu’elle dit ma chatte. Mais la cigale, elle pionce encore.

La ferme, ou tu vas devenir une célébrité !

Mais revenons à mon sujet, et sans trop de digressions pour une fois. Et puisque ma petite marrante s’est abonnée à Cancerland, je vais dire un peu ce que j’en vis de ce Cancerland.

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Tiens, les enfants, parlons-en justement, ils sont si noyés dans ce monde de Cancerland qu’on ne les voit presque pas. Si on ne le savait pas, on pourrait même croire qu’ils accompagnent leurs parents se faire soigner à Cancerland. Mais qui, sauf nécessité ou vicelardise totale, aurait l’idée de se faire accompagner par un môme à Cancerland ?

Non, lorsque vous croisez un enfant à Cancerland, c’est qu’il ne vit pas à Disneyland. Et vous les croisez…

Depuis un mois que j’y accompagne ma petite marrante, à Cancerland, j’en connais presque tous les recoins. Un hôpital, c’est comme un supermarché, à force de vous y perdre soit, vous allez à celui d’en face (où vous vous perdrez aussi), soit (et c’est plus rapide) vous prenez vos repères.

Mais les deux seuls endroits que je ne connais pas de Cancerland, ce sont la cave à vins.

Elle doit être bien planquée pour que tu ne la trouves pas. Qu’elle dit la chatte.

La cave à vins donc, et le cinquième étage : l’étage des enfants.

Je ne peux donc pas vous le décrire, ce cinquième étage. Pas plus que je ne peux vous décrire ce que l’on ressent lorsque l’on croise quotidiennement ce petits bouts d’humains, chauves comme des oeufs.

L’autre jour, lorsque j’arrivais à Cancerland, on en amenait un dans une civière. Peut-être celui qui devait se faire opérer d’urgence, juste après ma petite marrante. Elle m’a dit que dans la salle de réveil où il y avait un lit pour enfant, elle avait entendu « urgence enfant » et vu tout le monde se mettre à courir. Sur ce lit, il y avait une poupée qui semblait attendre…

En repartant, dans l’ascenseur, il y avait avec moi une mère avec une petite fille de sept ou huit ans ; la mère de lui demander, « Alors c’est sûr, pour les leçons de violon ? Tu ne veux pas ? » Et la petite fille, résolue, de répondre, « Non ! » Une manière de faire résilience précoce ?

Ou de faire resilence ?

Et sur ce, je retourne à Cancerland, préparer la prochaine carte postale.

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Posted in: Cancerland