J’ai des trucs… (Cartes postales de Cancerland 86)

Posted on 13 septembre 2015

0


lgjmp72

J’ai des trucs ! Vous me direz, « et alors ! à chacun son truc ! y’en a qu’ont des trucs qui font crac boom hue ! d’autres des trucs comme des machins ! y’en a même qui prennent des machins pour des trucs !… » Bref, que chacun a au moins un truc. Tiens, ça me fait penser à un mec qui louche, mais que tu ne le vois pas quand il porte des lunettes, et lorsqu’il ôte ses lunettes, tu ne le vois pas non plus, parce que ses yeux prennent la place l’un de l’autre. Ceci pour dire qu’il y a même des trucs qui ne se voient pas – même s’ils empêchent le mec d’y voir – sauf s’il s’agit d’un éléphant. Il y en a aussi qui ont des trucs à stigmates, mais ça, j’en parlerai un autre jour. Bon, je ne vais pas m’étendre sur toutes les différentes sortes de trucs – quoi que sur certains… pourquoi pas – étant donné que le truc étant un peu comme la stupidité, l’un des lots les plus communs de l’humanité…

Donc, j’ai des trucs, mais rassurez-vous, je ne vous parlerai pas de mes trucs trop intimes, j’en parlerai peut-être un autre jour, sauf si l’éléphant me défend d’y voir. Non, moi, j’ai juste des trucs banaux comme des canals – ou banals comme des canaux. On me les a découverts il y a un peu plus d’un an lorsqu’un médecin qui ne savait pas quoi faire ce jour-là a décidé de me numériser. Je l’avoue, je me trouve plutôt pas mal en version numérique, non seulement on voit tout un tas de trucs que l’on ne voit pas en version ordinaire – ou disons en version à poils – mais comme ils m’ont fait une numérisation en couleurs, cela donne un joli dessin de mon corps, le genre play boy en version écorché, si vous voyez ce que je veux dire, et si vous ne voyez pas, allez demander à l’éléphant d’y voir pour vous, il ne s’y trompera pas, lui.

Bref, en scrutant mon moi intérieur – jusqu’à certaines parties intimes, mais n’en parlons pas – parmi tout un tas de trucs et même de machins dont je ne savais pas que j’avais tout ce fourbis à l’intérieur, on a fini par me trouver des trucs. « Tiens, regarde, y’a des trucs, qu’on m’a dit ». Evidemment qu’il y a des trucs ! J’ai des trucs et des machins partout dans ma version numérique intérieure. « Non, les trucs, là, ils sont jaunes ». Et alors, tu as un truc contre le jaune ? Moi, j’aime bien le jaune, ça fait comme une couleur de printemps. « Ouais, mais le truc-là, il ne devrait pas être jaune ! Y’a un truc ! »

Ce n’est pas pour dire, mais ils commençaient à me les fourbir avec leurs trucs, et j’ai fini par demander, c’est quoi ces trucs ? « C’est des nodules » qu’on m’a répondu et de me faire voir ma version numérique en vidéo. T’as vu, ils bougent mes trucs, c’est quoi, des aliens ? que j’ai dit. « Non, les trucs ne bougent pas, c’est juste parce que tu respires, ils sont dans ton poumon les trucs ». Et de me poser tout un tas de questions du genre, « tu fumes ? », ben ouais, « ta maman était tuberculeuse ? » oui, mais quand elle était toute petite, « ton papa a eu un cancer ? » oui, mais pas du poumon, « et ta grand mère aussi ? » et ta soeur ! que j’ai répondu, « bien oui justement, et ta soeur ? » oui, ma soeur aussi, même qu’elle en est morte, « et toi, t’as déjà eu des trucs ailleurs ? » oui, mais pas dans les poumons non plus, et je ne sais pas s’ils étaient jaunes.

Bref, on m’avait posé tout plein de questions idiotes que les médecins, lorsqu’ils ne sont pas occupés à te découper en morceaux pour comprendre de quoi tu es mort, te posent ; mais je ne savais pas grand chose de mes trucs, sauf qu’ils étaient jaunes, qu’ils ne bougeaient pas – donc exit les martiens, c’est dommage, j’aurais bien aimé héberger un martien, ou même trois – et qu’il fallait me faire cracher dans des bocals – qui sont des trucs banaux comme des canals -, puis me renumériser en version plus détaillée pour mieux voir l’état de mes trucs – et que l’éléphant ne s’y trompe pas.

Quatre fois qu’ils m’ont numérisé depuis et je connais toutes les couleurs de mon anatomie intime, j’y ai même cherché où était mon sur-moi, mais je ne l’ai pas trouvé, il ne doit pas faire partie de la famille des trucs, celui-là. Ils m’on même nucléarisé que si je vais en Iran ou en Corée du Nord, ils peuvent me prendre comme échantillon pour leur prochaine bombe atomique.

Au final – enfin en attendant la prochaine numérisation – je n’en sais toujours pas plus que j’ai des trucs, et lorsque j’ai fini par demander encore, c’est quoi, ces trucs ? Ils m’ont dit « Ben on n’en sait trop rien, il faudrait les enlever pour savoir ». Ils patienteront jusqu’à la prochaine numérisation que j’ai répondu, en attendant je m’en vais fumer une autre clope, et, ah non ! merdre, je n’aime pas le rhum, puis faut d’abord que j’en parle à ma chatte.

72jmpjuill2015_4728c

Oui, je sais, ceci n’est pas une chatte, mais depuis que l’on m’a volé la mienne, je photographie ce que je peux.

Publicités
Posted in: Cancerland