Il faut dire les mots…

Posted on 16 décembre 2013

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lgjmp72

Bon, pendant cette pause de Cancerland, restons dans le joyeux. A lire sur Libé.fr, le témoignage d’une femme qui a « aidé à mourir » l’une de ses amies « souffrant » d’un cancer. Je mets des guillemets, parce que les mots sont de Libé, l’euthanasie étant encore un sujet dont on ne parle que par périphrase ou par euphémisme.

Bref, parlons un peu de l’euthanasie ou de sa périphrase, le droit à mourir dans la dignité.On avait parlé d’en faire un débat citoyen, ben non, que pouic du débat ! Il y a juste un « jury citoyen« , ou, ce qui est encore plus con, une « conférence de citoyens » choisis dans la plus grande opacité, et anonymes évidemment.

En gros 20 clampins ont été tirés au sort par l’IFOP, sensés être représentatifs de « la diversité de la société » pour faire causette pendant quatre week-ends.

M’est avis que c’est un sacré euphémisme aussi, qu’ils vont rendre sur l’euthanasie. Qu’elle dit ma chatte.

Certes, l’on sait que de faire du sujet un vrai débat va encore faire bondir tous les cathos crétins qui ont manifesté contre le mariage pour tous, mais on s’en tape de ces quelques milliers de tordus hurleurs qui polluent nos rues. Certes encore, il y aura bientôt des élections, alors pas question de mouiller nos culottes. Mais…

Pour y avoir été confronté trois fois, et trois fois dans l’impasse, je me fiche d’un jury anonyme et d’un comité d’éthique. Non, c’est de mettre les pieds dans le plat une fois pour toutes, ou les choses sur la table (pour périphraser encore) dont nous avons besoin. Bref, d’ouvrir un vrai débat sur l’euthanasie et le droit de mourir « dans la dignité », dont on sait qu’il s’en pratique environ 5000 chaque année en France.

En tout cas, aucun besoin de l’avis d’une vingtaine de ?? tirés au sort par un institut de sondages (qui au passage a dû s’en mettre plein les poches).

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La première fois que j’y ai été confronté, c’était pour ma grand-mère, tombée dans le coma suite à un AVC. Lorsque j’ai téléphoné au médecin pour lui dire qu’il fallait arrêter, elle venait de mourir. 

La seconde fois, c’était pour ma petite soeur, dont le cancer à la fin était invivable, mais elle a voulu se battre jusqu’au bout, il a donc fallu l’accompagner, respecter son choix. Je ne sais pas si elle est morte dans la dignité, mais encore une fois, c’était son choix de se battre.

La troisième se passe actuellement, avec mon père, il est donc difficile d’en parler. Depuis quelques années, il a sombré dans la sénilité (oui, c’est le mot employé par les médecins) et de plus en plus. Aujourd’hui, il est incapable de se nourrir, de… je vous passe les détails, et est en soins palliatifs. Nous en avons longuement parlé avec ma mère, et avons décidé de ne pas le « brancher », de ne pas le faire vivre artificiellement si son état empire. Mais il a encore parfois quelques éclairs de « conscience » (là, il n’y a pas de mot juste), il lui arrive de sourire, de reconnaître les gens, même s’il ne parle pas, il semble s’exprimer. Alors que faire ? Comme il ne parle pas, on ne sait même pas s’il souffre ou non. Il ne semble pas. Mais que faire dans un tel cas ? Et je ne pose cette question à personne, juste à moi-même, et à ma mère évidemment.

On ne peut pas parler ici de mourir dans la « dignité » – ni dans le cas de ma petite soeur d’ailleurs – qu’est-ce que la « dignité » vient faire dans une histoire où l’on doit vous torcher le cul et vous nourrir de blédine à la petite cuillère, et vous mettre sous perfusion lorsque vous n’en voulez ou n’en pouvez plus de la blédine ?

Et comment décider ? Que décider ? Quand ? Doit on le laisser mourir dans cette « indignité » (le mot est idiot, mais…) parce qu’il lui arrive parfois d’avoir quelques éclairs de conscience ? Là encore, ce sont des questions que je ne pose qu’à moi-même et à ma mère, ou à ses médecins. Mais personne d’autre n’a le droit de décider pour nous.

Moi qui suis pourtant favorable à l’euthanasie et à ce droit de mourir dans la « dignité, je le dis franchement, je suis incapable d’en décider pour le moment. Alors ce n’est certainement pas un comité d’éthique ni un prétendu jury citoyen qui va en décider à ma place. Ce sera uniquement le temps, le moment, et le réel. Ce réel qui me fera dire stop. Qui me fera dire oui, il faut euthanasier mon père.

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