Le concept du non sein… (cartes postales de Cancerland 16)

Posted on 15 septembre 2013

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Comment faire un concept du non sein alors qu’à deux voix, l’une féminine, l’autre masculine, nous n’avons même pas été fichus de faire un théorème du sein ? Enfin si, un peu, mais si peu. J’ai surtout, en tant qu’homme, tenté de faire un vague théorème du sein qui n’est pas sein (ni saint et surtout pas, mais pour sain, je n’en sais rien) et si vague que le saint en est resté glin (et un peu déglingué).

Tiens, si je tentais un théorème des testicules (On dit des couilles. Qu’elle dit ma chatte). Je pourrais commencer par… vous raconter ma testiculographie… et manque de bol, je ne sais pas ce que c’est.

Mais une mammographie, je sais à peu près, on t’écrase le sein dans un appareil à le radiographier, et on le radiographie. Si l’on me faisait la même chose dans une testiculographie, je doute que cela passe la première étape…. ou ce serait d’une telle platitude que je risquerais d’en perdre ma voix (et ma voie et ma foi avec).

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« Je ne sais pas ce qu’il raconte mon JeanMi avec ces histoires de testicules, de seins, de théorème, de concept. Ce que je sais c’est que je n’ai plus qu’un sein sur deux et que ma petite tête gamberge à fond la caisse. Demie-femme ? Mutilée ? Regard sur soi ? Celui des autres ? 

Bon je lis un tas d’articles, d’ouvrages ou de thèses sur le sujet. Mais je ne trouve pas la réponse à ma question. Qu’est ce que je suis maintenant ? Remarquez je ne m’étais jamais posée la question auparavant, car je suis incontestablement et intrinsèquement  dans le clan des filles. C’est troublant qu’après une mastectomie (c’est mignon, ce mot. Qu’elle dit la chatte. Très poétique, je trouve, et adapté au protocole, mais ils y reviendront) la question se soit posée naturellement. C’était donc bien profond, inconscient aussi, la représentation de ma personne sur cette planète.

Lorsqu’on naît petite fille, on est une fille et on attend que les seins poussent pour l’affirmation du statut féminin (il me semble que c’était mon cas).

Je sais ce que je ne suis pas ; pas un homme c’est sûr. Je suis toujours du côté des filles mais ma glace me revoie comme une anomalie de mon identité féminine.

Je ne dis pas que je me sens anormale, diminuée, que j’y pense 24h sur 24. C’est loin d’être le cas, mais tout de même cette vision de ma nouvelle apparence ne quitte pas mon esprit. 

J’ai dit nouvelle, c’est peut être ça la vrai question. Après tout on s’habitue à tout, n’est-il pas, et si le regard qu’on me porte reste inchangé, pourquoi me sentirais-je différente ? Il faut juste que m’y habitue.

Et puis j’ai de la chance, il me reste un sein et il bossera pour deux ! »

Bon, un sein… ou deux… On est encore loin du concept du sein, mais on s’approche au moins de celui du sein manquant…

Et puis, va vraiment falloir parler de la « sécu », que t’as droit à trois ans d’arrêt de travail avec un cancer du sein (et qu’ils s’en fichent s’il est sans). 

C’est encore un décret de mecs, ce truc ! Et si on leur coupe une couille, à combien d’arrêts maladie ils ont droit ? Qu’elle demande ma chatte.

Ouais, et pour la révolution, je repasse quand ? Qu’il dit le neveu alors que la cigale pionce encore.

P.S. En rentrant, le taxi nous a demandé si Cancerland était ouvert le dimanche… ! Oui, je rassure tous les cancéreux et cancéreuses à venir (à pied ou en taxi), c’est ouvert.

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Posted in: Cancerland