Il faut dire les mots… 2

Posted on 18 décembre 2013

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Petit rectificatif à mon précédent billet d’humeur, les membres de la « conférence citoyenne » sur la fin de vie et l’euthanasie n’étaient pas 20, mais seulement 18.

Je viens donc de lire le rapport de 12 pages qu’ils ont pondu après quatre ouikends de causette, et, comme il fallait s’y attendre, ce n’est pas très causant.

J’en arrive donc directement à la conclusion qui préconise :

Qu’il faut développer les soins palliatifs… Tout le monde s’accorde sur ce point. Mais en ces temps où il faut faire des économies partout, même et surtout en matière de santé… ce n’est sans doute pas pour demain.

Que, pour les malades incurables et conscients, qui auront donné leur accord, soit autorisée la sédation en phase terminale et que le suicide assisté soit légalisé. Pour la première, dans les faits, c’est déjà souvent le cas (même si c’est officieux), pour la seconde, ce serait une avancée.

Enfin, que pour les malades incurables et inconscients, qui n’auront pas donné leur accord, et ne pourront donc pas bénéficier de sédation terminale ou de suicide assisté, l’on crée une exception d’euthanasie, mais strictement encadrée. Si strictement que…

Je cite l’encadrement, « Ces cas strictement encadrés seront laissés à l’appréciation collégiale d’une commission locale ad hoc qu’il conviendra de mettre en place. La composition de chaque commission devra être mixte et intègrera l’équipe médicale concernée par le cas mais également le médecin référant du patient, un médecin extérieur à l’hôpital concerné et un représentant du comité d’éthique de l’hôpital afin de refléter la pluralité des points de vue. Pour chaque cas, elle se réunira dans un délai raisonnable qui n’excèdera pas 8 jours. »

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Je précise un peu. 

Les soins palliatifs, tout le monde connaît et reconnaît l’insuffisance de leur développement. 

La sédation en phase terminale, cela consiste à endormir le plus possible le malade pour qu’il souffre le moins possible jusqu’à ce que zoust, exit, il s’endorme définitivement, et une tombe. Mais il faut que le malade ait donné son accord avant, de même que pour le suicide assisté.

Mais que se passe-t-il lorsque le malade n’a pas donné son « consentement » sous forme de ce que l’on appelle « directives anticipées » ? Telle est la seule vraie et unique question (avec celle du suicide assisté), et celle qui se pose la plupart du temps, tout simplement parce que lorsque vous tombez malade ou êtes victime d’un accident, vous n’y avez jamais pensé auparavant (ça n’arrive qu’aux autres), et qu’il est difficile d’anticiper sa mort. Mais bing, ça vous tombe sur la tronche, vous perdez « conscience », et n’êtes plus en mesure de donner quelque « consentement » que ce soit ?

Doit-on alors vous laisser trainer dans un mouroir ? Ou doit-on abréger vos souffrances ? Couper votre vie ? Vous donner la mort ? Bref, doit-on vous euthanasier ?

Oui ! C’est mon choix personnel en tout cas, et comme je le disais dans mon précédent billet, seul le réel détermine l’heure de ce choix et s’il est à prendre. Mais s’il faut attendre la réunion d’une dizaine de personnes, dont la moitié ne connaissent pas le dossier du malade, et qui devrait se réunir en 8 jours… Faut pas pousser Mémé dans les orties, l’accord de la (ou des) personne(s) de confiance, du médecin traitant et du médecin référant suffisent. Il y a des cas où huit jours (si l’on rêve d’avoir en si peu de temps, le temps de réunir une commission collégiale…) sont huit jours de souffrance en trop. 

Alors oui, soit l’on organise un vrai débat sur l’euthanasie et, en ne voilant pas les mots, sur le choix à donner la mort lorsqu’il le faut (plutôt que de parler de mort « dans la dignité »), soit on continue à laisser faire les choses dans l’opacité, ce que je n’hésiterai pas à faire pour mon père quand le moment sera venu.

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