Du bo, du Bon… (cartes postales de Cancerland 44)

Posted on 12 octobre 2013

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lgjmp72

« Le tricot du bonnet…qu’il a dit l’autre jour, le Jean-Mi, à propos de cancer du sein !… Il faut vraiment qu’il la trouve, cette cave à vin de Cancerland, parce que ça l’a traumatisé le  » du bo, du bon, du bonnet ». Vous ne vous souvenez pas de cette publicité ? » Qu’elle se disent ma chatte et la cigale, qui se réveille parfois.

dubonnet

Bon, je n’ai rien à raconter aujourd’hui. Pas envie de redire que… et que… Et que c’est très pas drôle, Cancerland qui oscille entre tous les jours ou un jour sur deux, qu’on ne sait jamais quand. Alors je vous laisse avec ma petite marrante et ma chatte…

« Je ne peux pas tout raconter à mon JeanMi (ou à qui que ce soit qui n’appartient pas au corps médical) du détail des soins qui me sont prodigués. Si quelqu’un m’avait expliqué ce qu’on lui faisait, à moi bien portante, ou je serai partie dans les vapes, ou bien aux toilettes !!! Même moi, qu’une certaine curiosité concernant le corps a toujours animée, à certains moments je détourne les yeux. La vue du sang ne m’a jamais impressionnée, mais je crois bien que ce sont les instruments utilisés qui m’ébranlent le plus. Et il y en a une telle panoplie….

Du coup j’ai eu la maladresse de raconter à JeanMi l’histoire du petit doigt dans la plaie et aussi les deux gros doigts de l’interne au fond de la plaie (là j’avoue que j’ai détourné les 2 yeux). Comme ce ne sont pas des instruments j’ai pas percuté que j’indisposais monsieur avec mes récits. Seul son changement de teinte m’a interrompu ! 

Et comment t’as fait pour détourner les deux yeux ? Qu’elle demande ma chatte. Ils t’ont mis des instruments pour faire ça, comme dans Orange mécanique ?

Toujours avec la délicatesse qui me caractérise, en sortant hier après mon soin, je me dirige vers JeanMi, toujours à m’attendre quelque peu livide dans le hall d’accueil de Cancerland, et je lui déclare d’emblée sans ménagement, comme une anecdote rigolote, que j’ai le haut de la jupe tout mouillé par une giclée de lymphe intempestive que l’infirmière n’a pas pu retenir. Si, quand même, j’ai eu la délicatesse de ne pas lui dire avec quoi ni comment c’est arrivé !

Dis, t’ont foutu dans une salle de torture ? Qu’elle redit la chatte.

Bon j’ai, malgré cela, tout faux car à ce stade c’est son imagination qui travaille ! Pour le coup il faudrait me mettre dans un écrin car au moindre effleurement je risque une coulée de lymphe, une plaie béante, et je vous en passe…. Il aurait même peur de me toucher. Bon mais ça je sais comment y remédier…

En plus malgré la sophistication avec laquelle mon soin est pratiqué, ce n’est pratiquement jamais douloureux. Alors y a pas de quoi en faire toute une histoire… »

« La chatte, elle, elle a déjà trouvé la cave à vin. » Qu’elle dit la cigale.

Oui, et en rentrant de Cancerland aujourd’hui, après une bonne heure de soins, on se met à table. Silence radio que je tente de rompre à la fin du repas en lui demandant ce qui s’est passé, ce matin…

J’aurais mieux fait de la fermer, ou de tourner 27 fois la langue dans ma bouche, ou d’apprendre à détourner les yeux sans ustensiles, parce que la voilà-t-y pas qu’elle se lance dans une théorie des ustensiles, justement. Et qu’elle m’explique non seulement comment encore une fois il lui ont fait gicler la lymphe, mais cette fois à coup de stylet et de ciseaux – en plastic, les ciseaux, je vous rassure. Mince, le vin a failli s’étrangler dans ma gorge.

Je tente donc de changer de sujet et lui demande de quoi elle a causé avec l’infirmière pendant une heure. Des sans-papiers, qu’elle me répond.

Décidément, il y a des journées sans ! Qu’il dit le neveu.

Et ma petite marrante qu’est pas toujours marrante de rajouter, « C’est toute la période qui est sans. »

Allez, un peu de détente…Le tango du bistouri, par Fernandel…

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Posted in: Cancerland