Six heures moins vingt avant la révolution

Posted on 2 mai 2015

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lgjmp72

La tête sombre d’une nuit close, je referme un livre. Pas le moindre intérêt, ce livre. Le truc d’un écrivain qui écrit à la chaîne, comme un prolo de chez Reno-Pigeot, sauf que le chaîneux de la plume est sans doute mieux payé que celui qui visse boulons après boulons, ou même que celui plus moderne qui appuie sur le bouton d’une machine qui fait visser les boulons sur les vices d’une Pigeot-Citronvert qui lui coûtera un ou deux ans de salaires alors qu’à l’écrivain sans talent elle n’aura coûté que la sueur de l’encre qui sort de son stylo ou, s’il est moderne lui aussi, que la sueur qui s’écoule de ses doigts lorsqu’il frappe sur son clavier d’ordinateur.

« Le Jean-mi, il n’aurait pas l’angoisse de la page blanche, lorsqu’il écrit ça ? » Qu’elle demande la cigale à la chatte.

Non, il a plutôt l’angoisse de la nuit close dans un monde blanc comme un drap mal lavé qui lui servira peut-être, un jour lointain, à se pendre, s’il parvient à l’accrocher au lustre made in Ikéba via la Chine de Taïwan, ou d’un autre quelconque Bangladesh où le prolo bouffe son chat, à défaut de bouffer le rat que le chat a déjà bouffé, alors que l’écrivain, toujours enchaîné à sa chaîne, médite sur la plage blanche d’un monde blanc en se disant qu’après tout, il est presque deux heures du matin et que, n’ayant que faire de déchaîner le monde, il pourrait peut-être se coucher dans ses draps douillets avant de penser à se pendre un jour – ce qui d’ailleurs lui arrive rarement. Qu’elle répond ma chatte, alors que le neveu dort déjà en rêvant encore et encore à une improbable révolution.

(…) Il va sans dire qu’en me relisant ce matin, je me suis dit que… mais il vaut mieux que je le garde pour moi tant c’est insignifiant. Quant à la révolution du neveu, je lui accorde grâce pour la matinée.

T’es sûr que t’as bien écrit « grâce » ? Qu’elle demande ma chatte, ce à quoi je ne lui répondrai pas plus que si elle me demandait de différencier vis et vice, ou vis et versa.

Bref, nous sommes encore nuit du 2 mai, et, comme il se doit, hier nous étions le 1er mai. Dans cette nuit d’entre un et deux, j’ai failli titrer ce billet d’humeur, « la foire aux prolos », puis je me suis mélangé les pinceaux et c’est devenu « la poire aux frolos », ce qui ne veut rien dire. J’ai donc ouvert un livre qui ne veut rien dire lui aussi, avant que me dire que… rien en fait, ou que comme pour la révolution du neveu, il nous faudra encore attendre le 3, puis le 4 puis…

Puis je me suis perdu en route entre République et Nation, le temps, non pas d’attendre une révolution que je ne verrai jamais venir, mais de me tremper les godasses sous la pluie jusqu’à m’en mouiller les genoux et que je réalise qu’à six heures du matin ce 2 mai, j’avais loupé le traditionnel défile du 1er. Et merdre !

Ben oui, merdre ! J’ai déjà loupé le cassoulet de la fête de l’Huma en septembre, voilà maintenant que je rate le défilé du 1er mai. Va falloir que j’attende la fête de la rose pour sortir ? Ou que j’attende que la droite vampirise le républicain de la nation ? Ou que l’extrême droite s’annexe tous les nationalistes de la république ? Ou c’est simplement que je deviens vieux et con ?

Tu ne devrais pas te poser ce genre de questions. Qu’elle dit ma chatte. Tu vas finir avec le mal de tête.

Certes ! Mais tu avoueras quand même que des fois…

Oui, il y a des nuits comme ça où l’on ne sait plus compter les jours, ceci-dit, à force de compter… Tiens, essaye donc de compter les moutons, mais en ordre décroissant, ça te fera peut-être patienter jusqu’à la prochaine révolution.

reiser hkh38

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Posted in: Bof Bof...