Seuls… (cartes postales de Cancerland 7)

Posted on 4 septembre 2013

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« Veulent nous faire encore une guéguerre, nos poiliticiens, décidément, ils sont aussi grégaires à gauche qu’à droite. N’en ont pas marre de faire toujours des guerres qui ne servent à rien d’autre qu’à foutre encore plus le bordel qu’il n’est. Et si c’est comme cela que l’on va combler le trou de la sécu, des caisses de retraites et autres sornettes dont ils nous rabattent les oreilles tout en contribuant à augmenter les bénéfices de Dassault ou autres marchands de canons ! » Qu’elle dit la cigale.

Rien à secouer des poilticiens et de leur grégarité. Qu’elle dit ma chatte. On a d’autres chats à secouer en ce moment. Pis s’ils nous font une guerre, ça fera peut-être quelques militaires en moins, et zoust, ça comblera un peu le trou de la sécu et des retraites.

« T’as rien compris. Quant un militaire meurt à la guerre aujourd’hui, c’est tellement rare, que l’on en parle plus que lorsque le militaire tue 10 civils (par accident, parce que c’est toujours par accident qu’un militaire tue des civils). Et nos poiliticiens vont verser une larme en lui collant la légion d’horreur sur le cercueil, passent à la télé, et toc, un point d’audimat en plus. C’est nettement plus gagnant que quand ils viennent à la télé nous (baiser, pardon) causer de nous couper les retraites et la sécu en quatre. »

Telle était la conversation de ma chatte et de la cigale lorsque je suis rentré de Cancerland hier. Et j’avoue que… bien oui, rien à secouer qu’un militaire meure à la guerre, il n’avait qu’à choisir un autre boulot. Par contre, la retraite et la sécurité sociale, oui, j’y tiens !

Bon, ma petite marrante ayant décidé de prolonger son abonnement à Cancerland tellement elle s’y sent confortable, et moi de ne rien dire aujourd’hui, je lui laisse la parole.

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« Moi la petite marrante j’ai envie de me transformer en reporter à l’intérieur de Cancerland et de vous informer sur certains aspects de cette maladie qui ne sont pas nécessairement soulevés lorsqu’on parle du cancer. Alors bien sûr, ce que je vous raconte est totalement subjectif et avant tout le fruit de mon observation et de ma sensibilité. De plus, je suis une reporter impliquée !

Hier mon Jean-Mi (gris pâle, mais avec son humour à deux balles) me disait : pourquoi tu ne te fais pas de copines, ça te sortirait un peu de ta chambre ? Et…

Une autre chose me frappe à Cancerland, ce sont ces êtres qui déambulent avec leur redon ou autres appareillages, seuls.

Rien d’extraordinaire à cela me direz-vous ! Et pourtant si. Dans ces cas le terme « seul » prend une autre épaisseur. Ils déambulent dans leur isolement et non dans leur solitude.

Cet isolement dans lequel nous plonge mister crabe est totalement inconnu des non « initiés » (et nous reviendrons un autre jour sur ce mot).

Depuis le temps que je me trimbale sur mes deux jambes (mais pas si vielle que ça, non mais !), je sais être très sociable et aime le contact et les relations, mais depuis qu’un intrus pernicieux s’est introduit en moi, il m’isole des autres. Et quand je vois les locataires de Cancerland marcher « seuls », je sais que, comme moi, ils n’ont aucun besoin de relater leur tumeur, leurs métastases, pour ça il y a les médecins ! Ils n’ont aucune envie de partager leur histoire profonde.

Et ce n’est pas une question de communication ou de sémantique, ce n’est même pas quelque chose de l’ordre de l’intime, non, c’est difficile à dire mais ça relèverait plutôt du questionnement profond (ou peut être de notre représentativité) de notre existence.

Et en écrivant cela, ça ne sonne même pas juste !

Nous sommes nombreux, hospitalisés à Cancerland, et nous n’avons pas envie de faire connaissance alors que nous sommes des animaux communautaires paraît-il !

Oh la la quel exercice difficile que d’être la reporter de l’invisible indivisible ! »

Quoi, tu voudrais te faire reporter de guerre ! Qu’elle dit la chatte toujours moqueuse.

« Tu as de la chance que je sois à Cancerland, que sinon… Même pas en rêve…

Bref, ne croyez pas qu’ils (et nous, puisque j’en suis) déambulent l’air absent ou hébété, ce n’est pas le cas, et certains même sont accompagnés de leurs visiteurs ou discutent dans leur téléphone. Mais leur posture corporelle, leur état de présence, m’indiquent clairement (pour moi « seule » peut être) qu’ils sont isolés, « seuls » avec eux-mêmes. »

Et comme je n’ai rien à ajouter pour le moment et que, pour la révolution, m’est avis que l’on attendra le sein glin-glin, je retourne voir ma petite marrante à Cancerland.

P.S. Comme Pousset le Petit, n’hésitez pas à venir jeter de petites pierres sur ce chemin de Cancerland, comme le dit ma petite marrante, lorsqu’on parle de cancer, certains aspects ne sont pas soulevés ; à commencer, par exemple, par le fait que l’on parle « du » cancer comme d’un terme générique, alors qu’il prend des formes si différentes que… mais nous en reparlerons dans une autre carte postale. Et aussi parce que d’une manière ou d’une autre, il reste un tabou profond lorsque l’on parle de cancer.

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Posted in: Cancerland