De la gravité de la gravitation (carte postale de Cancerland 6)

Posted on 3 septembre 2013

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Samedi dernier, j’étais dans un bus menant à Cancerland, il faisait beau, chaud, sympa… Un joli samedi de fin août où les gens devraient être un peu heureux, ou au moins faire semblant, mais la moitié joue sur son téléphone portable, et l’autre moitié fait la gueule, peut-être parce qu’on ne les appelle pas, ou que leur portable est cassé.

Bref, la gravité (pas celle de Newton, quoi que, peut-être après qu’il ait reçu une pomme sur la tronche, et qu’il l’ait transformée en gravitation, mais nous y reviendrons).

Ma petite marrante l’a dit dans une précédente carte postale, une chose est frappante à Cancerland, c’est la gravité de tous, qu’ils soient patients, accompagnants, soignants… Le sourire y est rare. 

Sans doute est-ce lié à l’omniprésence de la mort qui, même si elle se voit peu, et que l’on tente le maximum pour qu’elle apparaisse le moins possible, se sent partout. Et ce sentir n’est pas seulement du ressentir, mais aussi un sentir physique, une odeur.

Vous me direz que toutes les maladies ont une odeur. Certes. Les plus bénignes ont une odeur de médicament, mais à Cancerland c’est l’odeur de la mort que l’on sent. Et pas uniquement dans le regard ou dans l’être de certains malades. Il y a cette odeur de mort qui, quoi que l’on fasse est là – mais j’y reviendrai dans une autre carte postale.

La gravité donc. Moi, il y a paradoxalement une autre chose qui me frappe, c’est que lorsque vous croisez quelqu’un que vous ne connaissez pas, dans un bus, un métro, un ascenseur… les regards se fuient et l’on ne se dit rien, sauf à ne pouvoir faire autrement. Et c’est deux ou trois mots, du genre « excusez-moi », lorsque vous marchez sur le pied du voisin qui, lorsqu’il est de bonne humeur vous répond « ail, ce n’est rien ! » et lorsqu’il est de mauvaise humeur, vous en colle une.

Mais lorsque vous croisez quelqu’un dans un ascenseur de Cancerland (ils n’y ont pas encore installé le métro, ce qui serait pratique lorsqu’on y a pris un abonnement, qu’elle pense ma chatte), vous vous dites au minimum « bonjour » et souvent quelques mots, même pour ne rien dire, juste pour dire.

Comme si cette omniprésence de la mort nous rendait tous plus proches. Alors que, quoi qu’il en soit, nous pouvons aussi bien mourir dans un bus, un métro ou un ascenseur.

Et toi tu préfères au lit, qu’ajoute la bestiole. Gravitons, gravitons ! Qu’il a crié Newton après s’être pris une pomme sur la tête.

M’ennuie cette chatte. Elle pionce 12 heures par jour, mais faut toujours qu’elle se réveille lorsque j’écris un truc sérieux. Quelqu’un a la recette de la chatte au pot au feu ?

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Oui, la gravité donc, que Newton a transformée en gravitation, ou plutôt la gravitation émanant de la gravité.

La gravitation donc, c’est un truc physique qui agit sur les corps pour les attirer les uns vers les autres. Mais un truc grave, c’est quelque chose qui peut avoir de tristes conséquences, une grave maladie, par exemple. Quant à la gravité, c’est un peu l’entre deux. Un machin qui fait que vous restez sur terre, attiré par je ne sais quel effet de masse, mais qui peut aussi vous clouer sur place lorsque la masse vous est tombée sur la tête.

Comme la pomme sur celle de Newton ?

Exactement ! Sauf que nous sommes dans le paradoxe le plus complet lorsque nous tentons de dissocier gravité de gravitation.

Alors qu’à Cancerland, où les gens sont souvent cloués sur place après un coup de masse, et qu’ils n’ont qu’une envie, celle de rester attirés sur terre par je ne sais quel effet gravitationnel, la gravitation fait qu’ils se disent « bonjour » dans l’ascenseur, même lorsqu’ils se marchent sur les pieds.

Par contre, dans ce bus qui m’y amène, et où tout devrait être rose (ou vous choisissez la couleur) et joyeux, les gens sont d’une gravité qui annule l’effet gravitationnel et attractif pour le remplacer par un effet répulsif.

Et il me traite de bestiole philosophante, après ça !

Et comme disait le tonton de Boris en inventant la bombe atomique, « j’y retourne immédiatement ».

Bref, revenons à notre samedi gravitationné par ce bus que, si je le prends à l’aller, il me faut bien le prendre au retour.

Je rentre donc, bus presque vide, juste un couple en face de moi qui semble heureux. Mais quelque chose m’intrigue, je regarde un peu mieux. La femme a l’avant-bras sectionné et un moignon à hauteur du coude. Elle ne sort pas de Cancerland, juste des aléas de la vie…

« Et la morale de cette histoire ? » Qu’elle demande la cigale à moitié réveillée.

Elle viendra avec la révolution ! Qu’il dit le neveu.

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Posted in: Cancerland