Les joyeux zanniversaires (cartes postales de Cancerland 64)

Posted on 10 novembre 2013

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lgjmp72

« C’est aujourd’hui l’anniversaire de mon JeanMi. C’est aussi le premier anniversaire d’un des membres de notre tribu après le tsunanmi qu’a été l’annonce de mon cancer du sein.

Quel sorte de cadeau à offrir donc ? la victoire sur la mort ou l’amputation de mon intégrité physique ?

72tulipes-4Il faut une date anniversaire pour prendre conscience du chemin parcouru lors d’un évènement qui bouleverse sa propre vie et celles de ceux qui nous entourent. Pour prendre conscience aussi de ce à quoi on est attaché, ou plutôt de le mettre en lumière, car la conscience on l’a malgré tout.

Ce n’est pas l’anniversaire en soi qui est important, ça on en a l’habitude, (et puis Jean-Mi n’aime pas les zanniversaires. Qu’elle dit la chatte). Non, c’est que de date à date, le fil du temps a été, sinon rompu (je ne serais pas là pour écrire) tout au moins a-t-il été distendu, effiloché. Il a manqué de rompre faisant d’une date anniversaire à l’autre, un espace-temps inégal au regard des autres anniversaires.

Bien sûr il y a lieu de se réjouir d’être aux côtés de ceux qui nous sont chers et ce devrait être le seul motif de joie, mais il y a les cicatrices récentes encore fragiles, les souffrances subies, les inquiétudes. Et tout cela qu’on le veuille ou non, fait partie du paquet cadeau… Et tout cela rend compte du chemin parcouru, de la relativité d’un espace-temps (son accélération suite à un cataclysme vital).

Certes la réjouissance est présente mais aussi la cicatrice, au sens propre comme au figuré.

C’est la vie, c’est comme ça, y’a rien à faire… Oui je sais, j’ai entendu, et alors pour autant faut-il accepter benoitement la souffrance qu’on a infligé aux proches ? 

Et si cet anniversaire permettait juste d’offrir le cadeau de sa longévité et de confirmer que c’est NOUS, ensemble, qui l’avons terrassé le crabe.

Et si mon cadeau d’anniversaire c’était merci. »

C’est vrai que je n’aime pas les zanniversaires, surtout le mien qui tombe entre deux fêtes des morts, celle de tous les seins saints et celles de feu les poilus de 14/18. Qu’on salue les seins, moi j’aime plutôt ça, mais les saints déjà ! Et les glandus qui ont servi de chair à canon pour les intérêts du capitalisme, autant faire directement la fête du capitalisme. Et puis tout ces drapeaux qu’on voit fleurir partout… Beurk ! Moi, j’y vire le blanc qui est symbole de monarchie, et comme bleu et rouge, c’est moche, je ne garde que le rouge. Tiens, j’y ajoute une faucille et un marteau, mais noirs.

Et puis nos plus-socials-de-rien-du tout qui, non seulement nous vantent les mérites de la guerre, mais nous font le glorieux souvenir de 14/18 au nom de la patrie… Ils ont oublié que Jaurès avait été assassiné quelques jours avant le début de cette « grande guerre » pour cause de pacifisme… Fait étrange d’ailleurs, juste après la fin de cette guerre, son assassin, du joli nom de Villain (il suffit juste de modifier quelques lettres pour…) sera acquitté… Il sera néanmoins fusillé en Espagne en 1936, lors de la guerre civile, par des anarchistes qui, probablement, ne savaient même pas qu’il avait assassiné Jaurès… Comme quoi…

Ils vont avoir l’air malin, nos socialices, quand ils vont devoir célébrer le centenaire de l’assassinat de Jaurès en commémorant celui de la guerre de 14/18.

Dis Tonton, tu crois qu’ils savent qui c’est Jaurès !

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