Pauvres s’abstenir… (cartes postales de Cancerland 56)

Posted on 30 octobre 2013

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Il faut quand même entrer un peu dans le concret de nos humeurs et de mes couleurs, avant ou après Cancerland, alors je vous raconte la dernière en date. Hier soir, nous dinions, ce qui est tout à fait ordinaire. Et j’ai fait un effort, pas de ratatouille, des spaghettis bolognese – ça, je sais à peu près les faire. 

A peu près. Qu’elle dit ma chatte.

Médisante ! Bref, nous tentions de parler de choses et d’autres, un peu joyeuses, de vacances au Portugal. Et puis la conversation revient sur Cancerland, comme régulièrement. 

Bien oui, les vacances ! Mais il faudrait que la plaie soit entièrement cicatrisée avant. Et ma petite marrante de se lancer dans une théorie de la cicatrisation. De me dire que c’est presque cicatrisé parce qu’elle a même réussi à mettre un coton tige dans…

Il s’en est fallu de peu pour que nous ayons double ration de spaghettis lorsque j’ai imaginé le coton tige dans la plaie… et j’étais bleu comme un steak pas cuit.

Ceci dit, dès que j’aurai obtenu mon diplôme d’infirmière es pansements, je vais réclamer celui de masseur kiné es pommades, parce qu’après lui avoir lavé le dos, maintenant il faut que je le lui tartine (de pommade, évidemment). Ensuite, je réclame celui de cuisinier en chef.

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« Encore une fois, il faut que je rectifie la vérité…

Bien, nous mangions des spaghettis bolognese (quand il a commencé à préparer la sauce j’ai interrompu une conversation téléphonique pour me précipiter la faire moi-même !) lorsque notre bavardage porta une fois encore sur ma cicatrisation… J’étais en train de lui expliquer que l’infirmière m’avait dit d’utiliser un coton tige sur les plis de la cicatrice pour les sécher après la douche. 

J’ai pas eu le temps !!! À peine prononcé le mot coton tige que voilà mon JeanMi virer au gris foncé et toute une palette indéfinissable, se lever de table, aller visiter l’appartement, revenir m’engueuler de mettre un coton tige dans la plaie… et tout ça sans que je puisse rajouter un mot !

Ça s’appelle de l’incommunicabilité ou plus simplement de l’excès d’imagination signé JeanMi. 

Bon ce n’était pas très finaud de ma part de raconter ça en pleine ventrée de spaghettis, mais il fallait bien que je le rassure sur ma cicatrisation en lui expliquant que puisque je pouvais m’essuyer les plis de la cicatrice avec un coton tige, c’est donc que c’était bien cicatrisé. Il avait compris tout le contraire ! 

Il reste juste un petit bout récalcitrant à se refermer mais je vais pas y fourrer un coton tige tout de même! 

Et pour son diplôme d’infirmière mal rasé, il a échoué à l’examen… »

N’importe naouak. C’est vrai que c’est ma petite marrante qui a fini la sauce bolognese, mais pour la cuisson des spaghettis, c’est moi, parce qu’ils sont toujours trop cuits ses spaghettis. Et pour le diplôme, c’est juste parce que ça ne se fait pas d’être mal rasé quand on infirme, que je l’ai loupé, des fois qu’il y ait un poil de barde qui tombe dans la plaie. La prochaine fois, promis, je me rase.

Et puis ce matin, remettant sa prothèse, elle a encore joué les Picasso version new wave. Hier, la chose était trop sur le côté, ce matin elle était trop basse.

« Dis le barde, tu nous barbes ». Qu’elle dit la cigale.

Bon, parlons un peu de choses sérieuses. Nous avons la chance de ne pas être « précaires ». Mais dans Le Monde, on peut lire sous le titre  « Cancer et précarité : combattre la double peine » qu’en Seine-Saint-Denis, par exemple, où « la part de la population couverte par la couverture maladie universelle (CMU) est la plus élevée de France », où les revenus « sont 68 % inférieurs aux revenus parisiens. » Où « un tiers des enfants vivent dans un foyer à bas revenu (moins de 871 euros par mois), selon les données de l’observatoire régional de santé (…) le niveau de mortalité par cancer (248 décès pour 100 000 hommes) est supérieur de presque 30 % à celui de Paris. »

Ouais, mieux vaut ne pas être pauvre si vous êtes cancéreux. Qu’il dit le neveu.

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Posted in: Cancerland