La foire aux larrons (cartes postales de Cancerland 35)

Posted on 2 octobre 2013

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On a beaucoup, et parfois un peu trop parlé il y a peu d’un certain mur des cons sur lequel s’affichaient quelques une de nos têtes dites pensantes, mais je suggère que l’on établisse la foire aux larrons.

Bon, les larrons en foire, tout le monde connaît, surtout dans le monde économico-politique qui s’entrelace sans se lasser pour mieux nous plumer. Alors mettons les en foire pour de bon ! Mais pas dans une foire du trône où ils trouveraient encore les moyens de trôner. Non, dans une foire du genre de celle où l’on vend les cochons, les porcs et sans oublier les truies, parce qu’une femme du monde économiquo-poiltique, c’est un peu comme… un homme du monde économiquo-poiltique…

Tiens, quelqu’un a dit que la femme était l’avenir de l’homme… Il devait être complètement bourré, où n’avoir pas pensé aux femmes du monde économico-politique.

Mais je digresse encore, et revenons à Cancerland, ma petite marrante fait une obsession de la prothèse en ce moment. Et moi, je n’y comprend rien à son obsession. Parce sa plaie de 22 centimètres n’est pas encore refermée, qu’elle voudrait se mettre une prothèse sur le non sein, et qu’elle me fait regarder des prothèses sur Internet, me traine dans des boutiques pour causer prothèse. Personnellement, je pense plutôt à quand elle va se refermer cette paie, et à ce qui nous attend ensuite avec la « reconstruction », parce si déjà elle ne cicatrise pas aujourd’hui, qu’est-ce que cela va être…

Alors je lui laisse la parole…

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« Mon JeanMi se demande bien pourquoi je tiens absolument à m’acheter une prothèse mammaire en attendant la reconstruction ? Il dit que ça ne se voit pas, que c’est dans ma tête et patati et patata… Si j’avais eu un petit pois à la place du sein restant, ça c’est sûr on aurait pas vu la différence entre la droite et la gauche. Mais je suis plutôt genre pamplemousse ! 

A propos, à Cancerland le contraire d’une petite poitrine, ce n’est pas une grosse poitrine ; c’est une poitrine généreuse !

Plus sérieusement oui pourquoi vouloir une prothèse (qu’est ce que je n’aime pas ce mot!) ? Pour que mes pulls et vestes tombent bien. Oui sûrement. 

Mais ne serait ce pas plutôt le besoin d’approcher, même fictivement, la question de la représentativité féminine? De ne plus se sentir, même fictivement, différente des autres femmes ? De conjurer la mutilation, celle visible et celle qui s’est incrustée dans la tête ? C’est quelque chose de très intime et très profond, ce vide que provoque la mutilation d’un sein. Difficile à exprimer. 

Je comprends très bien ce qu’à voulu dire La dame du bois joli (dans la réponse qu’elle nous a faite pour la carte postale de Cancerland 21) quand elle demandait à se faire enlever l’autre sein. C’est tout à fait cohérent, bien sûr, face au traumatisme de la mutilation : un sein sur deux, autant ne rien avoir, ou bien garder les deux ! Mais pas d’entre deux !!! 

Mais à sa différence et malgré le flippe et le tralala des opérations et anesthésies, je VEUX la reconstruction. Même faux, je veux 2 seins.

Parce que ça prend bien la tête cette affaire là. C’est vrai quand je disais que mon décolleté n’a jamais été ma préoccupation première pour affirmer ma féminité. J’y pensais même pas à cet aspect là de la féminité. C’est d’autant plus perturbant que ça me bouscule à ce point. Où se situe donc ce traumatisme ?

Déjà, quand on vous annonce que vous avez un cancer, c’est une claque énorme. Rien que cette annonce, elle vous laisse une empreinte traumatique profonde et pour très longtemps. Parce que évidemment ça n’arrive qu’aux autres! Et sur ce traumatisme que vous n’avez pas eu le temps de digérer, on vous rajoute une amputation sans que vous ayez eu le temps de la voir venir, croyez-moi ça fait vite ding-ding dans sa petite calebasse.

Laisser-moi un peu de temps pour comprendre avant de vous expliquer (et de m’expliquer) l’importance de la nécessité pour moi de porter une prothèse.

Ça a un peu à voir avec le vide, l’absence… On vous arrache un peu de vous même auquel vous étiez attachée.

Et ça fait un certain bail que je me trimbale sur cette planète, alors forcément j’y étais habituée à mes deux pamplemousses !« 

Pamplemousses de tous les pays… qu’il aurait mieux fait de dire le poète, s’il avait été un peu plus marxien…

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Posted in: Cancerland