Et de l’immatérialité de l’étang (cartes postales de Cancerland 31)

Posted on 29 septembre 2013

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Va quand même falloir revenir sur ce concept de l’étang par lequel il a commencé, le Jean-Mi. Parce qu’un étang, c’est une grande mare, et que l’on ne se marre pas beaucoup à Cancerland. Qu’elle dit ma chatte, et qu’elle me fait suer avec sa philosophie de l’étang, alors que nous sommes plutôt dans celle des boyaux et des tuyaux. Tiens à propos d’étang, je laisse la parole à ma petite marrante…

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« Régulièrement je croise un monsieur assez âgé à Cancerland qui se fait faire des soins par les mêmes infirmières qui s’occupent de mon humble personne. J’apprends qu’il a 90 ans. Franchement il en fait 10 de moins. 

Et bien pourquoi ai je particulièrement remarqué ce monsieur ? Pas nécessairement pour le gros pansement qu’il arbore sur son front, ça à Cancerland on en voit des tonnes et des pires qu’on n’y fait plus attention. Sauf mon JeanMi que même s’il voit rien derrière les pansements, son imagination fait le reste et le transforme en nuancier verdâtre !

Non, seulement ce monsieur a toujours le sourire, et ça ça se remarque, mais c’est surtout qu’il est un incroyable séducteur. Son grand âge semble lui avoir donné une grande pratique dans ce domaine et chaque infirmière a droit à un magnifique et époustouflant numéro de drague. Mais il a la classe et quelle élégance !

Ce matin en me croisant après son soin, il me dit que j’allais être entre de charmantes mains mais hélas cette jolie infirmière a déjà deux enfants !

Une de mes si sympathiques soignantes m’a confié qu’il lui a déclaré un jour « je n’ai presque pas trompé ma femme »… Elle me relate également que parfois il est accompagné d’elle et qu’ils forment un couple très soudé et complice.

Moi ça m’émeut de penser à ces deux êtres qui ont traversé la vie avec son lot de bonheur et de vacheries, et que au delà des frasques de monsieur, qui ont peut être fait beaucoup souffrir madame (je ne la connais pas), ils sont aujourd’hui toujours unis dans le partage et l’accompagnement l’un de l’autre.

Bienvenue à Cancerland et pourvu que cet élégant vieux monsieur continue très longtemps ses numéros de charme… »

Rien à voir avec l’étang son histoire de pépé dragueur. Mais bon, c’était samedi, et le samedi, c’est service minimum à Cancerland. L’hôpital est ouvert bien sûr, y compris ce putain de 5ème étage des enfants. Mais pour le reste, c’est réservé aux grands soins, à ceux qui n’ont pas compris qu’il suffit de claquer des doigts et de dire zoust, et qu’il se barre le crabe. J’ai beau le lui répéter, elle n’a pas encore pigé, ma petite marrante, ni le papi dragueur, mais il faut dire que lui, vu le pansement qu’il a au front, il doit avoir un sacré trou dans la tête.

Bref, le samedi, en dehors des urgences et de quelques errants dans les couloirs – à la recherche peut-être de cette fichue cave à vin – c’est plutôt vide Cancerland. Même les lumières sont éteintes, hormis un ou deux néons qui grincent, histoire de bien faire remarquer qu’ils sont néons. Et je lui ai dit que c’était encore plus sinistre qu’en semaine, à ma petite marrante.

Ben elle m’a répondu, « non ce n’est pas sinistre, c’est hanté ! » Elle est peut être là l’immatérialité de l’étang.

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Posted in: Cancerland