Nan mais ! (cartes postales de Cancerland 79)

Posted on 1 janvier 2014

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Ras la soupière de Cancerland. Ma petite marrante voulait me faire écouter une émission sur la fin de vie qu’elle avait podcastée sur France Inter, ce matin, alors que je n’avais pas encore fini mon café, puis un truc enregistré sur Canal +, avec la ministre nunuche des familles, pardon, la ministre socialmachin des familles (dont nous avons déjà parlé), alors que je n’avais pas encore digéré mes croissants.

Ouais, ras la soupière que je lui ai dit ! D’abord, c’est jour de l’an, et je vais à la messe faire confesse. Puis je suis en train d’écrire un truc sur l’antisémitisme de Céline (à ne pas confondre avec l’Aline de la chanson), puis la chatte a faim, puis la cigale et la fourmi sont en train de composer une chanson, puis le neveu m’emmerde avec sa vraivolution qui n’aura jamais lieu, puis je suis mal poilé ! Nan mais ! Alors le crabe, tu le mets dans une gamelle et tu le fais bouillir ! Nan mais ! 

Et puis je lui laisse la parole pour relire tranquillement les insanités de Céline, que sinon je vais crier Aline… Et j’ai crié, Aline, Aline, pour qu’elle revienne. Et j’ai pleuré, pleuré. Oh, j’avais trop de peine…

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« Ce matin je voulais réécouter l’intervention de Dominique Bertinotti interviewée dans le supplément de canal +. 

Déboule mon JeanMi la mine déconfite et qui me dit qu’il en a quelque peu assez de ne parler que de « ça » et qu’on pourrait un petit peu passer à autre chose. T’es pas d’accord ? me demande-t-il. J’aimerai répondre oui ok, parlons de la technique du macramé !

Mais voilà comment oublier son cancer du sein quand à chaque fois que je passe devant une glace sans ma prothèse, ça me saute à la tronche. Quand je lève le bras j’ai ma cicatrice de 23 cm (elle a augmenté depuis la dernière opération) qui me dit « coucou je suis là ». Quand tous les soirs j’avale mon petit copain hormonothérapique et que toute la journée j’ai de si sympathiques « effets secondaires ». Quand chaque matin j’inspecte cette plaie pour vérifier si il n’y a pas de grosseurs suspectes.

Et puis maintenant que madame plaie l’a bouclé et s’est transformée en cicatrice, je fais de la kiné  pour les adhérences et le bras coincé, et je vois enfin mon ostéopathe aux doigts d’or.

Hein ? Comment passer à autre chose ?

C’est une évidence, on vit « avec » et on ne l’oublie pas. Il y a eu un avant et il y a un après, et voilà c’est un fait.

Je reste quelqu’un de normal comme « avant », mais incontestablement différente, il faut apprendre cet « après »… J’adore rire, voir des copains, me balader, lire, espérer et organiser des voyages et des projets personnels, ça cela n’a pas changé, je dirai même que j’en voudrais deux fois plus. Je sais aussi que je jouirai de ces plaisirs autrement parce je suis maintenant différente. Un mal pour un bien ? Foutaise que je réponds ! 

Une chose est sûre, on est désormais marqué d’un sceau mental indélébile qu’on portera ad vitam. Comment oublier alors qu’il va y avoir le prochain contrôle, précédé d’examens et que la trouille au ventre on attend le verdict ? Hein ? 

Ca ne veut pas dire qu’il convient d’afficher une morosité permanente, de ne se présenter au reste du monde que comme la perpétuelle victime en demande de reconnaissance du « label cancéreuse ». 

Il y a souvent des moments de drôlerie, de franche rigolade, de délectation d’un bon repas ou d’un bon vin… Mais l’espace d’un moment joyeux, nous fait-il pour autant oublier « ça » ? Probablement que oui, mais nous, on sait tout au fond de soi que c’est là, que ça guette, peut être au tournant d’un contrôle et qu’on a perdu à jamais l’innocence ou plutôt l’insouciance du bien portant. 

Peut-être suis-je encore trop fraîche dans ma rencontre avec le crabe, 6 mois seulement, mais je sais que même si tout est entrepris pour lui clouer le bec, mon tête à tête avec lui est loin d’être terminé. 

Sur les réseaux sociaux traitant de la question, interviennent au côté de petites « nouvelles crabeuses » comme moi, des nanas atteintes ou en rémission depuis plusieurs années. Comme quoi… 

« Il » nous a squatté le(s) sein(s) et il occupe nos têtes !  

Voilà c’est dit ! 

Et si on pensait maintenant aux fêtes de fin d’année, hein? »

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Ouais, mais c’est pas tout que ça ! En attendant le champagne que l’on remplacera peut-être cette année par du cidre de glace, moi, il faut que je me recolle les insanités de Celine. Je cite, en pleine occupation Allemande (mais il y en a des pires) :

« La présence des Allemands les vexe ? Et la présence des juifs alors ? Plus de juifs que jamais dans les rues, plus de juifs que jamais dans la presse, plus de juifs que jamais au Barreau, plus de juifs que jamais en Sorbonne, plus de juifs que jamais en Médecine, plus de juifs que jamais au Théâtre, à l’Opéra, au Français, dans l’industrie, dans les Banques. Paris, la France plus que jamais, livrés aux maçons et aux juifs plus insolents que jamais. Plus de Loges que jamais en coulisse, et plus actives que jamais. Tout ça plus décidé que jamais à ne jamais céder un pouce de ses Fermes, de ses Privilèges de traite des blancs par guerre et paix jusqu’au dernier soubresaut du dernier paumé d’indigène. Et les Français sont bien contents, parfaitement d’accord, enthousiastes. » 

Telle est l’une de ces insanités qu’écrivait Céline en 1941 dans « Les beaux draps »… 

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Aujourd’hui qu’une certaine quenelle est à la mode, on se demande vraiment si…

Allez hop ! Au goulag Céline, et ses sous plagiaires à deux balles d’aujourd’hui (tiens, je n’ai pas fait exprès d’écrire pour deux balles le M’Bala, mais ça rime presque). Si encore ces sous plagiaires avaient le talent d’écrire la moitié d’une ligne du Voyage au bout de la nuit… Mais même pas, rien que de la nuisance et de l’insanité… Allez hop ! au bout de la nuit sibérienne qu’on les colle ! Je précise que c’est ma chatte qui s’exprime en ces termes chatriés, et que les miens seraient pires.

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Bref, l’année 2013 est close et l’année 2014 commence à déclore. Alors soyons un peu de fête… avant de s’en prendre plein la tronche… avec la hausse des impôts, de la TVA, du gaz, des clopes, de… et même (ou merdre) de la quenelle, bref, de tout, et du chômage qui va avec.

Sans parler de celle de la connerie qu’on va voir déferler avec le fhaine. Qu’il dit le neveu.

Et pour en revenir à la Sibérie, l’année 2013 a été marquée par le séquençage du génome d’une Néandertalienne de Denisov (qui, comme son nom l’indique, se trouve bien en Sibérie). Par contre l’on ne parvient toujours pas à séquencer le génome du blé, mais si Monsanto s’en mêle, ce sera peut-être pour 2014.

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Bonne année 2014 donc… Nan mais !

(©jmplouchard 2013, école Vitruve Paris XX, « Cent titres » de Jim Burnet)

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