Mille et une…

Posted on 12 août 2015

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lgjmp72

J’aime beaucoup Les mille et une nuits, surtout du fait qu’à ma connaissance aucune version n’est parvenue jusqu’au dénouement de la mille et unième dont on ne connaît donc la fin que par extrapolations. C’est ainsi que l’on admet généralement qu’après avoir totalement charmé le sultan par ses contes, Shéhérazade put passer mille et une autres nuits entre ses bras, ce qui est fort reposant lorsqu’il vous a fallu causer les mille et une nuits précédentes. Bref, s’il devait y avoir une morale à cette histoire, c’est qu’à force d’histoires imbriquées la petite Shéhé obtint de survivre 5,4849 années et des poussières de plus que les précédentes épouses du sultan, ce qui est un exploit lorsque l’on connaît les moeurs barbares de cette époque et que le comportement des hommes avec les femmes ne valait guère mieux que celui de cromagnon avec cromagnone.

André Miquel, l’un des plus éminents traducteurs et commentateurs des Mille et une nuits, lassé sans doute de ne jamais en trouver la fin, inventa un lendemain de la mille et unième nuit en lequel il fait dire à Shéhérazade, « Je suis jeune, très jeune, ô roi, mais de toutes les choses que j’avais apprises, je savais que le plaisir d’amour s’épuise et que, arrivé là, tu me tuerais. Heureusement pour moi, je savais aussi qu’il en était un autre, de plaisir, celui de connaître, et que celui-là ne s’épuise qu’avec notre propre mort. Dès lors que je te le donnais, dès lors que tu le recevais, tu étais à moi, et pour toujours. »

Certes, le plaisir d’amour finit souvent par s’épuiser, mais le bipède a inventé des pilules de toutes sortes de couleurs pour le prolonger, par contre, il n’a pas encore inventé la pilule à prolonger le plaisir de connaître lorsque vous souffrez d’alzheimer ou de toute autre dégénérescence neuronale, ni lorsque vous vous comportez comme cromagnon avec cromagnone – ou comme parfois cromagnone avec cromagnon.

Edgar Poe, lassé peut-être lui aussi de ne jamais connaître le vrai dénouement de la mille et unième nuit, en inventa une mille et deuxième – ce qui équivaut à un lendemain de la mille et unième, enfin il me semble – en laquelle Shéhérazade raconte au sultan une histoire si emberlificotée où, par exemple, les oiseaux et les abeilles sont moins stupides que les meilleurs de nos mathématiciens – pour ne rien dire de nos politiciens – que le sultan enfin lassé de son verbiarge en revint aux bonnes us et coutumes de cromagnon. Et zoust, dès le petit matin du mille et troisième jour, il fit couper la tête de la petite Shéhé – qui en devint encore plus petite – et se prit une nouvelle épouse, moins bavarde, à laquelle il fera couper le cou le lendemain matin pour s’en trouver une autre, et…

Et que fera-t-il après épuisement des stocks ? Qu’elle demanderait ma chatte.

Euheue ! Comme aurait pu le dire Shéhérazade si on lui avait laissé un peu plus de temps, ce sera pour une autre histoire.

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