Petits pois… (cartes postales de Cancerland 69)

Posted on 17 novembre 2013

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72jmpnov2013_3276bMa petite marrante devait sortir en banlieue, hier. Je me suis dis chic, enfin un après-midi tranquille où je ne vais pas la voir vautrée sur le lit, ou à enfiler des perles. Bon, pour les perles, ce n’est pas au sens figuré, elle a décidé de les enfiler pour tisser des fleurs qu’elle va donner à ses copines infirmières. Bref, elle devait sortir et manque de bol, les poids lourds font opération escargots, du coup, elle annule.

Font suer, ces poids lourds, ils ne peuvent pas se coller un bonnet rouge, ou un bonnet d’âne, plutôt qu’une coquille d’escargot ! Déjà qu’ils nous emmerdent sur les routes, si en plus ils font grève et ne livrent pas mes légumes pour faire la ratatouille prévue ce soir, je râle, nan mais ! Sont vraiment lourds ! Pourtant, ils n’ont qu’un petit poil (je ne dis ni poids ni pois) dans la tête.

Ouais, mais si elle ne sort pas, petite marrante, c’est qu’elle a aussi d’autres raisons. Qu’elle dit ma chatte.

« Il est super mignon mon JeanMi mais s’il pensait être tranquille hier, il ne s’imagine pas que moi aussi peut être… 

Je devais aller à une fête de filles comme j’aime, l’anniversaire de ma chère amie Cécile. J’avais d’abord décliné (pas en état, etc.) mais devant les trésors d’organisation déployés par Cécile pour qu’on vienne me chercher et me ramener, j’ai dis ok les copines j’arrive. 

Mais voilà…à peine avais-je dit cela que dans ma tête ça s’est mis à tintinnabuler ! Et un grand NON de prendre forme et de m’envahir. 

Envie de pleurer le soir à table dans le resto où JeanMi a voulu que nous allions…

Une évidence : pas encore prête à rejoindre le monde des « normaux » (ou en l’occurence celui des « normales »). Je m’y sens étrangère (rien à voir avec le plaisir de l’étrangère en voyage), décalée. Je suis encore dans un pays éloigné que je n’ai pas terminé d’explorer et que je ne me suis pas encore approprié. 

J’aime revoir mes amis, mais un par un. Je me sens comme une bête étrange et vivre cela en société me paraît à ce jour insurmontable. C’est un mal-être profond mais comme j’en connais la cause originelle, je sais juste qu’il me faut du temps. 

Voilà l’un des ravages collatéraux du cancer, surtout quand celui-ci a abouti à une mutilation. Je ne saurais pas dire si c’est précisément le cancer, l’amputation ou les traitements qui m’isolent à ce point, mais c’est comme ça, et je revendique cet état, et qu’on ne vienne pas me dire qu’il faut me forcer, réagir… Ma réponse serait vulgaire ! 

Bon alors les opérations escargot des camionneurs, moi ça me convient bien en ce moment, surtout si ça empêche de livrer les légumes pour la ratatouille de JeanMi. »

Quoi, encore une critique de ma ratatouille. je vais les lui faire cuire comme des escargots, les routiers, à ma petite marrante ; elle aime ça (les routiers je ne sais pas, mais les escargots oui).

Bon, ce soir, pour les légumes, ce sera une boîte de petits pois.

Dis Tonton, tu les peints en rouge tes poids !

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Posted in: Cancerland