Bras dessus, bras de fer (cartes postales de Cancerland 21)

Posted on 19 septembre 2013

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Cette nuit encore, c’était rendez-vous à Concertland, avant d’aller à Cancerland. Première étape, à l’hôpital Saint-Antoine hier matin, puis seconde étape à l’Institut Curie l’après-midi. Deux Cancerland dans la même journée, ça fait un peu beaucoup, mais, on fait avec…

Bien oui, on fait avec, et des fois sans, parce qu’hier soir, c’est moi qui ai craqué, et une première fois pour une raison totalement idiote, parce qu’il faut tout simplement changer la housse de couette. Et merde ! Il faut être polytechnichose pour changer une housse de couette, ou avoir appris les mathématiques appliquées.

Puis ensuite qu’il faut faire à bouffer, et qu’entre la cuisine et moi, il y a une gaufre, enfin non, un gouffre. Puis… puis on se couche, et là, c’est ma petite marrante qui craque, et qu’elle nous fait encore à la chatte et moi, Concertland presque toute la nuit (la cigale s’en fiche, elle pionce).

Bon, je ne vous refais pas le coup du réveil bo-beauf, mais… Mais lorsque je l’ai amèné à l’hôpital le matin, la voilà-t-il (c’est pour faire plaisir à ma chatte qui aime les volatiles) qu’elle verse une larme – je la laisse larmer ne sachant que dire – puis deux, puis… et je demande et qu’elle me dit qu’elle se sent mutilée, et qu’elle ne sait pas comment va pouvoir se faire sa reconstruction, ni même si elle va pouvoir se faire. Et je n’ose pas lui demander de la reconstruction de quoi, tant il y a de choses qui s’en mêlent…

Bref, nous sommes le soir, et je viens de l’aider à refaire son pansement, et en effet, il semble que la plaie se referme, petit à petit… Mais faut vous dire qu’elle est… ma petite marrante.

Avant son cancer, elle nous avait fait un truc que presque personne ne connaît, RCH, qu’ils disent les médecins pour faire joli, ou, en traduction littérale, rectocolite hémorragique. En gros, c’est un truc qui t’ulcère les viscères, et qu’au final, ils ne savent pas trop comment, mais tu n’as plus de défenses immunitaires, et dès que tu as un petit bobo, il se démultiplie par 10, quand ce n’est pas plus. Ils lui ont donc refilé à vie un traitement pour réguler ses défenses, mais défense d’aller y voir si tu n’es pas initié.

Mais comme régulateur de défenses, on devrait peut-être pouvoir faire mieux, parce qu’aujourd’hui, il ne régule en rien ses défenses à cicatriser de la plaie du cancer, et allez hop, on supprime le traitement. Faut quand même savoir choisir si tu préfères un cancer ou une rectoclite hémorragique, ou si tu veux les deux ensemble…

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« Bon oui le quotidien c’est le quotidien avec ce p… de crabe. Parfois j’ai l’impression qu’on se fait un bras de fer tout les deux, et tantôt j’arrive à infléchir sa pince, tantôt c’est sa pince qui inexorablement abaisse mon bras… et mon énergie ! Alors ça craque.

Je flippe, parce qu’avec mes problèmes de cicatrisation, je ne sais pas si on me laissera avec ma mutilation, et je me dis que c’est sans espoir de reconstruction. Ou alors je flippe qu’avec mes problèmes de cicatrisation, que je ne supporte pas la prothèse. Ou je flippe d’avoir des métastases bien planqués quelque part, qui expliqueraient ma grande fatigue. Ah mais, quand je craque, j’y vais à fond la caisse tant qu’à faire ! 

Bon mais moi quand je craque, c’est pas pour une housse de couette. En fait, pour tout dire là, mon JeanMi, il était vexé de ne rien comprendre à la technique de l’enfilage des housses de couette, alors que je m’échinais à la lui expliquer et que lui voulait m’en expliquer une autre, mais qu’il ne savait pas comment…. Bon ça pourrait être de l’anecdotique de couple, sauf que son pétage de câble à JeanMi, c’était simplement parce que je ne devais pas lever le bras du côté de mon non-sein et qu’il flippait que je me fasse mal ! (Mais un peu vexé tout de même de pas comprendre, pour le système housse…) 

Toujours le crabe au présent. 

Il est vrai qu’aujourd’hui on a fait un parcours hospitalier, et que ce n’est pas folichon pour le mental, et que forcément ça s’incruste dans notre belle détermination, et que ça perturbe notre équilibre déjà instable, et que…. »

Et qu’ils tituleront peut-être leur prochain texte « de l’instabilité de l’étang. » Qu’elle dit la chatte à la cigale mal réveillée.

Sans parler de la révolution qui attendra encore un peu. Qu’il dit le neveu.

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Posted in: Cancerland