Deux fois par semaine (cartes postales de Cancerland 54)

Posted on 28 octobre 2013

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Retour à Cancerland après trois jours de répit (j’avais écrit répit avec un « s », comme pour repos). Le vieux monsieur avec son gros pansement sur le front est toujours là, mais il semble aller de plus en plus mal, il se traine, et difficilement, ce qui ne l’empêche pas de draguer les infirmières.

« Il rend hommage aux dames. » Qu’elle dit ma petite marrante.

Tu parles !

Bon, depuis quelques jours, on n’y va plus que deux fois par semaine à Cancerland, c’est déjà mieux. Sauf que lorsque j’écris cela, « un petit pépère arrive », qu’elle dit la petite marrante. Mais il arrive dans une poussette, le pouce dans la bouche, pas plus de deux ans, et ses grands yeux tout ronds regardent partout, comme pour comprendre…

Une dame raconte sa vie de cancéreuse au téléphone à un autre Jean-Michel, et à côté de moi un cancer du poumon les crache en lisant Le Point – enfin, cancer du poumon, je pense, parce que vu la manière dont il crache et tousse, ce ne doit pas être un cancer de la prostate. Dis, c’est pas contagieux le cancer du poumon pour un grand fumeur dans mon genre ?

Ouais, c’est vraiment la joie, Cancerland.

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Bon, une bonne nouvelle quand même, en sortant toute joyeuse de ses soins, ma petite marrante m’annonce que cela va mieux, que jeudi marquera peut-être la fin de nos séjours réguliers à Cancerland, et qu’elle va même enfin pouvoir mettre sa prothèse et son merveilleux sous-tif fait pour elle. Mais je vous la laisse le raconter…

« Bonnes nouvelles du front de la cicatrisation et effervescence chez mes copines infirmières !!!! Et moi donc… non seulement elles ont décidé de ne plus m’entortiller façon momie Toutekamon, et elles ont allégé le pansement mais, cerise sur le gâteau, j’ai ENFIN l’autorisation de porter ma prothèse, une en mousse, pas encore la vraie, mais c’est toujours ça de gagné. Du coup dès mon retour à la maison je me suis précipitée vers le placard où étaient soigneusement rangés prothèse et soutiens gorge porte-prothèse. 

Évidemment peu expérimentée, j’ai mal placé la chose, ce qui m’a fait ressembler à un Picasso de la grande époque et s’étouffer de rire mon JeanMi. Une fois fait le rééquilibrage entre le vrai sein et le faux, j’ai exécuté une danse de Sioux sous les yeux éberlués de vous savez qui… Et depuis je ne cesse de me mirer dans le miroir ! Champagne ! »

Ouf ! Je vais être débarrassé de la corvée de pansements extra-larges. Tiens, la prochaine fois que l’on ira à Cancerland, je demanderai que l’on me donne un diplôme d’infirmière es pansements.

Oui, mais il faut quand même qu’il vous avoue un truc, le Jean-Mi. Qu’elle dit ma chatte.

Tu crois ? Mais alors ne le dis pas à ma petite marrante. C’est que si je dois me la taper tous les jours à la maison, elle risque d’être encore moins marrante que… surtout si je lui refais ma ratatouille. Chut, ne le lui dites pas, je suis en train de la préparer !

« Et on vous racontera sa réaction dans une autre carte postale. » Qu’elle ajoute la cigale.

Dis Tonton, t’as pas oublié pour la vraivolution ?

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Posted in: Cancerland