Ne dites jamais… 1

Posted on 13 janvier 2016

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lgjmp72

« J’ai souvent vu un chat sans sourire, pensa Alice, mais un sourire sans chat ! C’est bien la chose la plus curieuse que j’aie vu dans ma vie. » (Lewis Carroll). De fait, même si peu de gens le savent, ce qui caractérise l’essence du chat, c’est son sourire. Et lorsque comme toute chose, le chat s’estompe, c’est son sourire qui restera de lui le plus longtemps, son image visible. Ceci-dit, chacun sait, même si cela n’a jamais été vérifié, qu’un chat ayant au moins neuf vies, gageons que l’on verra bientôt son sourire réapparaître, bien avant que vous ne vous aperceviez que le minou vous observe depuis longtemps, bien caché sur la plus haute branche d’un arbre.

Bref, allez savoir pourquoi en ce XXIème siècle qui commence à plutôt bien se tasser – seize ans déjà et encore toutes ses dents – subsistent et perdurent tout un tas de saugrenus de toute espèce tentant de nous vendre des salamalecs du genre que si nous faisions un petit effort ridicule, mais alors tout petit, l’effort, nous pourrions nous trouver aux portes du paradis, mais que faute de ce moindre effort, nous risquons de nous voir condamnés à brûler à tout jamais dans les recoins d’un enfer sinistre, privés de la vue du moindre saint s’échappant par inadvertance du corsage d’une vierge. Et, plus énigmatique encore, allez comprendre pourquoi perdurent aussi et se reproduisent d’autres saugrenus pour croire à ces calembredaines dignes de l’âge mental d’un enfant de quatre ans un peu attardé perdu dans les affres du haut moyen-âge.

Quant à moi, on a eu beau tout tenter pour me faire croire au père noël, même mettre deux ou trois cadeaux attrape-cons au pied d’un pauvre sapin gémissant sa résine – tiens, pas plus tard qu’hier, on a encore tenté de me faire croire que si je lisais le programme du parti socialiste, je deviendrais moi-même programme, à défaut de devenir socialiste – ou que le titi jésus était sympa, parce que comme moi, c’était un sacripant de soiffard répandant sur terre et même au ciel, son vin en guise de sang dont les globules blancs étaient peuplées de formules anarchisantes… ou que sais-je encore !

Mais que pouic ! Je persiste à confondre la porte des chiottes un lendemain de beuverie avec celle du paradis. Bref, le paradis m’est resté impénétrablement clos et ses portes aussi impénétrables que les voix du seigneur. Mais chacun ses croyances, après tout !

job-1880 72Tiens, prenons un mec comme Job, par exemple – dont on peut traduire le nom par ‘yyor en hebreux pour rendre assez imparfaitement le cri qu’il poussait à chaque fois qu’il devait poser son cul plein d’hémorroïdes sur une chaise – cri qui est d’ailleurs parfaitement bien représenté dans un tableau du célèbre peintre Léon Bonrnat. Job, donc, est vraiment la figure par excellence – mais il y en a d’autres – du parfait crétin de la bible – pas étonnant que la plupart des religions bibliques l’aient pris comme prophète.

Il était plutôt bien parti dans la vie, ce pauvre jobard, une belle situation, riche, une jolie famille… jusqu’à ce que dieu lui balance le diable entre les pattes et lui fit tout subir de pire, la perte de ses enfants, de ses biens… allant même jusqu’à le couvrir de boutons et autres pustules… et j’en passe… Et tout ça pourquoi ? Rien que pour éprouver son foie et bien lui faire comprendre que si dieu te file des coups de boule dans les couilles toute ta vie, si tu persistes à croire en lui sans lui en coller une, tu seras brave mon fils, et les portes du paradis s’ouvriront pour toi !

Disons-le franco, comme le faisaient les espagnols au bon vieux temps, personnellement, je sais très bien ce que j’aurais fait à la place de Job. Mais ainsi que je l’ai déjà dit, à chacun ses croyances – de même qu’à chacun ses convenances – et le paradis ne fait pas plus partie des miennes qu’un après guerre joyeux.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir fait des efforts, mêmes involontaires certes, mais des efforts quand même, pour aller en frapper les gonds, prêt à dire coucou c’est moi ! Vous m’avez réservé une bonne place, j’espère !

Oui, figurez-vous que quelques jours avant noël – pour anticiper l’anniversaire du jésus – je suis mort.

Et alors, me direz-vous, cela finit par arriver à tout le monde. Certes, mais il est plus rare d’en revenir, et d’ainsi devenir l’un des témoins privilégiés de ce qui se passe lorsqu’on est mort, tiens, par exemple, de quelle couleur elles sont ces fichues portes du paradis, de pouvoir vous dire enfin si les anges sont sexués, s’il y a des nègres et des arabes parmi les saints, si l’on cause politique là-haut… ou que sais-je encore. Bref, de vous raconter les deniers potins du paradis.

Et bien niet ! Jai eu beau mourir pendant près de quatre  minutes, rien, néant, noir ! Obstiné que je suis, même après que l’on m’ait faire revivre non à coup de boule dans les couilles, mais à force de massages et de piqures dans le coeur, je suis resté trois jours à l’entre deux, « pronostique vital engagé », comme le disent joliment les médecins… toujours rien, néant, noir ! Bref, en dépit de tous mes efforts, je suis mort quatre minutes et resté presque mort trois jours strictement pour rien. Rien que du noir et du néant ! Pas même une petite lueur de rien du tout, pas le moindre bruit en dépit de machines ronflantes à me ranimer, pas l’ombre d’une parole de réconfort du genre reviens titi, ton heure n’est pas encore venue… Rien, néant, noir ! Ni dieu, ni même le plus humble de ses représentant n’a daigné se montrer à moi. Dieu avait sans doute d’autres chats à fouetter, à moins qu’il ne se soit dit que ma mort ridicule n’était que de la pacotille, un peu d’esbrouffe histoire de me faire remarquer, toujours est-il que ni dieu, ni ange, ni vierge sainte ne m’a montré l’ombre de la pointe d’un sein.

Du coup, avec l’aide des médecins, au bout de trois jours, mon pronostique vital s’est désengagé, et allez zoust, de retour dans ce monde de bruits et de fureur. Quant à dieu, manquerait plus que l’on doive mourir pour lui pendant toute l’éternité, et tout ça pour rien ! Aucun intérêt ce truc, puisque quoi qu’il en soit, l’on finira par mourir pour rien. Rien que du noir et du néant. D’ailleurs, si je ne sais strictement rien de ce qui s’est passé étant mort, j’en suis revenu exténué et avec la sensation d’être resté trois jours à vomir dans les chiottes d’un bistrot, et pour ça, je n’ai jamais eu besoin de dieu.

Bref, et pour en revenir aux diseurs de salamalecs, s’il y avait une morale à cette histoire, elle serait simple. Ne dites jamais aux crétins de croire en dieu, ils pourraient se mettre à y croire vraiment. Morale dont d’ailleurs il n’y a rien de plus à tirer qu’en celle de l’histoire de Job.

Mais noêl est passé, et du fond de mon brouillard à tenter de réengager le vital de mon pronostique, au moins n’ai-je pas eu à subir les gémissements du sapin dont on a coupé les racines. Puis une année nouvelle a commencé comme s’est terminée la précédente et il me semble qu’en fermant très fort les yeux, j’ai vu peu à peu se redessiner le sourire du chat. Et à cela non plus, il n’y a pas de morale, mais après tout…

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