C’est la honte… (cartes postales de Cancerland 10)

Posted on 8 septembre 2013

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Il ou elle est décédé(e) suite à une longue maladie ! Merdre, faites suer les bipèdes, et ne confondons pas un chat avec un poisson rouge. Dcd suite à une longue maladie, à 99%, cela signifie être bouffé par le crabe, ou, pour parler dignement, être mort d’un cancer. Alors pourquoi qu’on ne le dit pas clairement, aujourd’hui encore ? Qu’elle demande ma chatte. C’est la honte, ou c’est quoi ?

Bien justement, c’est l’une des questions que je me pose. Mais la honte de quoi ? Et surtout pourquoi ? Puisque quoi qu’il en soit, tant que nous n’aurons pas trouvé le sérum de l’éternité, nous allons tous claquer d’une manière ou d’une autre.

Tiens, mourir écrabouillé dans une bagnole ou dans un car qui vous ramène d’un pèlerinage à Lourdes, ça vous branche ? Ou crever comme un crétin de militaire sous les balles d’un autre aussi crétin que lui, ça vous fait rêver ? Ou mourir tout simplement comme ça, parce que c’est comme ça…

Bref, il faut bien le dire, il y a un truc étrange avec le (ou les, j’en reparlerai) cancer.

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Autant certaines façons de mourir nous font… je ne sais trop quoi au juste, mais arrivent à faire la Une du Parisien et de la télé réunis. Autant mourir du cancer semble un sujet si tabou que… vous êtes mort « suite à une longue maladie ».

Bon, j’en reparlerai aussi. En attendant, ma petite marrante est sortie de Cancerland hier matin. Et voilà qu’on a Cancerland at home, maintenant. Il est vrai qu’avec un sein amputé, une poche à sang qui fait sangsuce, et une plaie d’une bonne vingtaine de centimètres, ça ne fait pas vraiment Claudia Machin ; mais bon, ce n’est pas pour autant qu’elle va jouer les monstres dans Freaks ; faut avoir le talent du monstre pour ça, et elle ne l’a pas.

La sortie… enfin sortie provisoire, puisqu’on n’en est qu’à la quatrième étape d’un parcours qui va durer longtemps, mais ça, je préfèrerais qu’elle vous le raconte.

La sortie donc, cela fait plusieurs jours qu’elle est repoussée. D’abord pour cause de gros hématome qu’il faut vider de son sang. Puis pour cause que je ne pige pas, mais d’hématome qui change de place, allez comprendre le langage hématome, et qu’il faut à nouveau vider. Puis pour cause qu’on lui enlève sa bouteille à redon et que, comme le pré de la fontaine, ou comme le préfontaine si vous préférez, que le sang gicle partout. Puis pour cause qu’il faut quand même observer l’absence de sein et l’hématome. Puis qu’ils la virent enfin parce que… bien je ne sais pas trop en fait… Peut être simplement parce qu’il faut faire de la place…

La sortie, elle, ça la démange depuis plusieurs jours aussi, et je comprends. Mais moi, je la redoute cette sortie, parce que si j’ai choisi de faire philo plutôt que médecine, ce n’est pas pour rien ; et qu’avoir une plaie de plus de vingt centimètres – je n’ai pas mesuré – chez soi, ça vous fait une drôle de philosophie, même que s’il arrive quelque chose, j’aurai l’air fin à lui parler de métaphysique des moeurs en allemand…

« Bon vous l’avez compris mon JeanMi il est tout blanc aujourd’hui… Tandis que mon non-sein, lui, il prend toutes les couleurs de l’arc en ciel ! C’est ce qui arrive avec les hématomes. Il a beau avoir fait philo et pas médecine…

Nous, on a décidé de parler du quotidien du cancer car c’est en effet ce qui nous frappe dans nos recherches sur le ou les sujets, c’est qu’on ne trouve presque rien des vécus et ressentis au jour le jour.

Pas d’exhibitionnisme pour autant, ne vous réjouissez pas trop vite…

Le départ (pour cette fois ci) de Cancerland a été quelque peu rude pour avoir croisé un petit pensionnaire du 5eme étage (celui des p’tiots cancéreux). Sa petite bouille nous hante depuis hier.

Ça fait beaucoup pour un seul JeanMi tout ça. Remarquez, ça à un avantage : moi je suis malade donc au lit, et lui il s’est mis au ménage ! On a beau avoir fait philo… »

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Oui, et même qu’il met le foulard, lui aussi, pour faire le ménage… Mais de fait, il est vrai qu’il tremble de frousse dès qu’il la voit bouger un peu trop, et que du coup il la colle au lit. Qu’elle ajoute la chatte. Et ne lui parlez pas de révolution aujourd’hui, que sinon il vous colle au pieu aussi.

Tiens, c’est la première fois que j’aime aller faire les courses, rien que pour respirer un peu, et m’abstraire de cette plaie qui me fout la trouille.  Même si je ne sais pas comment je vais la retrouver au retour, ma petite marrante, ce qui me fiche encore plus la trouille. Et vive le capitalisme….

Et puis l’image de ce petit gamin dans l’ascenseur, deux, trois ans, accroché aux bras de sa mère, avec des tuyaux reliés à un déambulateur (c’est joli, ce mot), et un infirmier les accompagnant. Une bien belle image de la vie aussi, une vie simple, sans guerre, celle de tous les jours.

« Dis tu ne trouves pas que ça fait un peu pleurniche à deux balles, ta fin. » Qu’elle dit la cigale.

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