Contagions… (cartes postales de Cancerland 53)

Posted on 25 octobre 2013

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Et si le cancer était contagieux ? Tiens, je vous ai déjà parlé de ma si rose du petit orteil, mais si après tout c’était un cancer de l’orteil, qu’ils m’avaient refilé tous les cancéreux que je croise à Cancerland. Sait-on jamais, il y a de tout là-bas, des noirs, des jaunes, des blancs, des rouges, des comme moi de toutes les couleurs, et même des que je ne sais pas d’où ils viennent.

Du Kosovo, tu crois ? Qu’elle demande ma chatte.

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Bon, plutôt que de dire des sottises, laissons la parole à ma petite marrante.

« Je ne vais plus à Cancerland que deux jours par semaine, ce qui démontre un progrès incontestable vers la cicatrisation de ma plaie. Le progrès aussi c’est d’avoir appris à refaire mes pansements seule, entre deux visites expertes. Enfin seule, c’est vite dit, mon JeanMi, la tronche allongée, est toujours obligé de tourner autour de moi pour m’ajuster mon soutien gorge Velpeau, modèle Toutankamon. 

En fait plus la cicatrisation approche, plus je trouve que ça ne vient pas assez vite et plus mon moral et mon humeur s’en ressentent ! Donc c’est vrai que je ne suis pas marrante 24h/24. Qui le serait dans une telle situation ? La patience a ses limites!

Et puis c’est culpabilisant d’imposer sa maladie, sa cicatrice, sa dépendance à son compagnon. J’ai beau me dire que j’agirais de la même manière s’il avait un cancer de la prostate par exemple (je plaisante !), mais malgré cela, j’ai un mal être à imposer mon manque d’autonomie à celui qui partage ma vie.

La deuxième étape de ce cancer du sein va bientôt trouver sa conclusion avec la cicatrisation de l’amputation. 

Le temps qui me reste vers la troisième étape, la reconstruction, va être occupé aux choix des prothèses, à la chimio orale, à la kiné… mais surtout à refaire un peu surface dans le monde de tous les jours, à retrouver mes amis pour boire un verre, à en rencontrer de nouveaux, à reprendre ma voiture, à reprendre les transports en commun, à aller au cinéma, voir une expo, voyager… simplement vivre à nouveau et sortir de cette parenthèse de vie.

Tout ce programme s’appelle de l’autonomie, et en ce moment c’est ce qui me prend le plus la tête, parce que ça ne vient pas vite, que notre activité sociale et professionnelle en est perturbée et que ça pèse dans notre vie de couple à JeanMi et moi. Comme s’il pouvait en être responsable lui, alors que tout est généré par le temps qu’il me faut pour reprendre ma complémentarité dans le couple et dans la société des biens portants. 

Je sais qu’il n’y aura pas un « comme avant », mais un « après » et c’est pour arriver à le conquérir et le vivre que je m’impatiente tellement de cette lenteur de cicatrisation. 

Et puis « l’après » c’est aussi une (re)construction et tous les espoirs sont permis, même celui de rêver à mon intégrité physique… »

Ouais, quand à moi, je ne vous raconte pas la tremblotte qui me prend lorsqu’elle me demande de l’aider à refaire son pansement extra-large. J’aurais mieux fait de me faire Rom au Kososvo !

Et nous dans l’histoire ? Tu nous emmènes si l’on se transforme en Toutencamions ? Et on va y faire la vraivolution, tu crois ? Qu’ils demandent ma chatte, la cigale et le neveu.

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Posted in: Cancerland