Le cache-temps (cartes postales de Cancerland 80)

Posted on 24 février 2014

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lgjmp72

Lorsque vous avez pris un abonnement à Cancerland – pas moi, en l’occurrence, mais ma petite marrante et ses carcinomes (joli nom, vous ne trouvez pas) dont l’un, stupide qu’il est, a décidé d’être infiltrant – vous vous dites qu’il y aura des pauses. C’est d’ailleurs ce que l’on vous confirme après vous avoir mastectomisée, « revenez dans six mois qu’on vous dit ». 

Mais je dois avoir une étrange conception du temps parfois – oui, c’est le temps du temps qu’il faut – parce que si tout le monde sait que le temps prend parfois son temps, s’il peut aussi devenir un passe-temps, il doit encore lui arriver de se transformer en cache temps – ce qui est nettement moins drôle que de jouer à cache-tampon, puisqu’il file si vite qu’on ne le voit pas passer.

Bref ! Six mois qu’on nous avait dit, ce sera le temps de la pause avant les prochains examens ! Et pause cause toujours que je réponds, parce que si je ne m’abuse, notre dernière carte postale de Cancerland date du 1er janvier, nous ne sommes pas encore fin février, et comme ce n’est pas année bissextile, la pause n’aura donc pas duré deux mois.

Remarque, on peut aussi mastectomiser le temps. Qu’elle dit ma chatte. Mais pour le rapport avec le bissextile, je ne vois pas.

Moi non plus. Qu’elle ajoute petite marrante.

Ben oui, la grande leçon : il faut prendre son temps ! 

Le temps de se rentrer dans la caboche qu’on a plus le même corps, le temps de digérer le tourbillon médical dans lequel on a soudainement été propulsé, le temps d’amadouer ses peurs, le temps d’amadouer ses effets secondaires, le temps de s’installer dans une nouvelle dimension temporelle extra professionnelle, le temps de découvrir ceux qui sont restés nos amis et ceux qui ne l’ont jamais été, le temps d’assimiler le rythme des prises de médocs, le temps d’accepter sa fatigue intempestive, ses cheveux qui tombent, le temps de… Vous en voulez encore ? 

Ouais, le temps de faire – parfois – un peu silence. Qu’il pense très fort le Jean-Mi, mais la chatte le dit à sa place…

Vous l’avez peut être mieux compris que JeanMi et moi ! Nous, on croyait à une pause mais la réalité depuis six, huit, ou deux mois, c’est  que le quotidien de Cancerland est toujours là, et il va falloir que nous prenions le temps de l’assimilation. 

Quelle pause peut il y avoir entre les séances de kiné, les contrôles réguliers en tout genre pour voir si crabus n’a pas fait de bébés, les bobos des effets secondaires de l’hormonothérapie et… la prothèse omniprésente ? 

Et puis le temps ne doit pas nous leurrer. Ça aussi on l’apprend. Ça n’est pas parce qu’il passe et se déroule, qu’il est un sparadrap. Tenez, nous pensions voler un peu de temps au temps en nous éloignant quelques jours ; mais croyez-vous qu’il n’y a pas de miroirs, où que vous soyez dans ce monde, et qui vous renvoient à la réalité de votre mutilation ? On l’emporte avec soi et le temps, sauf à le remonter, est le grand impuissant de cette affaire !

Avec le temps va tout s’en va….. Tu parles ! Et je ne vous chante pas la suite… 

Au fait je ne parle pas de la météo, j’espère que vous aurez eu le temps de le comprendre !!!! 

Mazouga

On s’en fiche de la météo, puis c’est l’hiver, et c’est toujours moche, un temps d’hiver, sauf si vous aimez l’hiver et le temps stagnant. Mais comme le disait ma chatte, on peut – enfin non, mais on peut essayer quand même – de prendre le temps de faire silence. Sauf que… Il y a des jours – souvent… encore une question de temps – où ce temps de silence est bien plutôt celui d’un faire semblant.

« C’est pas pour dire, mais ils se sont encore barrés en sucrette. » Qu’elle demande la cigale à ma chatte.

Et je te l’accorde. En fait, en parlant du cache-temps qui ne cache en rien le temps qui passe, et souvent te dépasse, je me disais que l’on allait encore faire dans la redite de Cancerland. Et en effet !

Mais comment faire autrement lorsque vous baignez quotidiennement dans un panier de crabes – et ce n’est pas une métafiore. Parce que bla-bla-bla, mais oui, vous baignez dedans.

Vous avez beau tenter d’abstraire, de faire silence, de faire semblant, de… Tiens… non, je ne le dis pas… si… d’aller vous faire traire en allant faire les courses à Nonoprix… Bien, non, il reste le jus. Et le jus de crabe, rien que l’odeur, ça ne te donne même plus l’envie d’ouvrir une boîte de crabe. Et quelle que soit la couleur de la météo.

On s’en fiche de la météo. Qu’elle redit ma chatte. Mais z’êtes pas obligés de faire dans la sinistrose.

Tu préfères la métafiore aujourd’hui ? Bon, alors je te fais l’explication du cache-tampon – à ne pas confondre avec le cache tarte-en-pionts qui sera pour une autre histoire.

Le cache-tampon, donc, cela consiste à planquer un truc dans un coinsto bizarre, que toi seul connait, et à demander à tes potes de trouver le truc machin planqué. Leur dire qu’ils crament s’ils s’approchent du chose machin, ou qu’ils s’arctiquent s’ils s’en éloignent. Et c’est le premier qu’a trouvé qu’a brulé. Chouette non ?

Ben l’histoire du cache-temps, ça y ressemble un peu – parfois, tout est dans la nuance – sauf que tu joues à cache-cache entre celui qui s’arctique et celui qui crame.

Mazouga

Et la suite sera pour une autre histoire, comme la vraivolution d’ailleurs… Tiens, paraît qu’il y a un pays qui ressemble un peu à de l’urticaire (à ne pas confondre avec de l’arcticaire) où c’est qu’ils font une révolution pour remplacer un facho par d’autres fachos. Mais cela doit dépasser mon en-temps-dement.

Et pour la vraivolution, on verra demain. Qu’il dit le neveu résigné.

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