De l’irréalité du volcan (cartes postales de Cancerland 81)

Posted on 30 avril 2014

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lgjmp72

Aucune envie d’écrire aujourd’hui, et ça tombe bien, parce que Petite Marrante l’a fait à ma place, alors je lui laisse la parole…

« J’ai appelé ce texte réalité. 

Ça fait un bout de temps qu’on a pas causé de Cancerland, et comme j’y suis retournée la semaine dernière j’ai envie de raconter…

J’arrive à l’accueil et j’ai la surprise de m’entendre dire bonjour Madame P. par la réceptionniste. Flattée qu’elle est, Petite marrante, qu’on ne l’ai pas oubliée ! Remarquez entre août et décembre dernier elles (les réceptionnistes) ont eu droit à ma bobine quotidiennement.  Mais quand même, avec toutes les mono nénés et sans nénés qui passent tous les jours dans ce royaume du cancer, se souvenir de mon nom me flatte !  Voui, voui. On a les petites célébrités qu’on peut ! 

Bon je vais en salle d’attente pour mon rendez-vous et atterrissage direct à réalitéland : une dame, la cinquantaine, assise face à moi éclate en sanglot. Moi, il ne m’en faudrait pas plus pour l’accompagner…Tout de même je me lève et lui offre modestement, humblement, timidement mon paquet de kleenex. Elle me remercie d’un signe de tête et après un moment finit par me dire que sa fille va mourir, qu’elle n’a que elle dans la vie et qu’elle est mal voyante. 

Là dans ma tête c’est comme dans les BD, je vois une tête de mort suivie de spirales, et d’éclairs…

Bon je passe sur mon rendez-vous, bobos articulations, cicatrice, etc., etc., je vais faire un petit coucou à mes copines infirmières et je rejoins une autre copine sans néné qui, elle, était là pour sa séance de chimiothérapie.

Et l’on en arrive au voyage au cœur du volcancer…

Alors, je vous raconte comment ça se passe ? Les postulantes à l’injection chimio doivent d’abord se faire inscrire auprès d’une infirmière et là, vrai de vrai, c’est le jeu des chaises musicales.

On arrive devant un couloir ; à l’entrée de ce couloir il y a une quinzaine de chaises alignées le long du mur à droite et au bout il y a le bureau de l’infirmière. Donc quand une finit son inscription, celle qui est sur la première chaise (près du bureau) se lève, et les quatorze derrières se déplacent d’une chaise libérant la quinzième pour qu’une patiente (la bien nommée) qui attendait debout puisse s’assoir, afin de progresser jusqu’à la quartozième, et ainsi de suite jusqu’à la première…

Mais ce n’est pas fini : le bureau de l’infirmière étant au milieu du couloir, il y a après, contre le mur de gauche cette fois ci, une autre série d’environ une quinzaine de chaises pour celles qui sont les heureuses élues à l’injection… Et le jeu des chaises musicales se perpétue pour atteindre le fauteuil attendu, vous l’avez compris, après plusieurs heures!

Quand je suis arrivée rejoindre ma copine elle était à trois chaises de l’infirmière pour son inscription, ce qui m’a permis, tout en blablatant, de tester ma résistance au cri qui voulait s’échapper de ma gorge !

Et bien oui, merde, croyez moi, si certaines tentent de cacher leur souffrance derrière des perruques, du maquillage, des foulards… ce couloir hurle la douleur, la désespérance. Et je ne  parle pas de celle qui sort du fameux fauteuil soutenue par une infirmière, parce que la tête elle tourne, qu’elle a envie de vomir.

Quel couloir !… Mais mettez quinze cancéreuses en rang le long d’un mur, vous aurez quinze femmes papoteuses magnifiques de dignité!

Parce que dans ce couloir on y vient chercher la vie. Et elle est bien là, la criante réalité.

Donc, avec ma copine, comme elle avait au moins deux heures d’attente encore, après avoir parcouru la moitié du couloir et dépassé le bureau de l’infirmière, on est allée manger sur un banc du jardin du Luxembourg.

Non mais, qu’est ce que vous croyez, rien ne nous arrête, et ce n’est pas un petit couloir d’une trentaine de chaises qui nous coupera l’appétit. « 

Bon, qu’est-ce que voulez que j’ajoute à ça ? Ah si, une recette pour vous couper l’appétit, il vous suffit de lire l’article de Libé « Exécution en Oklahoma : un ratage et 43 minutes d’agonie« , et c’est régime assuré.

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Posted in: Cancerland