Comment devenir chèvre, ou ne pas…

Posted on 14 janvier 2015

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Il arrive parfois des moments où l’on se dit qu’il vaudrait mieux se taire que d’aller traire la chèvre, tant la parole est vaine, superflue, inutile, voire totalement stérile ; ou parfois qu’elle vous cloue entre une envie de rire de joie et un dégoût à vous faire vomir -tiens, comme lorsque le lait de la chèvre a tourné ; quelquefois aussi – souvent – parce que les mots vous étranglent tant vous semblez étranger en ce monde étrange qui est pourtant le vôtre, un peu comme si vous alliez traire la chèvre en costard-cravate.

Il va pas, le Jean-Mi. Qu’elle dit ma chatte. Quand il fait dans le romantisme agraire, c’est qu’il ne va pas du tout. Dis-moi donc, mon Titi, quoi que t’as que tu veux venir le pleurer sur mon épaule ?

Ben je n’ai rien, enfin si, un peu, snif. Dimanche, je suis allé à la manifestation suite au massacre, entre autres, des Charlie Hebdo par une poignée de débiles sanguinaires ; manif qui, pour moi, devait symboliser l’affirmation de la liberté d’expression, et… et bien oui, je me suis retrouvé dans un autre monde, un peu comme lorsque ma chèvre débarque en string chez mon banquier lorsque j’y suis à négocier un prêt pour une machine à traire.

C’était beau cette foule immense, c’était vraiment beau. Plus beau qu’une manif de 1er où l’on vous vend du muguet poussé artificiellement dans des serres et que l’on enserre – comme vous dès le 2 mai – à coups d’euros ou de dollars, dans des serres en plastoc qui vont finir polluant les tréfonds d’un quelconque océan, pacifique ou non d’ailleurs ou surnagent les yachts de ceux qui se repaissent sur votre dos – d’âne – des euros ou des dollars issus de la vente des serres et du muguet qui pourrira dedans.

Oui, c’était beau, cette immense foule triste et digne, et je me suis dit que, pendant un instant peut-être que… enfin que peut-être, ou je ne sais quoi, parce que mes yeux rêveurs se sont posés sur mes godasses et, du coup, se sont arrêtés de rêver.

Et plof, qu’ils ont fait mes yeux, et mes rêves avec. Et je me suis mis à regarder cette foule avec mes yeux d’agoraphobe en me demandant ce que je foutais là, plantée au milieu de cette masse encadrée par des CRS et des poiliticards de tout bord. Et pour me dépaître de mon agoraphobie, je me suis mis à ne penser qu’aux poilticards venus faire les pleureuses à la mort des Charlie Hebdo en pensant à la prochaine guerre qu’ils vont faire parce qu’en dehors de faire des guerres, ils ne savent pas comment jouer sur leurs playstations du monde.

Quant à cette foule triste, elle m’éberluait qu’au milieu d’autant de sang versé en ce monde, elle restait, belle et digne, presque aussi digne qu’à un enterrement – et c’était peut-être l’enterrement de la liberté que cet assassinat de Charlie Hebdo – mais belle et digne aussi, cette foule, comme le troupeau de moutons que la brebis – ou la chèvre – en chef mène au bord de la falaise pour que le troupeau sombre.

« C’est joli, un troupeau sombre. » Qu’elle dit la cigale. « Tu leur donnes des sombres héros, et je vais en faire une chanson. »

C’est déjà fait. Que répond ma chatte en lui collant une torgnole pour qu’elle se taise un peu.

HKflic_970x641Oui, c’est joli parfois, mais ce peut-être aussi foutaise qu’une foule encadrée par une légion de CRS-SS – si, si, ils le sont et le resteront toujours – et que, ô rage, ô desespoir, cette foule venue pleurer les morts de Charlie a applaudi. Pauvre Charlie, si tes créateurs avaient vu cet ovationnage de CRS-SS, ils en auraient crevé de rire. Et plutôt crever de rire, que de claquer sous les balles d’une kalach, arme que d’ailleurs certains des présidents dirigeants ce troupeau savent fort bien manier.

Une cinquantaine de ces présidents étaient présents, ce qui déjà aurait fait recrever en un harakiri sublime les fondateurs de Charlie ; et parmi ces illustres présidents, outre les apôtres du capitalisme le plus stupidement sauvage, figuraient aussi en bonne place quelques dirigeants de républiques par banannières pour un sou, ni despotiques pour un centime, et surtout pas dictatoriales que si vous y prononcez le mot, on vous colle en prison – lorsqu’on ne vous arrose pas à coups de kalach.

Ne manquait que le pape pour bénir cet enterrement d’anarchistes d’un « mon dieu, je vous ai enfin compris, d’ailleurs, Jésus n’était-il pas anarchiste, et je vous promets que le prochain pape sera une papesse lesbienne. Trois fois crevés de rire qu’ils en auraient été auréolés nos chers pères fondateurs de Charlie, et que dieu ait leur âme.

Et que dire encore de tous ces drapeaux tricolores portés comme une grimace, un pied de nez stupide, par une partie de cette foule, comme si l’enterrement de Charlie était celui d’un certain Jean-Marie et de sa nichée, juste à la sortie d’un match de foot. Ces drapeau dont personnellement je ne conserverais que le rouge. Et pour tout dire, si un tel carnage avait eu lieu dans les locaux du Figaro, je serais descendu dans la rue aussi, mais c’est de honte aux joues que le rouge me serait monté si y étais allé avec mon drapeau rouge.

reiser hkh38Mon dieu – et tous les dieux aient son âme – me suis-je dit, que suis-je donc venu faire dans cette galère ? Et je suis rentré chez moi, la langue toute aussi pendante que ma queue d’impuissance. Tiens, même Filou 1er était présent à cette messe d’anarchistes ! S’ils avaient pu réveiller De Gaulle de son cimetière des Deux Eglises, sûr qu’ils l’auraient fait venir, et pourquoi pas Pétain aussi, puisque même un certain maire affidé au Front National – dont je ne citerai pas le nom de peur de ternir mon humeur déjà maussade – était aussi présent.

Oui, je suis rentré chez moi, ou plutôt au bistrot du coin, celui qu’est juste au coin d’où c’est que je vais me fournir en joints de cul-lasse par des musulmans pas trop catholiques qui me disent « Ah ouais, Charlie, c’est ç’ui qu’a dessiné les caricatures du profet. »

Et que oui-da ! Il y a des moments où je me dit qu’il vaudrait mieux aller traire la chèvre, plutôt que de se perdre dans une manif pour pleurer ses potes.

Mon pote Reiser, tu sais quoi, à la météo, la grenouille avait annoncé de la pluie dimanche. Et il n’a même pas plu ! C’est con, non !

Oui, c’est con, qu’elles disent mes bestioles alors que le neveu caresse tendrement l’araignée que j’ai dans le plafond en pensant que la révolution, ce sera peut-être pour dimanche prochain, juste après la messe.

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Posted in: Raz-le-bol